‹ Six mois de drapeau rouge à LyonChapitre 2 sur 24 · M LETTRE · texte numérisé non relu

M LETTRE

tragique et ironique comme les épisodes qu il raconte, il reproduit avec une vérité photographique cette série d'incidents odieux, stupides, grotesques, sinistres, niais, infâmes, sur lesquels plane, du haut de l'Hôtel de Ville lyonnais, le hideux drapeau de l'anarchie et du crime, pareil à un oiseau de proie teint en rouge par des mains de tricoteuses et d'assassins. C'est une sorte de cohue sheakspearienne, une bouffonnerie mélodramatique où le cri de colère s'éteint dans l'éclat de rire, où le meurtrier a les allures titubantes de l'ivrogne, où le pillage s'achève dans l'orgie, où le sacrilège passe par l'église pour arriver à la cave, où l'on a l'air de chercher des fusils pour trouver des bouteilles, où l'œil le moins sévère chercherait vainement une idée politique, une lueur de patriotisme, un souci quelconque des intérêts du peuple et du pauvre, un élan de tendresse pour la liberté et l'égalité, une ombre de dévouements à ces utopies séduisantes qui masquent les plus grossières convoitises. Non, on boit, on mange, on crie; on emprisonne les Religieux, les magistrats et les prêtres ; on expulse les Frères de la Doctrine chrétienne; on décrète l'athéisme en style de sauvage abruti par l'alcool, on rit au nez des pères de famille, on fait mourir de douleur et de faim des malades et des vieillards ; on profane les cercueils, on dépasse, en arbitraire, tout ce que l'Empire avait inventé de plus monstrueux ; un dérisoire semblant de dé-

DE M. A. DE PONTMARTIN vu

fense nationale, qui se fût évanoui à Tapparition du premier uhlan, sert de prétexte à des actes de barbarie, de férocité, de démence, dont le moindre eût suffi à assurer d'avance le triomphe des Prussiens.

C'estla démagogie en pleine ripaille, sans foi, sans loi, sans frein, le blasphème à la bouche, Toeil injecté, le sabre au poing, crachant sur tous les objets de notre respect et de notre culte, se pourléchant avant de dévorer. Ce sont les noces de Gamache de la populace, les saturnales de la canaille pour faire suite aux saturnales prétoriennes. Dans cette ronde du Sabbat révolutionnaire, les noms mêmes sont ridicules comme le langage. On dirait qu'ils sortent d'un atelier charivarique. avec un casque de papier et un poignard de fer blanc. Ces gens-là s'appellent Cheval, Chepié, Chaverct, Saigne, Brialou, Crestin. Us invoquent Marat, et ils relèvent de Guignol; ils appellent Robespierre, et c'est Jocrisse qui répond. Danton les prendrait tous dans une de ses larges mains et les jetterait en pâture à la parodie ou au vaudeville. Us ont travaillé six mois à être terribles; et ils n'ont pas même réussi à égaler feu Jérôme Cotton.

Pourtant restons sérieux» Evitons de céder à ce dangereux penchant des esprits cultivés, lesquels, en présence des paroxysmes de la bêtise et de la perversité humaines, croient se dédommager à l'aide d'une épigramme ou d'une

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