LEADVILLE
les montagnes et le sol de toutes les rues, mais on ne pensait guère à cela : l'émotion était trop grande. Un événement affreux venait d'avoir lieu. Dix ouvriers travaillant dans la montagne d'IIomestakes, à 4,000 mètres de hauteur environ, avaient été ensevelis sous une avalanche. On était allé les chercher en masse pour rapporter leurs cadavres. Les malheureuses femmes attendaient à l'entrée de la ville; on peut juger de la scène émouvante, déplorable, qui s'est passée lorsqu'elles ont pu reconnaître les pauvres morts.
J'ai pu visiter quelques-unes des mines les plus importantes, grâce à l'obligeance extrême de leurs directeurs, MM. Bunsen et Clark.
Les mines àaSmallHope ou Forest mine^ situées sur le Yankee hill, ont plus de 2,000 mètres de développement; leur profondeur est de 7o à 90 mètres. Les galeries nombreuses de la mine sont soutenues en partie par les troncs des sapins coupés dans les forêts voisines; elles ont quelquefois jusqu'à 10 et d5 mètres de hauteur. Le produit de la mine donne une moyenne de
2 millions de dollars ou 10 millions de francs par année, soit en argent, soit en plomb. Tout à côté, la mine de Denver city donne à peu près les mêmes résultats. Les roches d'où l'on extrait l'argent renferment de l'hydro-oxyde de fer et du chloridc d'argent.
Dans une mine voisine, Crysolite and C° mine, dont M. Clark est le chef, l'étendue des galeries est plus grande encore que celle des précédentes. Elles ont un développement de plus de
3 kilomètres. La production, depuis cinq années, époque de la découverte, a été de 375,000 dollars ou 1,875,000 francs. Les roches de cette mine, quoique fort rapprochées des autres, sont de chrysolithe et de carbonate de plomb.
Le minerai est envoyé directement à Leadville même. Dans l'usine de M. Clark, l'argent est extrait par les procédés ordinaires (voie d'amalgame) et sort absolument pur de l'établissement. Les saumons d'argent sont envoyés aux différentes cités des Etats-Unis oii la monnaie est fabriquée.
Leadville est en ce moment une des plus importantes places du monde pour ses mines. On a pu en extraire depuis six années, tant en argent, or ou plomb, une somme de 94,709,477 dollars ou 473,547,385 francs. A l'époque où j'étais à Leadville, les sables où l'or peut être recueilli n'étaient plus exploités.
En quittant cette intéressante cité, il neigeait encore et le froid était vif. Nous montons en wagon, on avait fait du feu dans le poêle de notre car; à 3,300 mètres, on est encore en hiver au mois de mai. Salida est la station où il faut redescendre pour reprendre le train spécial du Rio Grande qui mène à Sait lake city, mais on a le temps de voir la grande vallée entourée de montagnes et les avenues bordées de maisons de bois de cette petite ville naissante, placée à 2,300 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Nous voyons la haute montagne que le chemin de fer doit gravir pour continuer le voyage. Arrivés à l'extrémité de la vallée de Salida, on ajoute une locomotive au train, et nous commençons l'ascension.
A chaque courbe nouvelle, au milieu des forêts de sapins et de rochers, on a un panorama grandiose, éblouissant, embelli encore par les rayons du soleil couchant. Nous nous élevons toujours en suivant les lacets nombreux tracés sur la montagne, nous voici de nouveau dans la région des neiges. On passe de temps en temps sous des tunnels en bois qui servent à préserver la voie des avalanches de neige dans les endroits dangereux. Nous montons encore, cette fois la montagne est vaincue, l'ascension est faite.
On s'arrête sous un vaste hangar de bois et de fer : c'est le Marshall Pass, à 3,400 mètres de hauteur.
La deuxième locomotive est décrochée et nous repartons.
Si la montée a quelque chose de majestueux, de solennel, la descente n'est pas moins intéressante ni les vues moins admirables. On voit avec étonnement les endroits élevés où le chemin de fer a passé, et on se demande s'il est vraiment possible qu'une locomotive ait pu se trouver dans de si hautes régions.