MUNICIPAL
ï)epuis le 4 septembre, tout ce qui représentait à Lyon une idée honnête , un principe religieux était snspect et traité comme tel.
 ce titre , nos illustres administrateurs pouvaientils oublier les Frères et les Sœirrs chargés de renseignement ! Aussi, après avoir satisfait leur haine rancuneuse contre les Jésuites, les prêtres, les Religieux et les Religieuses de tout ordre , n'eurent-ils rien de plus pressé que de persécuter ces ignorantins qu'ils détestaient si cordialement, eux, les Républicains autocrates qui devaient, pour la plupart, le peu d'instruction qu'ils possédaient, à ces infâmes ignorantins.
Le fameux Comité de salut public, si lestement nommé... par lui-même , le 4 septembre, devait naturellement commencer la série do ces nouvelles mesures iniques, comme il avait déjà inaugun'; l'ore de toutes les bévues et de toutes
les exactions commises depuis la proclamation de la République. Cet honneur lui revenait de droit ; reconnaissons qu'il lui fiit effectivement acquis.
Le 14 septembre on lisait sur les murs de Lyon raftiche suivante :
COMMUNE DE LYON
Le Comité de salut public,
Considérant que renseignement donné par les congrégations religieuses est contraire à l'esprit républicain,
Arrête,
Art. 1*''. — Nulle subvention n'est accordée dès ce jour par la Commune aux institutions religieuses de l'un et l'autre sexe.
Art. 2. — Les locaux appartenant à la Commune et servant actuellement aux écoles religieuses et aux salles d'asile seront désormais affectés à des écoles et à des salles d'asile, dirigées par des personnes laïques.
Art. 3. *- Nulle personne ne peut exercer l'enseignement sans être munie d'un diplôme.
Pour le Comité :
Les présidents : Chepié, Chaverot, Perret.
Et tout fut dit !
D'un trait de plume, « de par la liberté, » les trois inséparables Chepié, Chaverot, Perret, faisaient défense aux Frères et aux Sœurs d'enseigner !
Eh oui ! en pleine République, trois... messieurs osaient faire ce que jamais l'Empire n'eût osé se permettre , tout Empire qu'il était.
Le 27 septembre suivant, le Conseil municipal de Lyon, s'inspirant de la décision du défunt Comité de salut public
qu*il venait de remplacer, prenait un arrêté « faisant défense aux diverses congrégations religieuses de se livrer plus longtemps à Tinstruction de Tenfance. »
Dans les premiers jours d'octobre, M. Hénon, maire de Lyon, président du Conseil municipal , prenait la peine d'adresser aux Frères une lettre pour leur rappeler que le Comité de salut public avait supprimé leur enseignement, et que cette décision avait été maintenue par le Conseil municipal; il terminait en les invitant à vider les locaux des écoles.
Enfin, M. Challemel-Lacour, préfet du Rhône, venant à la rescousse , faisait publier, le 5 octobre, un arrêté où on lisait :
Art. i«^ — Les Frères de la doctrine chrétienne, les membres des Congi'égations religieuses, les élèves des séminaires, non exonérés par la loi de 1832, seront incorporés dans la garde nationale et soumis à tous les décrets relatifs à la défense du pays.
Quel touchant accord !
Mais cette fois , la population lyonnaise , qui jusque-là avait tout enduré, se contentant de gémir en silence, cette fois, la population lyonnaise se révolta contre une mesure aussi brutale qu'inique.
De tous côtés , les pères de famille se levèrent , et dans tous les quartiers des protestations se couvrirent de milliers de signatures.
Il va de soi que les bonnes raisons en faveur de l'enseignement congréganiste ne manquaient pas.
Depuis 1806, les Frères des écoles chrétiennes avaient
été VUS à Tœuvreà Lyon; depuis 18P6,Ie peuple lyonnais connaissait et appréciait les services rendus par ces humbles instituteurs.
Il y avait plus.
Le traitement d'un instituteur congréganiste variait entre 600 et 650 fr.; les instituteurs laïques qui les remplacèrent reçurent entre 1,500 et 1,800 fr.
Le Bulletin de l'instruction primaire, n» 10, année 1870, constatait que sur vingt- neuf témoignages de satisfaction accordés aux écoles de garçons de Lyon, vingt-trois avaient été mérités par les écoles des Frères , et que sur trente décernés aux écoles de filles, dix-neuf avaient été obtenus par les Sœurs de Saint-Charles.
On se rappelait qu'à l'Exposition universelle de 1867, la Congrégation des Frères des écoles chrétiennes avait obtenu, dans ce grand concours international, une des huit grandes médailles d'or destinées à récompenser les li^eilleures méthodes d'enseignement. On se rappelait le président du jury des récompenses faisant appeler le frère Victoris, en présence de la commission, et l'embrassant en lui disant :
« Vous donnez le premier rang à la France pour le dessin. La Suisse et l'Allemagne étaient avant nous ; mais votre œuvre renferme un système, présente un ensemble supérieur à leurs méthodes et nous assure le premier rang. »
Le frère Victoris était un ignorantin.
Il y eut donc à Lyon des centaines de pétitions couvertes de milliers de signatures.
Sait-on comment l'Hôtel de Ville du drapeau rouge ré-
pondit à cette manifestation pacifique de la conscience révoltée ?
Des délégations nombreuses, composées de pères de familles de la Croix-Rousse, de la Guillotière, des Brotteaux, de Saint -Paul, de Perrache, etc., se présentèrent à l'Hôtel de Ville.
M. le préfet leur refusa audience !
Le Conseil municipal reçut une protestation signée de 913 anciens élèves des écoles chrétiennes. M. Hénon répondit aux porteurs de cette protestation ; « Le Conseil municipal a cru sage de confier les écoles de la ville à des hommes mariés, plus capables que les Frères de former des citoyens et des pères de famille. »
Enfin, le 27 novembre, Taffiche suivante était placardée sur les murs de Lyon.
Voici le texte de cette pièce, vrai chef-d'œuvre du genre, qui, à tous les titres, doit figurer dans ce livre: