‹ Six mois de drapeau rouge à LyonChapitre 15 sur 24 · RÉUNIONS PUBLIQUES ET ÉMEUTES · texte numérisé non relu

RÉUNIONS PUBLIQUES ET ÉMEUTES

Lorsque les démagogues de Lyon n*eurent plus ni Jésuites à pourchasser, ni couvents à piller, ni Religieux à arrêter, ni prêtres à persécuter, ni réactionnaires à molester, ils se créèrent une occupation nouvelle. Il fallait bien faire quelque chose !

Alors une idée lumineuse jaillit dans leur cerveau .

Trouvant que le préfet et le Conseil municipal n'allaient pas au gré de leurs désirs — et certes nos rouges étaient difficiles ! — ils résolurent, un beau matin, de mettre préfet et Conseil municipal à la porte, tout simplement !

Le projet était assez ingénieux et, ma foi ! peu s'en fallut qu'il ne réussît.

C'était Tère des réunions publiques et des émeutes qui s'ouvrait. On va lire le récit des principales de ces émeutes et de ces réunions publiques dont nous avons été nous-même témoin oculaire et auriculaire.

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L'une des principales causes et Tun des principaux moteurs de la première émeute qui eut lieu à Lyon, depuis la naissance de la République de 1870, fut le général Cixiseret.

Qu'était le général Cluseret ? D'où sortait-il ? Que venait-il faire à Lyon ?

Telles étaient les questions que chacun se posait et que nul ne pouvait parvenir à résoudre d'une manière satisfaisante.

On chercha de tous côtés, on s'intrigua, et on finit par découvrir quelque chose.

Le désaveu de ce général, à Paris, par Rochefort, désaveu publié dans la Marseillaise, donna l'éveil. Rochefort n'était pas exigeant, en définitive, et le général Cluseret, répudié par un tel homme, ne devait pas être quelque chose de bien... propre, disons le mot.

Qu'était le général Cluseret ?

Général? Jamais il ne l'avait été en France, pas davantage en Amérique.

Français ? Il avait excipé, un an auparavant, dans un procès assez scandaleux, de sa qualité d'Américain, pour échapper aune condamnation.

Américain ? Non plus, car, dès le 4 septembre, M. Cluseret se déclarait Français.

D'où sortait-il? Ah ! c'eût été difficile à dire, et d'ailleurs cela importait peu.

Que voulait-il ? Oh ! peu de chose, presque rien.

Le général Cluseret annonçait dans une réunion publique tenue, en son honneur, au Grand-Théâtre, le 23 septembre, qu'il était venu se proposer comme commandant en chef omnipotent des forces du Midi, qu'il se chargeait d'arrêter les Prussiens, de les battre même au besoin, de préserver Lyon d'une invasion, de sauver la France, le tout pour la bagatelle de... 50 millions !

C'était pour rien.

Eh bien ! cette inintelligente population lyonnaise eut le front de les lui refuser ! Le Progrès lui-même, journal démocratique de Lyon, trouva la chose raide.

Naturellement, \e général Cluseret en fut vexé, et ce patriote cosmopolite — du patriotisme à 50 millions, s'il vous plaît ! — ce juif errant de la République universelle, cet aventurier des bonnes places, voulut se venger.

Les coryphées de Y Internationale se mirenten campagne, et, en avant la musique !

Le 24 septembre, une réunion publique fut tenue à la salle de la Rotonde, aux Brotteaux.

Voici comment, en sortant de cette séance, nous traduisions nos impressions sur nos tablettes :

La présidence de la réunion est confiée au citoyen Sai^e : un nom qui promet et qui tient ses promesses !

Nous n'avions jusqu'ici rien entendu d'aussi violent , d'aussi

triste, d'aussi féroce, — parlons français! — que le citoyen Saigne. Le citoyen Saigne ricane, quand on lui parle de serments, d'honneur, de conscience. Il avoue que pour sa part, si Ton avait pu découvrir les noms des mouchards salariés par Napoléon, il n*eût pas pu se retenir d'en... tuer deux ou trois !

On frémit malgré soi en voyant le trésor de haine amassé dans le cœur de ces hommes-là, haine qu'ils étendent non-seulement à ceux qui leur ont fait du mal, mais aussi à tout ce qui possède et à tout ce qui est honnête.

Le citoyen Beauvoir, un démagogue qui parle peut-être mieux le français que le citoyen Saigne, mais qui, à coup sûr, est aussi cramoisi, a pris la parole à son tour.

Le citoyen Albert Richard,qui pose pour un Saint-Just au petit pied, puis une foule d'autres obscurités se sont succédé à la tribune, de sept heures et demie à dix heures et demie du soir.

Voici le bilan des résolutions prises et votées par ces bons citoyens :

«( On lèvera un impôt progressif et forcé de 200 millions.

« Tous les richards qui ont abandonné la ville seront tenus d*y rentrer dans les quarante-huit heures, sous peine de mort !

« Tous les officiers de l'armée, nommés par l'Empire, seront destitués.

« Les forts seront occupés en entier par la garde nationale.

« On publiera, si on les a trouvés à l'Hôtel de Ville, les noms de tous les agents de police ou mouchards qui ont servi l'Empire.

a Nota. — On en tuera autant qu'on pourra. »

Pas plus que cela !

Pour un début, c'était assez crâne.

Deux jours après, le 26 septembre, ce fut mieux encore.

La séance, ouverte à sept heures du soir, toujours à la Rotonde, avait été annoncée par affiches.

Le citoyen Saigne, président ordinaire, ouvre la séance

par la lecture d'une affiche qu'il dit devoir être placardée le lendemain sur les murs de la ville.

Voici la teneur de ce fàctumy qui fiit en effet placardé et mis en morceaux presque aussitôt par les habitants indignés :

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