‹ Six mois aux États-UnisChapitre 2 sur 74 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

New-York. — Les chemins de fer aériens — Le pont de Brooklyn. — Les clubs et les théâtres. — La lumière électrique.

Le voyage d'Amérique est aujourd'hui facile; dans quelques années il le deviendra plus encore, grâce aux progrès incessants accomplis par nos paquebots transatlantiques. Une chose même est faite pour étonner, c'est le petit nombre de nos compatriotes qui se décident encore à passer l'Océan pour aller voir ce beau pays, où il y a cependant tant à apprendre pour nous.

Certes, les Etats-Unis n'ont pas les monuments d'art, les souvenirs historiques qui abondent en notre pays, mais on ne doit pas oublier que les Américains sont un peuple jeune encore, datant de cent ans à peine. Ils nous donnent cependant un exemple extraordinaire dans l'énergie extrême et l'ardeur qu'ils mettent au travail. En cela ils sont admirables et peut-être même commencent-ils à nous dépasser aujourd'hui; on ne saurait trop aller chez eux pour étudier les résultats de leur intelligence, et voir les œuvres grandioses qu'ils entreprennent.

AlB. TlSSANDIER. 1

C'est dans celte pensée que je me décidai à entreprendre un voyage de six mois aux États-Unis.

Après douze jours de traversée, on est heureux de voir terre, surtout lorsque c'est l'admirable baie de New-York qui se présente à vos yeux, mais il faut se débarrasser des ennuis de la douane. L'administration américaine est inexorable; elle vous inflige un vrai supplice. A peine ai-je pu serrer la main de mon ami G... qui m'attendait en dehors des barrières posées parles douaniers. Avec un peu de patience, beaucoup même, devrais-Je dire, tout est terminé et mes malles me sont promises pour mon arrivée à l'hôtel. Me voici libre enfin et nous partons aussitôt avec mon compagnon faire une promenade dans la ville à l'aide des Elevated ou chemins de fer aériens.

Rien de plus curieux que ce chemin de fer qui décrit des courbes tortueuses à travers les rues et fait des détours les plus invraisemblables (PL I). J'en ai gardé une impression des plus bizarres et certainement on ne peut pas se figurer une manière de voyager aussi pittoresque et aussi rapide. Les wagons passent quelquefois dans d'étroits passages des rues ; ils arrivent alors presque à toucher les maisons et on est tout étonné de se trouver de plainpied avec une chambre à coucher ou un salon dont les fenêtres ouvertes ont vue sur votre voiture. On pourrait alors serrer la main du locataire. Il y a foule dans les wagons, bien entendu. Les dames, en toilette fort élégante, sont toujours assises malgré tout; aucun homme ne resterait à sa place si une /ao??/ devait rester debout; la politesse la plus stricte est observée partout. Dans tous les lieux publics, une dame est toujours certaine de passer la première et d'être respectée.

Tout ce monde se meut silencieusement, personne ne cause, on a l'air absorbé. Cela est étonnant, car on devait s'attendre à tout le contraire d'après la réputation que l'on a faite aux Américains. Le silence est, parait-il, le grand mot d'ordre ici. Dans les bars, les restaurants, les rues, pas un cri, pas de conversations à voix haute. Ce silence est d'autant plus curieux, que le mouvement des rues est vraiment fébrile. La masse des voitures.

A. TiSS.VNDIER.

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