‹ Six mois de drapeau rouge à LyonChapitre 6 sur 24 · M. A. DE PONTMARTIN · texte numérisé non relu

M. A. DE PONTMARTIN

Un de mes amis, parfaitement posé pour tout voir et tout savoir, m'écrivait récemment à propos d'une de ces innombrables énormités qui vont peu à peu grossir le dossier des hommes du 4 septembre :

« N'y a-t-il pas, dans quelque coin delà République, un Tacite caché qui taille sa plume pour écrire l'histoire de 1870-1871?» •

Si ce Tacite existe ou doit exister un jour, si cette histoire vengeresse doit sortir, un flambeau à la main, du milieu de nos mines, il sied dès à présent de lui préparer des matériaux et des documents. Je n'en connais pas de plus saisissant tîi de plus instructif que ce petit livre : Six mois de drapeau rouge d Lyon, Ce simple procès-verbal a toute l'éloquence d'un réquisitoire. Tour à tour indigné et railleur,

DE

A LYON

Le dimanche, i septembre, vers sept heures et demie du matin, Taftiche annonçant la catastrophe de Sedan était déjà apposée sur quelques murs. En un instant , la nouvelle lit le tour de Lyon.

Aussitôt des groupes commencent à se former sur la place des Terreaux ; la foule grossit à vue d*œil. A. huit heures et demie, quelques individus parviennent à se glisser dans la cour de THôtel de Ville. Le poste, composé de huit hommes d'infanterie , prend les armes et se présente sur le perron.

On demande le préfet, on réclame des armes. Le préfet, M. Sencier, apparaît au balcon de l'Hôtel de Ville; il an-

nonce qa'unc commission va êlro aussitôt nommée et chargée de distribuer les armes dont on dispose.

L'effervescence augmente. Par la rue Romarin débouche une troupe d'individus portant un petit drapeau rouge. On entend, sur plusieurs points, des cris de : Vive la République !

Un rassemblement d'une centaine de personnes parcourt la rue Impériale, se dirigeant vers la préfecture et chantant la Marseillaise,

Vers dix heures, la foule, qui n'a pas cessé de grossir, force l'entrée de l'Hôtel de Ville. Au bout de quelques instants, le tocsin sonne. Un citoyen escalade le beffroi pour détrôner le drapeau tricolore.il ne lui est pas possible d'y parvenir : il s'en dédommage en plaçant une loque rouge à l'un des œils-de-bœuf du beffroi.

Un second citoyen, plus heureux, parvient à descendre le drapeau tricolore, dont on enlève les deux couleurs blanche et bleue pour ne laisser subsister que le morceau rouge, qui apparaît enfin et flotte au sommet de la préfecture.

Le Drapeau Rouge !

Le grand balcon, au-dessus de la porte d'honneur de l'Hôtel de Ville, est envahi par trente ou quarante citoyens qui, tous à la fois, déclarent l'Empire déchu et la République proclamée. Les acclamations de la foule leur répondent. De nombreuses cocardes rouges commencent à fleurir aux boutonnières des habits.

Cependant, les trente ou quarante envahisseurs de

THôtel de Ville se sont constitaés en comité. L'affiche suivante est lancée par eux dans Lyon.

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