‹ Six légendes Amércaines identifiées à l'histoire de Moïse et du peuple hébreu par le R. P. E. Petitot, O.M.I., missionaire au Mackenzie: OFrt Good-Hope (Mackenzie River's District), North-West territory, British North America, 21 décembre 1876Chapitre 1 sur 12 · T, XV · texte numérisé non relu

T, XV

comte H. de Charencey s’est appliqué à élucider les traditions des Indiens de l’Amérique centrale. Le héros izendale Votan ou Wotan a surtout arrêté ses regards et mis à contribution les trésors d’érudition de sa plume. Si M. de Charencey ne nous a point appris l’origine première et certaine du demi-dieu guatémalien ; si son travail, quelque remarquable qu'l soit, laisse encore ce héros à l’état de mythe, comme le noble écrivain le reconnaît lui-même ; du moins il à prouvé largement que la légende d'Oxsaca se relie à la tradition nationale] des Indiens Creeks, et qu’elle est également identique à plusieurs légendes asiatiques d’une origine bouddhique incontestable, telles que la tradition siamoise du roc-serpent Phrà-Ruang, les fables birmanes et chinoises du Pyùtsau-ti et de Nga-Kwè. Enfn, il rapproche avec bonheur la légende de Votan du mythe grec de Thésée. Après avoir comparé ensemble les traits de ressemblance qu'offrent entre elles ces différentes traditions, l'écrivain conclut, avec Alex, de Humboldt, à l'origine bouddhique et asiatique du mythe de Votan.

Nous osons espérer que, dans ses publications subséquentes, M. de Charencey voudra bien pousser ses curieuses identifications jusqu’au bout, de manière à atteindre le point de départ du mythe votanique; car Bouddha, n'étant lui-même qu’un mythe, doit nécessairement tirer son origine d'un personnage véritable et reconnu par l’histoire. De mème que l'ombre exige la réalité objective, ainsi la fable appelle la vérité historique qu’elle déguise et qu’elle cache. Celle-ci nons représente le héros lui-même; celle-là ne laisse apparaître qu'un masque d'emprunt, qu’un personnage de théâire,

En reconnaissant que le Voran des Guaiémaliens n'est gutre que la divinité asiatique, dont le culte est observé par un grand quart de l'humanité, le docte philologue

a considérablement agrandi et aplani la seule et unigue voie par laquelle on puisse un jour parvenir à découvrir toute la vérité touchant ce héros fabuleux, Toutefois, la souche première à laquelle se rattuche le mythe de Votan, ainsi que tous ses congénères, tant américains qu'européens et asiatiques, c'est-à-dire le point de dépatt de la fable elle-même, deméuré encore inconnu,

Nous ne pouvons, en effet, raconnaître le réformateur hindou Sakia-Mouni, le premier des Bouddha asialiques, qui vivait 970 ans avant Jésus-Christ, comme l'auteur originaire de son système religieux, puisque, dans sa première phase, la plus humble et la plus humanitaire, le bouddhisme consistait alors tout entier dans la théorie de la métempsycose et de la migration des âmes, las quelle émane de la vieille Egypte, ainsi que cela est reconnu et admis par les savants. Qu'on uous le pardonne, mais ii nous paruil exister entr8 ce Mouni ct le Manuas des Grecs, le Manés des Egyptiens, le Hanco des Péruvienr, le Mana des Sioux-Dukotas, le Manétu des Algonquins, le Sa- Mona des Siamois, le Sa-Mana des Péguans, elc., une trop grande parenté, pour que nous n8 placions pas sur 18 même pied (ous ces législaleurs ot demi-dieux, refusant au premier Bouddha, Sakia-Mouni, l'antériorité sur les autres, À nos yeux, il est évident que lé mythe bouddhique lui-même émane de l'Egypte, et que si do ià il s’est répandu peu à pen jusque dans l’exlrêma Orient par lHindoustan, la Tartarie, le Thibet, la Ghine, Siam, le Pégu, Pempnire birman et le Japon, ot s'il parvint ainsi jusqu’en Amérique, iln'est pas moins vrai que le même culte et la même 1héorie se firent également jour vers l'occident, par ln Grèce, ln Germanie, la Gnula et la Scandinavie, de même qu'ils se répandirent au midi parmi les peuplades africaines,

En effet, le Sakia-Mouni des Mongols, le Bouddha des

Thibétains, n’est autre que le Fo des Chinois, le Boudso des Japonais, le Boutan des Kalmouks, le Baouthi des Cingalais, le Poudan des Tamouls, le Thica des lonquinois, le Æ'Aodom des Siamois, le Xoutama des Pégouans, le Boutta des anciens gymnosophistes indiens, le Bouded des Grecs, le Toth des Egyptiens, le Teut des Celtes, le Wodan des Danois, l'Odin des Scandinaves, le Dar des noirs du Dabomey, le Vaudou de ceux du Mozambique, enfin le Wotan des Guatémaliens, l’Odon des Mexicains, le Dan-ton, ou Sa-Wéta, où Sié-Dhidié, ou Sa-kkè-Dènè des Dènè-dindjié., Tous ces demi-dieux sont des divinités lunaires et peuvent s'identifier avec le dieu lunaire des Scandinaves, Mena, et celui des Germains, Men ou Moun, d’où les mots lune (moon) et mois (men) dans les langues saxonne et pélasgienne.

Nous espérons prouver que Moïse, le Mouçga ou Mausa des Arabes, le #oses des Hébreux et le Moysis des Egyptiens, fut le personnage que tous ces mythes identiques révèlent et représentent, Les linguistes qui connaissent l'étroite affinité et la corrélation naturelle qui existent entre les consonnes B, P, V, F,M et la double voyelle W ne seront nullement étonnés de voir le nom de Bouddha, devenu tour à tour Poudan, Podda, Boutan, Boudon, Votan, Wodan, Kodom, Kutam, etc., dériver du mot Mousa ou plutôt Moudha, nom de Moïse. En lout cas, que le lecteur bienveillant ne se hâle pus de juger notre travail par ce début, mais qu’il veuille bien peser les preuves que nous allons dérouler à ses yeux.

En effet, il est une autre identification de Wotan que nous seul sommus à même de produire, et dont nous nous empressons de saisir la science ethnologique. C’est celle du plus grand héros de la grande famille peaurouge des Dèné-dindié, les plus seplentrionaux de l'Amérique anglaise, Probablement ces rapprochements, im-

prévus par nos lecteurs, nous permettront de faire découvrir tout à fait le héros historique dont le Wotan des Tzendales aussi bien que le Bouddha des Tartares Mongols ne sont que des souvenirs défigurée. Nous osons nous en flatter, Le lecteur sans préjngé hostile à la Bible etau bon sens jugera si nous avons atteint notre but.

Par mythe, on n'entend pas une simple fable dénuée de fondement dans l’histoire, mais bien une sorte de parabole énigmalique, par laquelle un sacerdoce hypocrite et jaloux de son autorité et de sa science, tels que l'étaient ceux de l'Egypte et de l'Inde, voilait la vérité au vulgaire ; ou bien un composé emblématique de la symbolique cabalistique des rubbins talmudistes ; ou bien, enfin, et plus communément, un résultat naturel de Ja dégénérescence d’une histoire véritable, mais qui ne fut jamais consignée dans les archives d’un peuple et que la tradition seule transmit à travers les âges jusqu’à un temps donné.

Nous nous permettons, avant d'entrer en matière, de présenter ici quelques observations bien simples, que notre expérience des langues et des traditions peauxrouges nous met à même de faire.

On ne doit pas attacher une trop grande valeur à l'ordre suivi par les Indiens dans leurs légendes, à la chronologie qu’elles semblent donner, ainsi qu'aux noms des localités et des héros qui s’y rencontrent. Les traditions des Peaux-Rouges abondent, en effet, en anachronismes autant qu’en synchronismes. Les faits notoires et historiques y sont délayés dans une foule de détails puérils ou ridicules; des faits d’une origine évidemment très-reculée sont liés avec d’autres beaucoup plus récents. De plus, certaines légendes attribuent à tel personnage les actions qui, dans une tribu voisine, seront présentées comme les faits et gestes d’un autre béros. Les anciens

en agissaient bien de la même manière, et la mythologie des Grecs et des Romains est pleine de ces sortes de quiproquo. Le même héros reçoit aussi différents noms dans différentes peuplades. Enfin, on remarque entre ces légendes le même phénomène que nous offrent les dialectes d’un même idiome peau-rouge, à savoir : que l’accord s’est fait par la compulsion de tontes les versions de la même fable, de sorte qu'on ne peut ni avoir la suite des faits ni posséder parfaitement une tradition quelconque, si l’on ne réunit les diverses variantes qui &’en font dans chaque peuplade.

Mais, pur contre, voici des parlicularilés iulérassanlos que l'étude et la comparaison des légendes indiennes nous révèlent : il est constant que plus on se rapprochs de J’extrémité nord-ouest du continent amdiicain, plus les traditions deviennent cluires, simpler, exemples de détails puérils ou fabuleux, et, par conséquent, qu'elius revêtent une forme plus archaïque et plus vraisemblable, — Co sont les peuplades les plus douces et les plus sociables, quelque reculées qu'elles puissent âtre, qui pos sèdent lus traditions les plus satisfaisantes, —Les légendes des Dènè-dindjié, et même d’autres nations peaux-rouges, non-seulement 8e rapprochent des faits véritables que nous ont légués les livres hisloriques ou prophétiques des Hébreux; mais encore ellea contiennent des paroles, des seniencaa et des provarbes que l’on dirnil avoir élé cal. qués aur la Bible, et qui sont comme stéréotypés dans ja mémoire dos sauvagrs. Quelquefois ces phrases sentencieuses sont accompaguées de chant, ou prononcées dans una Jangue dont ils ont, disent-ila, perdu l'intelligence, — Dans chaque tribu, les [adiens racontent les faits man. tionnés pur leurs traditions, comme s'ils s'étaient passés sur leur propre territoire, c’est-à-dire dans le paye et sur le continent qu'ils occupent actuellement, Et, toulefois,

par une contradiction qui s'explique, ces traditions font une mention constante d'an autre continent situé à l'ouest de l'Amérique et d'où ils tireraient lour origine; ou bien, les narralcurs ajoutent que, à l'époque où leur histoire eut lieu, la terre se trouvait dans une position et dans un élut différents de ceux dans lesquels nous la voyons. Oa voit par là l'erreur dans laquelle est tombé le savant ubhé Brasseur de Bourbourg, lorsqu'il a émis l'opinion que l'Egypte, avec sa civilisation et ses mythes, est sorlie du Mexique. Le docie américaniste s’est laissé fourvoyer par les traditions des Mexicains et des Yucatègues, qui, comme celles des Déné, des Dindjié, des Algonquins, etc., font de leur patrie le théâtre des événements qu'elles racontent. L'amour-propre et lu vanité sont travers communs à tous les fils d'Adam. 1l était naturel que chacun des anciens peuples qui furent en relation avec les Hébreux, ou qui ouïrent les merveilles notoires que Dieu accomplit en eux, 8e senlît incliné à se les attribuer. Il ne faut pas oublier, de plus, que tous les événements relatés dans le Pentaleuque, depuis la création jusqu’à la dispersion des peuples à Bubel, ne sont pas seulement l'histoire du peuple hébreu, maïs qu’ils convienneni à tous les peuples du globe. Qu'y a-t-il donc d'étonnant à ce que tous en aïienl conservé un souvenir plus ou moins vivace? Si donc l’abhé de Bourbourg avait su que la généralité des Penux-flouges el mème des Æanaks s'appropris les mêmes héros et ics mèmes traditions bibliques, il ne serait pas tombé dans une erreur aussi manifeste, M. de Charencey nous dit qu’en Cœlésyrie, également, les faits ayant rapport à Noé aont très-fréquents et sont présentés comme s’élant passés sur les lieux mêmes, Ainsi en fut-il chez les Grecs, au rapport de Bérose; chez les Egypliens, d'après Hérodote; chez les Chinois, les Hindous et les Tartares.

On ne saurait nier qu'il existe dans beaucoup de détails apparemment puérils de ces traditions un sens emblémalique reposant sur des jeux de mots, sur des {ermes à signification double ou prétant à l'équivoque, dont le sensus obvius cache, à l'intelligence de quiconque n’est pas initié à l'argot des jongleurs, un fait important. Il nous est difficile de ne pas reconnaitre, dans l'esprit qui présida primitivement à la composition de ces légendes, une symbolique cabalistique analogue, sinon identique à cello du Talmud. Le lecteur en jugeta.

Nous avertissons également notre bienveillant lecteur que la tradition du héros lunaire, que nous allons donner et expliquer, est possédée également par les Esquimaux, qui le nomment Tatkrem-Innot ; par les Pieds- Noirs, qui le nomment Æokoyé-Natus; par lee Algonquins, qui l’appellent Mustaté-Awasis. Voici donc quatre grandes familles américaines, les Esquimaux, les Dènè-dindjié, les Algonquins et les Sioux-Dakotas, qui partagent la même croyance sur un point fort important de leurs théogonies respectives. Toutefois ces quatre peuples sont parfaitement distincts et divisés d'esprit, de langue, de coulumes et de mœurs. Les savants ne seront donc pas étonnés de voir la nation des Creeks et celle des Mayaquiché en possession de la même croyance et tradition, ou plutôt de nous voir assimiler Ja légende de Votan et celle des Chaktas-mustkogulche à la tradition du Sa- Wéta ou Tan des Dènè et des Dindjié, peuples hyperboréens du même continent. Ils les y retrouveront dans une forme si primitive que nous nous atlendons bien à exciter l’incrédulité et le doute dans l'esprit de plus d’un savant. Plus d’on lecteur sera tenlé de considérer ces traditions comme une réminiscence confuse des récits des missionnaires. Nous répondrons à cela que nos Indiens ne nous possèdent que depuis tout au plus quinze ans;

que nous avons élé leurs premiers apôtres; que nous leur avons préché Jésus-Christ, et non point Moïse, Abraham ou Samson; qu’il nous est bien difficile de leur faire retenir et de graver dans leur mémoire les rudiments les plus essentiels de notre religion et de nos dogmes; à plus forte raison serait-il difficile d'obtenir d'eux qu'ils se souvinssent de longues narrations, telles que celles que nous allons rapporter ; que c'est justement de la houche des vieillards, c’est-à-dire des personnes dont nous trouvons la mémoire la plus ingrate et la plus fermée à nos enseignements, que nous tenons ces traditions, que les jeunes générations tendent à oublier de plus en plus el à regarder comme des fables. Enfin nous espérons que la critique que nous donnons de ces différentes traditions, et l'accord qui se manifestera dans les diverses tribus, apporteront la conviction dans Pesprit des plus prévenus,

Nous avons déjà donné, soit dans le bulletin intitulé des Missions catholiques (1), soit dans la Monographie des Dénè-dindjié (2), différentes versions de cette légende. Le lecteur pourra, s’il le juge bon, en prendre connaissance. Ici nous groupons les versions les plus suivies et les plus complètes qui aient cours parmi les peuplades du Mackenzie et de l'Athabaskaw, touchant leur héros ou dieu lunaire.

(1) Directeur, M. l'abbé S. Laverrière, 6, rue d'Auvergne, Lyon, (2) Paris, 4876. Editeur, E. Leroux, 28, rue Bonaparte.

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