‹ Six légendes Amércaines identifiées à l'histoire de Moïse et du peuple hébreu par le R. P. E. Petitot, O.M.I., missionaire au Mackenzie: OFrt Good-Hope (Mackenzie River's District), North-West territory, British North America, 21 décembre 1876Chapitre 2 sur 12 · BÉTSUNÉ-YÉNELCHIAN (L'ENFANT ÉLEVÉ PAR SA GRAND’'MÈRE · texte numérisé non relu

BÉTSUNÉ-YÉNELCHIAN (L'ENFANT ÉLEVÉ PAR SA GRAND’'MÈRE

4° Voici la tradition des Montagaais du grand lac des Esclaves ;

« Alors, longiemps avant le Grand Père(le Noé des Chippewayans) et les deux frères (Abraham et Loth des mémes), il y eut une grande famine. Tous les catibous (rennes) s'enfuirent loin de notre terre, et nous ÿ mourions de faim. Alors les hommes ( Dènè) quitièrent leur patrie et descendirent pour habiter le long de là mer, dans le désert sans arbres, dans la terre élrangère, alin d'y arracher leur vie,

« Alors, un jour qu'on était en marche, une vieille femme, qui ne pouvait suivre les guerriers que de loin, entendit des cris d'enfant au bord de l’eau, Elle chercha avec soin et trouva, au milieu de la douse des bœufs musqués, un tout pelit enfunt, qui lui dil : « Gruud'mère, « recueille-moi ; je suis venu sur la lerre pour faire du « bien aux hommes, mes frères. » La vieille femme ramassa le petit enfant, elle l'éleva soigneusement, et c'ost pourquoi on appela celui-ci Bétsuné- Vénelchian {sa grand’mère l’a élevé).

« Alors, lorsque Bétsuné- Fénelchian devint un peu grand, il s'absentait chaque soir et ne reparaissail plus que le lendemain malin. Dans les commencements, la vieille s'inquiélait beaucoup de ces absences, puis elle finit par s'y habituer. On ne savait où il allait ; mais lui,

par la vertu de la magie, oar il était très-puissant, se métamorphosait en renne; puis, s’en allant parmi les rennes, il les atlirait à lui, leur tonchait ie museau de sa baguette (car c’est au moyen d'une baguelte qu'il opérait des prodiges), et aussitôt les caribous tombaïient morts, Alors il rentrait au camp, ayant la ceinture pleine de lungues de caribous qu’il rapporlait comme un trophée de sa chasse. C'est pourquoi la vieille ainsi que ses parents adoptifs vivaient dans l'abondance,

« Un jour, cependunt, PBétsuné- Yénelchian dit à la vieille qui l'avait élevé : « Mère, dites ceci à mes frères : « Si vous voulez me donner en tribut le bout du toutes « les langues des rennes que vous luerez, je vous pro- « mets de ne vous laisser jamais manquer ds viande. Je « vous procurerai des caribous en abondance et demeu- « rerai longiemps parmi vous. » La vieille rapporta aux hommes les paroles de l'Enfant puissant, el les homines consentiront à ce lrailé, Aussitôt les rennes commencèrent à anonder, et la viande à devenir très-grasse. Peudant longlemps les /éné furent fidèles à payer leur tribui à l'enfant ; mais il arriva un lemps où ils l’oublièrent, ét les bouts de langue ne lui furent plus donnés : « C'est « fini, je ne demeurerai pas plus longtemps avec ces in- « grats, dit Béfsuné-Vénelchian devenu homme, on « m'oublie parce que j'ai été trop bon; si le lribut n'est « pas payé, je partirai. »

« La vieille pleura, elle supplia; muis ce fut en vain : u Mes frères m'oublient, lui réponditle Puissant; el « bien, je m'en vais. Toutefois je ne les abandonnerai « pas entièrement, Quand ils m'appellaront à leur se- « cours, je viendrai à eux, Quant à vous, tâchez de me « suivre, »

Il dit el disparut au milieu d'un grand troupeau de bœufs musqués, La vieille suivit bien sas traces pendant

quelque temps, mais ce lui était bien pénible, à son âge, de tracer son chemin à l'aide des raquettes. Elle ne put jamais arriver au bout.

« Depuis ce temps-là, quand le caribou manque et que nous sommes menacés de la famine (fan), nous allons dans le désert qui borde la mer Glaciale, et nous appetons Bétsuné-Yénelchian et les bœufs, dans lesquels il s'est incarné. Ils entendent notre voix ; nous en tuons quelques-uns, et nous échappons ainsi à la disette et à la mort, »

2 Voici la version des Dènè, mangeurs de caribous, du bout du lac Athabaskaw :

« Un jour, dans le désert où vivent les rennes, une jeune fille trouva un tout petit enfant couché dans la mousse, au bord d’un fleuve (nilin). Elle en eut pitié, le recueillit, l’enveloppa d’une peau de caribou et l'éleva elle-même. Celte fille vivait seule et fort pauvrement de racines et de baïes sauvages. Un jour qu’elle se lamentait à la vue de son extrême misère, le petit enfant lui dit : « Ne te lamente pas ; je sais où il y a du poisson; « suis-moi. » Et aussitôt il la conduisit vers un grand lac poissonneux, où ils firent une pêche {rès-abondante.

« Le petit enfant lui dit encore : « Bientôt mes frères « ne seront plus malheureux ; ils auront des rennes en « abondance, Mère, fais-moi des raquettes. » La pauvre fille, qu'il appelait sa mère, lui ayant fait des raquettes et l'en ayant chaussé, il s’en fut et disparut aussitôt dans les steppes. De la nuit il ne parut pas.

« Le lendemain, quand Bétsuné- Yénelchian rentra dans la tente de la pauvre fille, il la trouva seule, étendue à terre, sans feu el presque glacée par le froid. Il l’éveilla, la consola, car elle l'avait cru perdu et mort de froid, et il lui donna quantité de langues de renne.

« Le lendemain et les jours suivants, l'Enfant puissant en agit ainsi : il s’en allait parmi les rennes, les touchait au museau et les tuait par son seul attouchement. C’est pourquoi ses parents adoptifs vécurent très-bien pendant longtemps.

« Etant devenu homme, Zétsuné- Yénelchian continua à être le bienfaiteur de son peuple. Un jour, cependant, il monta sur un rocher élevé, et dit : « C'en est fait ; je ne « vivrai pas longtemps désorinais; mais tous ceux qui « s’adresseront à moi dans le besoin seront exaucés. Je « leur enverrai des caribous en abondance, »

« En ce moment on vit sortir de toutes les issues de la forêt des ours blancs, des ours jaunes et des ours noirs (sas), qui tous vinrent droit à Bétsuné- Yénelchian. «° Al. « lons, c’esl le moment de la séparation, dit-il à ses frè. « res; une grande nation m'attend au-delà de la mer. Il « faut que j'aille à elle; partons! » Ce disant, il s'élança au milieu des ours, et on ne le revit jamais plus, »

3° Ecoulons maintenant la version des Déné Couteaux- Jaunes, qui habitent entre le grand lac des Esclaves et la rivière du Cuivre :

« Un jour, dans le désert qui borde la mer, la diselte (tan, dan) de viande régnait parmi les Dènè. On élait donc en quête de rennes, mais vainement. C'était trèspénible.

« Alors, on entendit comme les vagissements d’un enfant au bord de la rivière du Cuivre. Il y avait là beaucoup de jeunes filles. Elles se mirent à la recherche de la voix, mais sans succès. Survint une vieille femme, qui trouva bientôt un tout petit enfant, merveilleusement beau, couché dans l'empreinte du sabot d'un renne, Elle le prit, l’éleva avec amour, c’est pourquoi on l'appela Bé-tsuné Yé-nelchian. Quoique tout petit, il parut bien-

tôt qu'il était trés-pulssant par la vertu de son ombre.

« Un jour, Bétsuné Yé-nelchian dit À la grand'mère :

« Les hommes, més frères, sont blen malheureux; je

« veux aller les trouver. Ils ont faim; je veux aller leur

« procurer de la viande. » Alors la vieille pleura : elle le

lui défendit ; müis lui l'en pressait plus vivement encore.

Enfin elle le laissa partir, el il s’en ulla vers les Dène, ses frèrés.

« Quand l'Enfant magique revint à lu tenté de la grand’mère, elle était étendue inerte, sans feu et la tête glacée. Il la tira de sa léthargie : « Mère, Voyez, » diteil, et, défaisant sa ceinture, il ën laissh tomber quantité de bouts de larigues de renné : « Mes frères vivront à leur uhise maintenant, dit-il, pourvu qu'ils se souviennent « de moi. »

« ll demeura, en effet, longtemps parmi ses frères, et le caribou ne leur faisait jamais défaut, Un jour, dans le désert sans arbres, on chassait péniblement, car il n’y avait point d’eau. Nous mourions donc de soif : « Altendez, » dit l'Enfant puissant, devenu homme; et, ayant fabriqué une flèche magique, il la ficha ef terre, et Il jaillit aussitôt de cet endroit de l’eau en abondance.

« Enfin, étant devenu vleux, 1! gravit ane montagne : « Je vais bientôt mourir, dit-il à ses frères; mais je « nè vous abandonnerai pas. Quand vous serez dans la « détresse, invoquez-moi, et je viendrai à votre secours, n Alors il se fit dresser en ce lieu élevé ue loge de médecine (chunsh}), et, y étant entré, il évoque son esprit où ombre, Comte il n’en sortait plus, an s’aventura dans le pavillon pour voir ce qu'il était devenu; mais il n'y était plus. Depuis ce temps, on ne sait ce qu'il est dévent, »

8 2. OLTSINTRÈDH (OPÈRANT-BATON), TRADITION DES COUTRAUT-JAUNES.

« Oltsintrédh (Opérant-bâlon, c'est-à-dire celui qui opère par la verge) était un homme fort puissant. Il opérait des prodiges au moyen d’un bâton ; c’est pourquol nous l'appelons ainsi. ù

« Un jour, le Grand Enneini lui enleve ses deux sœurs : « Tu n'es pas un homme, lui dit quelqu'un, puisque « tu te laisses ravir tes parents. » Alors il se fâcha contre son adversaire; il le frappa, et, sans le vouloir, il le tua. Après ce coup, il se leva et dit : « 1] faut qué je délivre « mes deux sœurs, » Aussitôt il partit avec son frère, pour se mettre à leur recherche, Comme ils cherchaient chacun de leur côté, ils avaient convenu d’un signal . pour se retrouver; car ils vivaient parmi leurs ennemis, les Æ'yunnè. Olteintrédh suspendait done une crécelle à la cime d'uu arbre, et, lorsque le veut l'agitait, la orécelle était entendue par les deux frères, qui s’en reve naient camper en ce lieu.

« Ea cherchant leurs sœurs, les deux frères arrivèrent dans une contrée dont les babitunts ne se nourrissaient que d’une gowme blanche. Lis ne purent séjourner en ces lieux; car ce mets les écœurait,

« Etant partis de là, ils vinrent dans un pays doni le peuple se nourrissait de grives, Lui-même, Oltsintrédh, tendit pour ces gens-là ses filets, et d’un seul coup il en prit des quantités prodigieuses. Mais, comme il ne trouve pas sos deux sœurs en ce lieu, il passa au delà,

« Oltsintrédh arriva alors dans une contrée dont les habitants étaient comme des lièvres; ils vivaient dans une obsourité profonde et dormaient sans cesse. Pour eux il produisit la lumière; puis il les changea en hom-

mes. Mais il ne demeure pas longtemps en ce pays,

« Enfin, il parvint à une vaste tente, à la tente du Grand-Ennemi, le chef des £'yunné (les femmes). Là, ses deux sœurs se désolaient dans la captivité. Comme ce jour-là leur mari était à la chasse, Olfsintrédh lui reprit ses deux sœurs et se sauva avec elles, ainsi que son frère, qui l’accompagnait, Lorsque le Grand Ennemi revint de la chasse et qu’il ne vit plus ses deux femmes esclaves, il entra en colère et se mit aussitôt à leur poursuite, Comme il était lui-même un magicien puissant, il dressa des embüûches aux fugitifs.

« Un matin, donc, en s’éveillant, ceux-ci se trouvèrent au fond d’un précipice, dans une crevasse de rochers très-profonde : « Ne vous épouvantez pas, dit Olisin- « trédh à ses sœurs ; confiez-vous à moi ; recouchez-vous « et dormez. + Aussitôt elles se recouchent, et lui, par la puissance de sa baguette, les tire hors de l'abime en en faisant monter je fond au niveau du sol environnant,

« La seconde nuit étant arrivée, ils campèrent dans le désert; mais, à leur réveil, ils se trouvèrent au milieu des eaux, sur une pelite île déserte. Les deux sœurs se désolaient : « Ce n’est rien, leur dit leur frère; couchez-vous «et dormez. » Ce disant, il fit surgir une chaussée de castors entre l'île et la terre ferme, durant leur sommeil, de sorte qu'à leur réveil ils traversèrent fort bien le lac à pied sec.

« À la fin de la troisième nuit de bivouac, ils se trouvèrent enterrés dans un grand marais bourbeux. Les deux sœurs n’en pouvaient plus. Le Grand Ennemi était si mauvais | que faire ? « Recouchez-vous encore et dormez, » dit Oltsintrédh avec confiance. Aussitôt, par sa puissance, il se forma à travers le marais un sentier de suble dur et sec, sur lequel les sœurs traversèrent les eaux fangeuses. + 4 Enfin, le Grand Ennemi, voyant qu'il ne pouvait

venir à bout d’Offsintrédh, le laissa partir en paix ainsi que ses sœurs. Alors lui-raême dit à son frère : « Viens « avec moi, je vais tuer tous les hommes ennemis, « après quoi je les ressusciterai. » Il se dirigea vers une haute montagne qu'ils gravirent tous deux. Jl y tonnait affreusement, Au milieu de la foudre, Oltsintrédh ramassa deux pierres plates, des pierres de tonnerre, el les ayant jetées parmi ses ennemis, ils tombèrent au même instant sans mouvement et sans vie. Il desceadit alors de la montagne. Arrivé en bas, Olisintrédh trouva sa vieille mère affolée, sa vieille mère qui l'avait élevé. Elle chantait, la vieille, elle dansait : « Mes chants « sont nombreux, disait-elle; je .connais beaucoup « d’hymnes. » Ce disant, elle dansait comme une folle, Or, cette vieille, c’étail un renard. Oltsintrédh la frappa à la tête et la renversa sans vie.

« Oltsintrédh vécut fort longtemps. La vieillesse seule (chan) en vint à bout, »

Le lecteur aura sans doute déjà remarqué les nombreux points de ressemblance que cette version présente avec l’histoire de Moïse et les pérégrinations des Israélites dans le désert. On y retrouve même quelques traits qui font ressouvenir de quelques particularités de la vie du Sauveur. Ges points de ressemblance n’ont point échappé aux sauvages eux-mêmes; mais il n'entre pas dans notre plan de les faire ressortir ici. Nous voulons mettre seulement en relief le parallèle existant entre les traditions susdites et l'histoire du grand législateur du peuple hébreu.

Uae grande famine (fon) oblige les Dênè à quitter leur

patrie, pour se diriger vers les déserts du littoral, afin T. XV, 89

d’y chercher leur vie, — Une grande famine ayant désolé le pays de Chanaan, qu'habitaient les fils de Jacob, ceux-0f émigrèrent dans les plaines de l'Egypte, au bord de la Méditerranée.

Le héros chippewagan fut trouvé au bord d'un fleuva (Nilin}, par une troupe de jeunes filles, dont une l’éleva et l'adopta pour son fils. — Moïse, enfant, fut trouvé au bord du Nil, fleuve d'Egypte, par les filles d'honneur de Thermatis, qui l’éleva, l'adopta, et essaya même de le fuire passer pour son fils et de le pousser au trône des Pharaons,

Le héros chippewayan, ainsi que Moïse, était merveilleusement beau.

Une vieille femme est dite ailleurs avoir élevé l’enfant, de même que ce fut la vieille Egypte qui initin Moïse à ses sciences, à ses arls et à son antique civilisation,

La héros dènè, comme Moïse, reçut son nom des circonstances qui accompagnèrent son enfance, L'un et l’autre furent puissants et opérèrent des merveilles à l'aide d’une baguette ou d’un bâton ; l’un et l’autre furent les bienfaiteurs de leurs compatriotes qu'ils appelaient avee amour Jeurs frères.

Bétsuné. Yénelchian promet aux Déné d’être leur protecteur et leur pourvoyeur à jamais, pourvu qu'ils lui payent un tribut de bouts de langues. Moïse fait, au nom de Dieu, la même promesse aux Hébreux, pourvu qu'ils soient fidèles aux préceptes de la loi et à la circoncision (4),

Les Üènè, comme les Hébreux, acceptent le pacte. Les Déèné, du moins ceux de J’estrôme Nord, pratiquent la circoncision.

Le héros chippewayan vieut sur la terre pour y faire du bien à ses frères. Ailleurs il est dit qu'il délivre ses

(1) Bsode, op. xxrv, vers, 5.

deux sœura de la captivité, dans laquelle les retenait le Grand Ennemi, chef de la nation des Femmes (Æyunné), car ce mot signifie femmes dans lea dinlectes dèné du Nord, — Moïse reçoit de Dieu l’ordre d'aller délivrer ses frères de la servitude das Pharaona. Les Israélites furent plus tard divisés en deux maisons : celle de Judu ei celle d'Icaël, quu le prophète Jérémie appelle souvent les deux sœurs.— N'aves-vous point vu ce qu'a fais la rebelle Zsraël ? Elle s'en est allée, etc. (Jérémie, chap. 11, v. 6,)— Æt la perfide Juda, sa sœur, voyant que j'avais répudié la perfidn dsraël, etc. ({dem, v. 8.) —— Allez donc trouver la rebelle Isroët et criez vers le Nord, où elle est maïntenant, etc. ({dem, vw, 11,)—£En ce temps-id, la maison de Juda ira trouver la maison d'Israël, et elles retourneront de la terre de PAguilon.,. (ldem, v. 18.) .

Ainsi que Moïse, le héros dèné tue uu homme ennemi, qui insultait au malheur des siens,— Ainsi que lui, il fuit jailhr une source d'eau vive en frappant le rocher. Muis ils le frappent, l'au d'une baguelte, l’autre d’uns flèche,

Oltsintrédh et son frère travaillent de concert à la délis vrance de leurs sœurs, comme le firent Moïss et Aaron, relativement aux deux maisons de Jacob et de Joseph.

Le Grand Ennemi s'oppose au départ des deux sœurs et, par la vertu magique, leur euscita des embüchss,—Le Phoraon 6e refusa également à laisser purtir les Hébreux et tenta de déjouer par la magie les prodiges qne Moïse et Aaron opéraient pour le contraindre, Oltsintrédh deroeura vainqueur dans ceile lutte, ainsi que le fui Moïse.

Le léron déné fail traverser à pied ses par ses sœurs un grand lac d’abord, une eau fangeuse ensuite, — Les Hébreux, sous la conduite de Moïse, traversent à pied sec la mer liougs. Plus tard, ils renouvellent le même prodige au passage du Jourdain. Le Nil est appelé au baurbeuss par l'Ecriture (Josué, chap, xii),

Oltsintrédh délivre ses sœurs du fond d’un précipice en faisant monter l'abîme au niveau des terrains environnants. — Moïse opéra la même merveille aux sources du iorrent d’Arnon, ainsi qu'aux puits des Moabites. « Alors Israël chanta ce cantique : « Que le puits « montel... » Et ils chantaient tous ensemble : « Que Je e puils monte !...» (Nombres, chap. xxt, v. 18-20).

Les sœurs d'Oltsintrédh campèrent longtemps dans le désert avant de revoir leur patrie ; toutefois la tradition ne fait mention que de quatre bivouacs. — Les Hébreux demeurèrent quarante ans dans le désert d'Egypte avant de parvenir dans la terre du partage.

Oltsintrédh traverse un désert dont les habitants se nourrissaient d’une gomme blanche.— Pendant quarante ans Moise nourrit son peuple de la substance blanche de la manne. Les uns et les autres en furent dégoûtés.

Oltsintrédh parcourt ensuite une contrée où l'on ne se nourrissait que de grives dont il prit une grande quantité. — Morse procure aux Hébreux, par deux fois, une grande abondance de cailles. Certains rabbins ne nomment pas lu caille, mais font seulement mention d'oiseaux très-gras,

Oltsintrédh vécut ensuite parmi des hommes-lièvres, qui vivaient au milieu de ténèbres épaisses. Il leur procura la lumière et en fit des hommes. — Les Hébreux, captifs sous les Pharaons, avaient la timidité du lièvre. D'affreuses ténèbres pesèrent sur toute l'Egypte, sous Moïse, tandis que les Israélites vivaient dans la lumiere, Eux-mêmes, dans le désert, vécurent sous {a nuée, comme le dit saint Paul. Enfin Moise fit des hommes de ses frères, en les constituant en nation, en relevant leur courage et en les envoyant à la conquête d’une patrie.

Oitsintrédh gravit une montagne au milieu du tonnerre ; il y ramasse deux pierres plates qu'il lance dans

les rangs de ses ennemis, et ce faisant, il les foudroie.— Moïse reçoit la loi sur le mont Sinaï, au milieu des tonnerres et des éclairs. I descend de la montagne avec les deux tables de la loi, et les jelie au milieu des Jsraélites à la vue de leur prévarication ; 23 000 hommes périrent par le glaive des lévites, à la suite de cette action.

En descendant de la montagne, Oltsintrédh aperçoit sa vieille mère qui dansait et qui chantait comme une folle. Cette vieille était un renard. Il la frappa à la tête et lu renversa sans vie. — En descendant du Sinaï, Moise est transporté de courroux, à la vue de la nation d'Israël dansant et chantant follement autour des dieux de la vieille Egypte, le bœuf Apis, c'est-à-dire Sérapis, Le Seigneur dit d’fsraël qu'il est un peuple à la tête dure (Exode, chap. xxri, v. 5); ailleurs, le Saint-Esprit le représente comme rempli de duplicité, d’astuce et de foarberie. Moïse brisa l’idole d’Apis et la réduisit en poudre.

Enfin, devenu vieux, le héros dénè gravit une montagne pour y mourir, ainsi que le fit Moise. (Deutéron., chap. xxxiv.)

Avant de mourir, le bienfaiteur des Chippewayans Îeur promet de ne les abandonner jamais et de les secourir quand ils recourront à lui. — Moise promet le secours de Dieu aux Israélites, pourvu qu'ils lui soient fidèles. (Deuntéron., chap. xxviu.)

Le héros chippewayan s’écrie qu’un grand peuple l’attend au-delà des mers, — Moïse prédit les grandeurs futures du peuple hébreu, et dit qu'il peuplera la terre d’un pôle à l’autre. (Deutéron., chap. xxx.)

Bétsuné- Yénelchian disparut tout à coup et nal d’entre les Dénè chippewayans ne sait ce qu’il devint. — Les Hébreux ignorèrent toujours le lieu de la sépulture de Moïse. (Deutéron., chap. xxx1v, v. 6.)

Toutefois, plusieurs Chippewayans s'accordent à dire,

avec les Dénè du Mackenzie, que leur héros partit pour la lune, dans laquelle il réside sous le nom de Sa-Ækè- Déènè (Astre-dans-homme}; ce nom n’oifre-t-il pas quelques rapports avec Sakia-Muni du Bouddha ? Nous retrouverons celte version beaucoup plus claire ailleurs, It est bon de noter ici que le monosyllabe sa, en dènèé, siguifie à la fois soleil et lune, comme le samech des Hébreux et Le sin des Assyriens. Mais, outre le mot astre, le monosyilabe sa signifie aussi la beauté et la bonté : sa bien, bon, san bonté ; la racine S convonant à toul ce qui caractérise le bien, le beau et le bon, soit moraux, soit physiques, tels que l'ordre sé, la joie san, les ajusteients sun, la rondenr et lu ligne circulaire son, etc. Dire que Bétsuné- Fénelchian est parti pour l'astre des nuits (sa), ne serait-ce donc pas une manière énigmatique et peutêtre cabalistique d'exprimer qu'il est allé rejnindee l’Etre beau, bon et parfait par excellence, c’est-à-dire Dieu ?

Quant à ceux qui le font incorporer à l'ours, qui représente toujours la Divinité dans les traditions dèné, il nous est impossible de ne pas voir dans celte version un quiproquo causé probablement par l'homonymie que présentent le nom de l'ours (sas en dènè, s’a dans les autres dialectes, sé en dindjié) et celui de la lune (sa en dènb, s’i# en dindjié}. Quoi qu'il en soit, nous devons noter ici en passant les deux exemples de croyances à la métempsycose et aux incarnations successives que noûs offre celte tradition montagnaise. Nul n'ignore que cette théorie parvint dans l'Inde par l'Egypte, et que les Juifs eux-mêmes en furent entachés.

Bétsuné- Yéneichian, appelé aussi Oltintrédh ou la Verge opérante, et enfin Sa-Akè-Dénè ou l'habitunt de l'astre, Astarté, s’incarne ici dans le bœuf musqué, dans la éowse duquel il fut trouvé, et ailleurs on l’identifisra avec le soleil, puis avec la lune, N'avons-nous pas dans ce triple

caractère le mythe antique d’Osiris, ou le soleil, appelé aussi Amon, émigrant après sa mort dans le bœuf Apis et renaissant dans son fils Osar, dieu mâle lunaire, appelé également Da-K'hons ou A'hons, lune? En tout cas, on peut prendre note de la conformité qu’offrent les noms d’Osar, de Sa-kra- Muni, de Sa- Ækè- Déné, de Sa-Mana-Khodom et de Sa-Mana-Æutama, héros que nous avons plus d’une raison de croire identiques, comme les chapitres suivants pourront le prouver. Manéthon donne à Moïse le nom d’Osar-Siph ou le dieu lunaire Taupe, d'après Guérin du Rocher. Nous verrons plus loin que les Dènè-dindjié septentrionaux appellent leur héros la taupe ou la musaraigne, dont le nom, en chippewayan, est dan ou tan; mouosyllabes qui, joints aux partioules-articles dèné O ou WO, forment le nom de Odan ou Watan, le héros trendale.

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