VIII LETTRE
malice. Si la plupart de ces scènes, si bien racontées par M. J. Guetton, où le citoyen Deloche, le co/Zec^ivettr, rivalise de barbarismes avec le citoyen Rivière, prêtent à la moquerie, elles ne sont pas gaies. Sous ces dehors fantaisistes, qui font croire parfois à un cauchemar de Scarron dessiné par Daumier, se cachent d'immenses ravages, une sape [souterraine qui date de plus loin que du 4 septembre, etqui, un moment retardée par les élections du 8 février, a repris sa marche destructive. N'oublions pas que le général Cluseret, un des héros de la journée lyonnaise du 28 septembre, est' le même Cluseret qui a organisé, à Paris, l'armée de rémeute et tenu tête aux troupes de Versailles. N'oublions pas qu'au-dessus des Deloche, des Rivière, des Brialou, des Chepié, des Chaverot et autres queues-rouges empaquetées dans le drapeau rouge, nos regards rencontrent quelques personnages moins burlesques et plus coupables que le gouvernement n'a pas encore reniés, dont les collègues trônent encore à côté de M. Thiers.
Gambetta entre autres, Gambetta, le grand homme en baudruche, dont la faconde, le patriotisme, le courage, les services, le génie se sont assimilés, par une prédestination fatale, au ballon qui fut le premier symbole et le premier messager de sa dictature; Gambetta, le plus malfaisant et le plus funeste des hommes du i septembre, dont il restera le type au pilori de l'histoire ; car il a abusé d'une sorte de
DEM. A. DE PONTMARTIN ix
prestige que nous lui avions laissé prendre, pour envenimer d'avance, par une surexcitation fébrile, les humiliations et les douleurs de la défaite; Mirabeau manqué, Carnot avorté, caricature de Danton ; organisateur emphatique de la désorganisation et du désordre; porte-voix de fantastiques victoires dont les lendemains étaient autant d*angoisses et de mécomtpes; entouré d'un état-major qui a trouvé moyen de faire argent de l'agonie de la France ; se laissant tromper par des intendances et des fournisseurs dont les dilapidations scandaleuses ont été pour beaucoup dans les souffrances et les désastres de nos troupes, tel enfin qu'il paraît avoir été créé pour achever l'œuvre destructive de l'Empire et préparer le règne hideux de la Commune.
Après lui, vient son digne préfet Challemel-Lacour, que j'ai connu en 1866, gratte-papiers à la Revue des Deux- Mondes, chargé d'éconduire poliment les auteurs dont on refusait les manuscrits; malingre, râpé, besoigneux, fruit sec de la littérature et du journalisme, couvant déjà d'effroyables haines contre la religion^ contre les riches, les conservateurs et les prêtres, fait exprès pour s'associer, par une complicité pusillanime et sournoise, à tous les attentats que retrace Fauteur de Six mois de drapeau rouge; drapeau rouge que ni lui, ni son patron Garabetta n'eurent le courage de fouler aux pieds quand ils présidé-