‹ Six mois aux États-UnisChapitre 46 sur 74 · CHICAGO. — LES CHANTIERS DE BOIS · texte numérisé non relu

CHICAGO. — LES CHANTIERS DE BOIS

ne s'est découragé. Les scieries des villes voisines du Michigan et de rillinois reçurent des ordres pour fournir les matériaux nécessaires à la reconstruction de la cité détruite, et travaillèrent alors jour et nuit.

Les personnes ruinées se mirent de nouveau au travail, Chicago renaissait de ses cendres comme par enchantement, et le commerce des bois reçut par cette raison une impulsion extraordinaire. En 1877, on livrait dans les chantiers plus de 360 millions de mètres de madriers et autres bois de charpente et on en expédiait plus de 200 millions par le chemin de fer ou par les bateaux du Michigan. Ce commerce est dans une période croissante^ le mouvement des capitaux employés dépasse celui de toutes les banques de Chicago et même celui qui est créé par le trt^ic des élévateurs à blé.

Une promenade dans les chantiers de charpentes est fort curieuse. On se trouve dans de longues rues bordées de madriers posés les uns sur les autres et formant des murailles de 10 et 15 mètres. Au lieu de les mettre de façon à faire des murs verticaux, les charpentiers placent au contraire les madriers en encorbellement. La pluie ne peut ainsi mouiller que les planches de dessus, bien promptement séchées par le vent, et les gouttes d'eau tombent vers le milieu des avenues au lieu de descendre le long des bois. L'humidité, grâce à cette précaution, a moins d'action sur les planches placées près du sol. Les avenues se multiplient dans tous les sens, on se perd entre toutes ces murailles. Il semble qu'on se trouve dans une ville fantastique dont les maisons n'auraient ni portes ni fenêtres, et l'agréable odeur des bois de pins vous réconforte.

Au point de vue de l'art, Chicago n'offre actuellement rien d'intéressant, il possède quelques monuments, mais ils n'ont comme seul mérite que leur grandeur. La vue ne saurait s'y arrêter longtemps. Les parcs situés autour de la ville sont agréables et fort gais le dimanche. Les habitants viennent y passer une partie de la journée. Dans les rivières et les lacs artificiels règne un grand mouvement de barques de toutes sortes. On voit souvent

im fi'èlc esquif rempli déjeunes filles de douze à quinze ans. Elles sont seules, entre amies, et rament en chantant. C'est charmant de les entendre gazouiller ainsi sur l'eau et ramer pour se donner des forces. On aime beaucoup les fleurs et les parterres en broderie. Ces plantations de mauvais goût sont à Chicago plus à la mode encore qu'en France, et les horticulteurs se livrent aux excentricités les plus bizarres. A South park entre autres, le public accourait pour contempler un grand éléphant, un chameau, un papillon et le drapeau américain dessinés avec des plantes grasses et des fleurs aux diverses couleurs qui se trouvaient placées sur le vert gazon. La great attraction était la vue d'un grand cadran solaire exécuté entièrement en plantes grasses. Les heures étaient écrites sur l'herbe avec des plantes au feuillage rouge. Ce cadran était fort bien orienté par le jardinier, et l'ombre donnée indiquait assez nettement l'heure du jour. Ces jardins publics de Chicago ressembleraient assez à notre bois de Boulogne, ils sont dessinés de même façon ; mais South park et Lincoln park, ornés de leurs lacs et rivières faits de main d'homme, se trouvent sur le bord du lac Michigan ! La comparaison devient alors impossible. Ce lac est immense, on ne saurait voir les rives opposées, tant sa largeur est grande, et il est sillonné de nombreux bateaux à vapeur et de barques de plaisance ; on se croirait au bord de la mer. A Lincoln park, par les soins de la Société du Floating hospital, on a construit sur le lac une jetée de bois longue de 200 à 300 mètres environ, ornée de portiques avec jeux de gymnastique divers, destinés seulement aux petits enfants malades. Là, accompagnés de leur mère, ils peuvent respirer l'air pur des eaux du Michigan et retrouver leurs forces perdues en faisant leurs exercices préférés. L'idée de cette construction aquatique m'a paru originale. Elle avait d'ailleurs un grand succès la saison dernière et les joues pâles des petits bébés semblaient reprendre leurs fraîches couleurs sur cette promenade réservée.

Quelques journées passées à Chicago donnent au touriste une sorte d'éblouissement et de fatigue; on éprouve le besoin

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