‹ Six mois aux États-UnisChapitre 18 sur 74 · ROYAL GORGE · texte numérisé non relu

ROYAL GORGE

fond des précipices, le granit rose reprend ses belles teintes à mesure qu'il s'élève. Au sommet, il est presque poli par les neiges ou le vent, et les nombreuses plaquettes de mica dont il est garni resplendissent au soleil.

On a souvent dit que le chemin de fer du Rio Grande était un

Fig. 21. — Chiens de prairies de Nebraska.

travail inouï et que le pays traversé était digne de la plus grande admiration : cela n'est pas exagéré. En quittant Canon city nous entrons brusquement dans les Royal gorge. Vues d'en haut, elles sont grandioses; au bord de l'Arkansas elles ne sont pas moins merveilleuses. Rien n'est plus sombre, plus sauvage. Un endroit surtout, où le déchirement et le chaos des roches de

Alb. Tissandier. 5

granit sont à leur comble : le passage est si étroit qu'on a dû établir un pont qui se trouve suspendu sur la moitié du torrent et qui ne porte que d'un côté sur les rochers. Le fracas des eaux de l'Arkansas empêche d'entendre le bruit du chemin de fer.

Les murailles sont presque à pic, à peine voit-on le ciel. La route continue longtemps ainsi, mais les roches s'abaissent peu à peu, et nous arrivons à la station de Salida.

On repart presque aussitôt, et par des pentes nombreuses construites dans les Browns canons, nous atteignons enfin Leadville, à 3,300 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Connue depuis 1859, la petite localité de Leadville était exploitée par quelques mineurs qui recueillaient dans les sables de la poussière d'or. De 1859 à 1864, 5 millions de dollars furent récoltés.

On était bien près d'abandonner les lieux vers 1876, lorsqu'on découvrit alors dans la montagne des filons de carbonate mélangé d'argent. La nouvelle se répandit aussitôt, et loin de quitter le pays, une quantité de pionniers vinrent s'y établir.

Depuis six ans, à la place du campement à peine formé par les pauvres ouvriers mineurs, une ville de 15,000 âmes est fondée.

Les arbres de la forêt ont été coupés au ras du sol et ont servi à la construction des maisons. La grande rue, ornée de magasins de tous genres, resplendit le soir aux lueurs de la lumière électrique; un hôtel de ville, un opéra et une quantité d'églises ont été élevés comme par enchantement. La ville est des plus étranges, mais cela s'explique vu son âge. On voit une gentille maison de bois, peinte élégamment, avec des fleurs aux fenêtres, à côté d'une atroce cabane bâtie envieux troncs d'arbres et en boue. Un trottoir propre, fait de planches posées sur pilotis, mène à la première; aucun chemin ne conduit à l'autre : ce sont des trous, des ornières à s'enfoncer jusqu'aux mollets.

Les habitants ont l'aspect de leur maison : ils sont propres et ont bonne figure, ou bien sont afl'rcux et mal peignés; mais tous travaillent avec courage, il n'y a pas de flâneurs à Leadville. Au moment oii j'arrivais dans la cité, la neige couvrait encore

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