‹ Six mois à MadagascarChapitre 2 sur 10 · OSCAR DE POLI · texte numérisé non relu

OSCAR DE POLI

Lorsque j'ai publié mon premier volume sur Madagascar, — L\ REISE DES COTES AFRrCAINES; — VOUS m'aVCZ

donné, mon cher Vicomte, des indications très utiles, et l'un de vos proches, qui a visité la Grande Terre, a bien voulu me dire que mon travail était aussi complet qu'il est possible.

Pourquoi donc publié -je aujourd'hui un second ouvrage sur le même sujet ?

C'est précisément parce que le premier, trop savant quant aux aperçus historiques et politiques, manque de cette allure pittoresque, de ces tableaux riants, de ces études de mœurs prises sur le vif, qui rendent les livres de ce genre aussi amusants qu'instructifs. On me Ta fait comprendre, tout en louant, avec beaucoup d'indulgence, LA REINE DES COTES AFRICAINES. On regrettait de n'avoir pas une étude moins aride, moins érudite, sous

une forme plus attrayante, d'un style plus rapide, et qui fût à la portée de la jeunesse.

Je ne demandais pas mieux que d'entreprendre ce nouveau travail, qui me devait distraire de préoccupations d'un autre ordre ; mais comment faire ? Le hasard, — que nous appelons, nous autres, — la Providence, — me fournit une occasion.

Un de mes amis, grand voyageur devant l'Eternel, et qui, — suivant le dicton populaire, — ne se trouve bien que là où il n'est pas, entra un de ces matins chez moi avec un assez gros portefeuille sous le bras.

Je le croyais aux iles Ohagos, au Kamtchatka, ou chez les Indiens Apaches.

11 advenait que, par hasard, il touchait barre à Paris.

Après les compliments d'usage, il me tint le discours suivant, duquel j'élague les phrases incidentes, les métaphores, synecdoches et autres fleurs de rhétorique dont l'ornait son intarissable faconde, et que je reproduis à peu près fidèlement, à seule fin de mettre tout de- suite mes lecteurs au courant.

— Mon cher, commença donc mon ami, vous savez que Madagascar est à la mode. Il y a une question de Madagascar ; nous avons eu a dans nos murs » une ambassade malgache ; nos vaisseaux croisent sur les côtes africaines, on a bombardé Tamatave ; bref! une expédition est organisée pour imposer à la grande. île sur laquelle le dra-

— ni -

peau français flotte depuis trois siècles un protectorat qui pourra se transformer bientôt en prise de possession.

Or, continua-t il d*un ton presque modeste, j'ai fait deux ou trois voyages à Madagascar, soit pour y remplir des missions scientifiques, soit pour le compte d*une grande maison de commerce qui m'avait chargé d*y compléter certaines études. Ce pays magnifique m'a intéressé au plus haut point. J*ai observé ses mœurs, ses coutumes, ses superstitions, j'ai contrôlé les assertions des voyageurs, marins ou géographes, et je vous apporte les éléments d'un colossal in-folio.

Sur quoi, ayant ouvert son portefeuille, bondé de paperasses, il poursuivit :

— Il y a de tout là dedans : notes personnelles^ documents officiels, statistiques, extraits certifiés conformes d'à peu près tous les écrivains qui se sont occupés de Madagascar, depuis Flacourt jusqu'à Alfred Grandidier, en passant par Barbie du Bocage, Leguevel de la Ck)mbe, le commandant Dupré, le docteur Yinson, Octave Sachot, le P. de Régnon, le docteur Milhet-Fontarabie, les missionnaires de la Compagnie de Jésus, madame Ida Pfeiffer, le clergyman Eliis, et vingt autres enfin dont je vous épargne la nomenclature.

Itinéraires, flore, faune, topographie, littérature, histoire, en un mot tout ce qui concerne la vie religieuse, politique, intellectuelle et commerciale d'un peuple, est rassemblé dans ce fouillis...

Bref, acheva mon ami, je vous donne tous ces maté-

riiiux. C'oHt à vous de I<»8 débrouiller, de les classer, de \nn nnnnuhUir (*i d'en tirer un de ces nî»!Îts que vous contez ^1 ht fin, — vouK dirai -je comme la sœur de Scbeherazaule M la fiultnrH? d'une nuit.

(TiMall l/i tinn trop bonne fortune pour que j'hésitasse à (Mt jirofllcir. ilo ino mis incontinent au travail, et le résultat dM In vlfllto qiin j'avais reçue fut Tétude assez complète (jun voici, f't quo jo puis bien vanter comme fort intéresnnntn ut curlouHO, puisque je n'ai d'autre mérite que celui (Vavolr juxtaposé les fragments d'une mosaïque, et traduit ntt uti rityl» rapide les émotions variées du voyageur qui a vu lotitoH cns mnrvollloR.

•Ig lui al IttUsn la forme d'une narration personnelle; il roflto donc hlou ontondu quo c'est mon voyageur qui se »iort du en» vocal)lcH Je ot 3îoi, J'aurais mauvaise grâce h \m ninjdoyor, car enfin, — il faut bien que je l'avoue, — jn n'ai janialH vUlté Madagascar I

liP n. P, Allloud, jésuite, — mon compatriote, — m'a ph'Mpntn ^ Paris, 11 y a quelques années, deux jeunes MaliçaclinB, dont l'un, M. Marc Rabibisoa, nous est revptm cutnnio nncrotaire do l'ambassade malgache, et, sans \on crif/ar/h quo j'ai vus à l'ile Bourbon, je n'ai pas connu d'autroH habitants do la grande île africaine.

Ces explications données, il ne me reste rien à ajouter, si co n'est que je vous prie, mon cher Vicomte, d'agréer la

dédicace de ce modeste livre, comme un hommage à votre patriotisme loyal, comme une marque de sympathie bien due à notre « compagnonnage » amical dans la presse catholique et royaliste, où nous travaillons tous lus deux à faire quelque bien, avec l'aide de Dieu.

Charles Buet.

Juillet 1883.

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