ÉCOLES PRIMAIRES MUNICIPALES DE LYON
LE CONSEIL d'administration AUX PÈRES ET MÈRES DE FAMILLE
En reprenant possession des écoles primaire entretenues aux frais de la commune de Lyon, la municipalité lyonnaise, sur l'avis de sa commission chargée de réorganiser ces écoles, a nommé un conseil d'administration qui aura à les gérer, à les surveiller, à les diriger.
Ce conseil d'administration croit de son devoir d'éclairer les pères et mères de famille sur ce sujet qui les intéresse au plus haut degré.
Les écoles primaires municipales sont gratuites, et confiées désormais à des directeurs et des directrices laïques, munis du diplôme universitaire, et le plus possible pères et mères de famille^
L'ENSEIGNExMENï PRIMAIRE 39
L'enseignement comprendra tous les éléments pratiques des sciences et des arts, et la morale, lesquels plus tard seront nécessaires à l'enfant devenu homme, pour occuper dignement sa place dans la société.
L'enseignement religieux ne fait pas partie du programme de nos écoles.
Entre les diverses théories religieuses qui se partagent les croyances du plus grand nombre, la Commune n'a pas à choisir ; elle doit rester neutre. Par respect pour la liberté de conscience, et pour se conformer du reste à notre loi civile, elle laisse tout enseignement de ce genre aux soins et à la responsabilité des familles et aux ministres des différents cultes.
Mais sa sollicitude se reporte tout entière sur l'enseignement de la morale effective, de la morale dégagée de tout système préconçu et exclusif, née de l'expérience progressive et appuyée sur l'assentiment universel. Elle tient à faire pénétrer de bonne heure dans le coeur, dans l'esprit, dans les actes des jeunes enfants, espoir de la Patrie appelée à se régénérer, les notions les plus rigoureuses des devoirs et des droits de l'individu, soit envers lui-même, soit envers la famille, soit envers la société.
Il est temps d'entrer résolument dans cette voie, d'adopter un programme applicable à tous, et qui unit au lieu de diviser.
L'expérience du passé a été assez longue et assez funeste ; nous en subissons aujourd'hui plus que jamais les conséquences accumulées.
Convaincus aussi bien que nous de l'importance des observations qui précèdent, les parents, nos concitoyens, devanceront, nous n'en doutons pas» la loi qui déclarera obligatoire l'instruction primaire ; ils s'uniront à nous pour préparer leurs enfants à devenir de vrais citoyens et de vraies mères de famille.
Les membres du Conseil cfudministration :
F. Brun, président; Vacheron, A. Raison, Grand, Jaboulay, Rossigneux, Gay, Docteur Bron, J. Bavozet, secrétaire.
Approuvé : Le maire de Lyon, Hénon.
Comme complément de cette affaire, on usurpa le nom du Docteur Bron pour le mettre au bas de TafRche. Et le 3 décembre, le Docteur Bron écrivait à M. Hénon :
Absent de Lyon, depuis le commencement de la gaerre, pour le service des ambulances, et traversant la ville, pour me rendre à l'armée de la Loire, j'ai vu avec surprise, ce matin seulement ma signature au bas d'une affiche concernant les écoles communales.
Le procédé était digne du but !
Cependant, de tous côtés, les vexations les plus arbitraires, les plus sauvages mêmes, contre les Frères, allèrent leur train.
De tous côtés, il étaient expulsés des maisons qu'ils habitaient.
Il en fut ainsi pour leur maison profès située à Caluire, près de Lyon, maison qui était leur propriété.
On inventoria le mobilier.
Le 10 octobre, le maire provisoire de Caluire faisait annoncer, par affiche, que le samedi, 15 octobre suivant, « il serait procédé à la vente aux enchères publiques, par le ministère d'un commissaire priseur, de provisions de bouche, récoltes sur pied, bêtes à cornes, fourrages, vins, etc.. TROUVÉS dans l'ancien établissement des Frères à Caluire, devenu propriété communale. »
La maison était habitée par des vieillards et par de tout jeunes gens, on les mit à la porte.
Le 8 octobre, on voyait à Caluire quatre hommes portant sur un fauteuil un Frère mourant. M. Tauraônier du
couvent évacué avait sollicité et obtenu la faveur de donner asile au moribond.
Le pauvre vieillard, ancien assistant du supérieur général, avait nourri la douce espérance de rendre son dernier soupir au milieu de la famille adoptive qu'il avait honorée par ses vertus. Non ! Soixante- quatorze années d'une existence consumée presque entière au service de la classe ouvrière ne purent pas lui obtenir cette satisfaction suprême.
Un autre jour, sur la place des Terreaux, se passait un second fait qui arracha bien des larmes.
Un vieux Frère de la doctrine chrétienne, âgé d'environ quatre-vingts ans, arrive à pied, tout poudreux, chargé d'un paquet contenant ses bardes. Il n'en peut plus de fatigue. Les passants se groupent autour de lui et l'interrogent. Il leur répond : « J'ai instruit gratuitement pendant cinquante-trois ans la jeunesse. Les forces me manquent pour continuer ce bon office ; et je me reposais depuis quelque temps dans la maison que nous avons fait bâtir à Caluire. Et voilà que de prétendus républicains m'ont chassé^ sans me donner seulement quelques centimes pour prendre l'omnibus ou manger un morceau de pain. Je n'aurai pas d'autres ressources que d'aller demander un logement à la maison de la Charité, si l'on veut m'y accueillir. Peut-être faudra-t-il me résoudre à mendier mon pain. »
Et il pleurait, et ceux qui l'écoutaient pleuraient aussi. Bien des personnes lui offrirent un asile dans leur maison ; un homme charitable le prit enfin sous le bras et le
conduisit auprès d'une famille que le vieillard disait connaître un peu.
Pendant ce temps-là, le citoyen Denis Brack, libre-penseur enragé, ex-rédacteur de VExcommunié^ feuille immonde et pu&nte, le citoyen Denis Brack, qui, quelques jours auparavant avait organisé des réunions publiques dans le but de diffamer les Frères, recevait pour prix de son éloquence la... maison des Frères de Caluire. Et il faisait annoncer qu'il venait « d'être chargé de la direction d'unvaste établissement. »
Le vaste établissement était la propriété volée aux Frères, dans laquelle M. Brack s'installait, lui et toute sa famille, et où il ripaillait k « bouche que veux-tu » aux deniers des Frères et de la bonne ville de Lyon. On verra plus loin comment le « séminariste défroqué » paya cette faveur*.
Et pourtant les écoles municipales s'obstinaient à ne pas vouloir florir. On prodiguait l'argent, on mettait tout en œuvre pour « attirer la pratique », on allait même jusqu'à menacer des mères de familles. Toujours rien ou à peu près rien... que des affronts.
Le 21 novembre, le maire de Lyon recevait cette lettre :
M. le Maire de la ville de Lyon, Puisque, de par la République, il est défendu, dans les écoles
i On sait que le citoyen Denis Brack lit ses éludes au petit séminaire de Saint-Jodard (Loire), puis au grand séminaire d'Aliv (Riiùne). Il était en. core, il y a trois ans, investi de la confiance d'une famille religieuse et honorable de notre ville, dans laquelle il remplissait remploi de précepteur, lorsqu'on découvrit que l'hypocrite, cachant son nom véritable de Gros-Denis, sous le nom de Denis Brack^ était rédacteur en chef de l'Excommunié,
^riK-'
Ibndéesr au nom et sous les auspiees de la liberté, d'apprendre à de toutes petites filles la prière, le catéchisme, Tbistoire sainte, même le chemin de l'église, même le signe de la croix, même l'existence de Dieu, ma conscience et ma foi m'obligent à vous envoyer ma démission.
J*ai rhonneur d'être, M. le maire, votre très-humble servante,
A. BÉATRIX, Directrice de Técoie municipale d*Ainay.
Ou bien on surprenait dans les écoles libres-penseuses des colloques comme celui-ci :
La MÂiTRBsse. — Vous savez, mesenfants, que nous ne faisons pas de prières ici. C'est là une pratique dont la République nous a enfin débarrassées. Quand vous sentirez le besoin d'invoquer l'Être suprême, vous regarderez le soleil...
Une petite fille de neuf ans : — Mais, madame, et le soir, que faudra- t-il donc que je regarde V?
Ou bien encore on arrivait à des résultats dans le genre du suivant :