‹ Six mois aux États-UnisChapitre 33 sur 74 · MINES D'OR DE NEVADA · texte numérisé non relu

MINES D'OR DE NEVADA

semblent à des spectres errants ; courbés dans les sables, brûlés par les rayons du soleil : le travail est affreusement pénible pour des hommes. Le Chinois seul peut avoir la patience nécessaire pour accepter une situation semblable, avec tant de privations.

Aux environs de Sacramento à Nevada City, j'ai pu voir quelques mines d'or en plein état de prospérité.

La mine d'or de la Providence à Nevada City située sur les bords de Dear rivei% dans un pays délicieux, boisé et des plus pittoresques, occupe une surface de 60 hectares, c'est une des plus remarquables du pays.

Elle peut donner un produit d'environ 2 millions par année, mais les frais nécessités par les travaux d'exploitation sont considérables, ils arrivent à plus de 800,000 francs, d'après les renseignements que MM. Wabrock frères, propriétaires actuels de la mine, ont bien voulu me donner. Cette mine est creusée jusqu'à une profondeur de 280 mètres, elle est fort riche en or, mais on ne le trouve que fort rarement à l'état natif. Le minerai recueilli est du quartz mêlé de galène et de pyrite qu'il faut briser en morceaux ; on le réduit encore en poudre pour en extraire l'or et l'argent qu'on y rencontre aussi, par les procédés chimiques connus, la voie d'amalgame.

L'eau est la force motrice de l'usine, elle est amenée par des tuyaux, à travers les forêts, d'une distance de 120 kilomètres.

La force obtenue par ce courant continu est de cent cinquante à deux cents chevaux.

On peut broyer 60 tonnes de minerai par jour dans l'usine, 40 pilons marchent à cet effet.

L'activité la plus grande règne d'ailleurs de tous côtés; plus de cent cinquante ouvriers sont occupés à recueillir le minerai et extraire l'or. Les propriétaires emploient dans leurs travaux un assez grand nombre de Chinois ; ils ont formé sur les bords de Bear river une petite colonie, mais ils ne sont pas aimés des Américains, bien entendu.

Aux premiers on donne 15 francs par jour, les Chinois travail-

lent aussi bien et se contentent pour vivre de la moitié de cette somme.

Tout auprès de lamine de la Providence, aux portes mêmes de Nevada City, se trouve aussi la mine de Manganita (hydraulic mine). Elle n'était plus exploitée, à mon grand regret, lors de mon ^ passage en juillet 1885. Elle m'aurait offert un curieux spectacle, quoique les procédés employés par elle, pour recueillir l'or, fussent des plus simples.

Il s'agissait d'arroser avec des jets d'eau d'une puissance énorme les sables d'une colline haute d'environ 40 à 50 mètres. Les terres détrempées coulaient graduellement, formant une boue sablonneuse presque liquide dans laquelle on pouvait recueillir des parcelles d'or. Il n'est pas difficile d'imaginer l'aspect de ruine et de désolation que peut donner à la longue un pareil procédé d'extraction. Ce système d'inondation d'une montagne pour en retirer l'or détruit tout, à vrai dire : la montagne d'abord, qui finit par fondre par suite des jets d'eau perpétuels, puis les alentours toujours baignés d'eau, lavés de toutes manières, prennent un aspect épouvantable.

Il n'y a plus que des buttes de sable, des lits de ruisseaux, des cailloux entraînés par les eaux. Pas un brin d'herbe, pas un arbuste ne peuvent pousser, ils seraient lavés, emportés avec le reste. Cette boue sablonneuse descend enfin dans la rivière et en change les conditions. Les poissons meurent dans les eaux troublées par cette montagne que l'on fait fondre peu à peu dans les cours d'eau jusqu'alors sains et limpides. Les réclamations ont été si nombreuses de la part des pays environnants et des habitants de Sacramento^ qu'une loi a été faite pour défendre l'exploitation des mines d'or par les procédés hydrauliques.

Les chantiers des mines d'or, hydraulic 7mne, ont tous été fermés en mai 1885. Mais leurs propriétaires n'ont pas perdu encore Tespérance de pouvoir reprendre leurs lucratifs travaux; peut-être reviendra-t-on bientôt sur cette nouvelle loi qui cependant a donné droit à des réclamations qui paraissent plus que justifiées.

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