‹ Six mois de drapeau rouge à LyonChapitre 7 sur 24 · RÉPUBLIQUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

COMMUNE DE LYON

Les maUieurs de la patrie nous dictent notre devoir. Nous décrétons immédiatement l'armement de la Nation, la déchéance de l'Empire et la proclamation de la République.

Lyon, le 4 septembre 1870.

Le Comité provisoire de salut public :

Ch. Beauvoir, Cordelet, L. Châverot, MoDSSY, £m. Vollot, Reionier, Gros, Griffe, Tarre, Soubrat, Bonnet, Fournier, Lombrail.

Chacun se demandait d*où sortaient ces noms, tous plus obscurs les uns que les autres.

Pendant ce temps, une vieille effigie en bois de la République, datant de 1848:, est déterrée d'une cave de l'Hôtel de Ville et placée sur le bcâcon qui regarde la place des Terreaux. '{'

Le buste de l'Empereur est "brisé ; on en jette les débris à la foule qui se les arrache.

L'émotion croit de minute en minute.

Des détachements de troupes arrivent. Le 6« hussards vient se masser sur la place des Terreaux. Le 52« de ligne occupe l'entrée de la rue de l'Impératrice. Des lanciers débouchent au grand trot par la place des Cordeliers et remontent la rue Impériale,

Vive la République! Vive V armée! crie la foule. Vive la République ! répond la troupe. Les cavaliers rengainent leurs sabres ; les soldats de la ligne tournent la crosse de leurs fusils en Tair.

C'est alors, dans la foule, une joie immense. On serre la main aux soldats ; on leur offre à boire; on les embrasse.

Les sergents de ville, qui, le matin encore, stationnaient à leurs postes ordinaires, disparaissent peu à peu.

Un officier de lanciers, qui refusait de mettre son sabre au fourreau, est désarmé par la foule, puis promené paisiblement à cheval.

Du haut du balcon de THôtel de Ville , un orateur propose de se porter à la prison Saint-Joseph pour délivrer les détenus politiques. La proposition est acceptée.

A la prison Saint- Joseph se trouvaient actuellement M. Andrieux, avocat, devenu, depuis, procureur de la République, à Lyon, et condamné précédemment pour discours subversifs dans des réunions publiques ; M. Lentillon , notaire à Thurins, condamné pour avoir provoqué, quinze jours auparavant , à la Croix-Rousse , une émeute dans laquelle un sergent de ville perdit la vie, etc., etc.

Une troupe de citoyens se mettent en marche dans la direction de la prison Saint-Joseph.

Les tambours et les trompettes retentissent de tous côtés. Dans tous les quartiers, les gardes nationaux s'organisent et se mettent en devoir d'aller quérir des armés dans les forts. La plupart d'entre eux se dirigent vers le fort Lamothe. Là commence un tumulte, une confusion inexprimable.

Le fort est envahi par des hommes, des enfants ; des caisses d'armes sont découvertes et défoncées ; quelquesuns essayent d'emporter plusieurs fusils. Nous voyons des gamins de douze ans à peine, chargés de trois ou quatre chassepots. C'est un véritable pillage.

Au retour de cette chasse, la plupart des postes de la ville, occupés par la troupe, sont remisa la garde nationale.

L'Hôtel de Ville est littéralement hérissé de baïonnettes.

Le télégraphe est occupé militairement par des gardes nationaux à cocardes rouges; on ne laisse expédier aucune dépêche. Un peu plus tard, l'interdiction est levée , mais un agent lit toutes les dépêches, par ordre du Comité de salut public.

Vers une heure de l'après-midi, la foule qui s'était portée à la prison Saint-Joseph, brise, après d'orageuses discussions avec les gardiens, les barrières de fer qui défendent l'entrée de la prison et délivre les détenus politiques.

Quelques fiacres sont réquisitionnés.

Dans le premier montent MM. Andrieyix et Lentillon.

Sur le couvercle du second se placent debout, dans l'atlitude d'un marbre antique, deux autres détenus.

Dans une troisième voiture, quelques libérateurs, agitant des trousseaux de vieilles clefs, s'écrient à la foule :

« — Plus de barrières ! Voilà les clefs! »

Le cortège se met en marche, précédé de tambours, de trompettes et de drapeaux rouges ; il traverse la ville, en chantant, et se rend à la préfecture.

Quatre ou cinq comités y sont déjà éclos depuis tout à rheuro. Des multitudes d'affiches apparaissent à tous moments sur les murs.

Entre cinq et six heures du soir, des gardes nationaux des Brotteaux, munis de fusils, se rendent au grand séminaire sous prétexte de s'assurer qu'il ne s'y trouve pas d'armes cachées.

Pendant cette recherche, un individu, qui s'était introduit dans la maison à la suite du détachement, avait trouvé moyen de faire main-basse sur une somme d'argent assez considérable.

Pris en flagrant délit, le larron est garrotté ; on attache à son dos un écriteau sur lequel se lit, en gros caractères, ce mot : Voleur ! Puis on le conduit du grand séminaire à la prison du Palais de Justice, au milieu de huées et de bourrades.

D'autre part, quelques individus, munis d'un ordre émanant d'un comité quelconque, se présentent le soir chez un armurier de la rue Saint-Dominique, où ils s'emparent d'une certaine quantité de fusils et de pistolets.

Rencontrés par»des gardes nationaux, ils sont arrêtés et forcés de restituer ces armes à leur propriétaire.

Enfin, à neuf heures du soir, on lut au balcon de l'Hôtel de Ville la dépêche annonçant la proclamation delà République à Paris.

« C'est pourtant nous qui l'avons proclamée les premiers, la République ! » disaient, en entendant cette lecture, quelques gardes nationaux à cocardes rouges.

A Lyon, en effet, revient cet honneur.

Aussi, après une journée si bien remplie, chacun alla prendre un repos mérité.

C'est dans ces circonstances qu'eut lieu Tenfantement de la République à Lyon.

Tous les honnêtes gens, rassurés par la tournure pacifique du nouveau mode de gouvernement, Tacceptèrent sans arrière-pensée et même avec plaisir. On ne chicana pas sur le mandat que les nouveaux administrateurs venaient de se conférer eux-mêmes à eux-mêmes.

Certes, jamais gouvernement ne s'implanta sans rencontrer moins de résistance. On rendait ainsi à la République naissante la tâche bien facile.

On va voir de quelle façon la République reconnut cet acte de générosité.

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