IRLANDE
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En quittant Livcrpool pour venir a Dublin , notre intention était de visiter une bonne partie de l’Irlande , et notamment toute la ligne qui se trouve entre Dublin et Belfast ; mais l’ouverture des écoles d’Edimbourg nous appelant en Ecosse , la saison étant d’ailleurs assez avancée pour qui veut s’approcher encore du nord , notre projet a dû être modifié, et nous avons préféré donner tout le temps que nous pouvions rester en Irlande à
SIX MOIS DE SEJOl’R
l’examen de Dublin et de ses environs. Je dois donc , avant tout , avertir ici que ce que je dirai de l’Irlande ne doit être appliqué qu’a la capitale et à ses environs. Quant aux autres parties de cette contrée, je ne les connais pas; tout ce que je puis faire, c’est de souhaiter que le jugement porté sur la population que nous avons vue ne soit point applicable a toute la masse : ce qui est doublement à désirer, et pour les gouvernans et pour les gouvernés.
Le paquebot qui fait le service de la poste ne va pas jusqu’à Dublin ; il s’arrête à Kingstown , qui est une fort jolie baie avec un bourg, à la distance de huit ou dix milles de la capitale. Nous avons fait le reste du chemin en voiture. De tous les environs de Dublin , Kingstown est peut-être le plus agréable , a cause sans doute de son beau chemin de fer, dont nous n’avons profité que le premier dimanche après notre arrivée. Je dirai en passant que ce chemin est fort beau. Tous les quarts d’heure on voit partir des deux bouts jusqu’à huit voitures réunies, semblables à celles que nous avons trouvées entre Manchester et Liverpool , pouvant contenir
comme celles-là trois cents passagers ; le dimanche surtout elles sont presque toujours pleines, car Kingstown est l’endroit que choisit de préférence la population de Dublin pour aller se reposer des fatigues de la semaine. C’est vraiment curieux de voir de la colline tout ce monde arriver, partie par le chemin de fer, partie en char , et partie à pied. La plupart des arrivans sont séparés en autant de familles; car justice leur soit rendue, ici comme dans le reste de l’Angleterre on connaît ce que c’est que la vie de famille.
Pour en revenir donc aux environs de Dublin , la campagne y parait assez fertile et passablement bien cultivée ; mais il s’en faut que les maisons offrent toutes cette propreté qui indique l’aisance * elles paraissent pour la plupart fort mal tenues, ce qui trahit la pauvreté. On rencontre également hors de Dublin une grande quantité de petites voitures découvertes d’un genre particulier, et dont je tâcherai tantôt de donner une idée. Pour la première fois depuis notre arrivée en Angleterre, j’ai vu des chevaux maigres et efflanqués, avec des harnais formés de toute sorte de ficelles ei ayant
au moins trois nœuds d’ajoutage pour chaque aune
de longueur. Les cochers, au reste, sont en par-
faite harmonie avec l’attelage ; il est rare que la
moitié droite de leur corps soit vêtue de la même étoffe que la gauche, et lorsque les trous de l’habit et du gilet correspondent, il est bien difficile qu’on voie une chemise dessous ; c’est ordinairement la peau nue qui paraît aux yeux du voyageur étonné. C’est avec de pareils prodromes que l’on entre à Dublin , et pour peu qu’on soit impressionnable, le cœur s’attendrit déjà et l’on n’est que plus profondément peiné de tout ce qu’on voit après. Nous avons traversé le canal de Saint-Georges en moins de quatorze heures, et ce passage brusque d’un pays riche à un pays misérable , d’un peuple heureux à un peuple qui ne l’est pas, produit une impression qu’il serait difficile d’exprimer et que l’homme de bien peut seul sentir.
Dublin est une ville magnifique , dans toute la force de l’expression; ses rues sont encore plus larges et plus belles que toutes celles que nous avons vues j usqu’à présent. Sackville-Street, où nous sommes logés, a soixante pas de largeur et est
presque aussi longue que la rue de Rivoli. Cette rue est la plus belle , mais il y en a une foule d’autres aussi qui ne lui cèdent pas de beaucoup. La ville est toute éclairée au gaz; elle occupe au nord et au sud deux petites collines; le centre est dans une plaine, traversée par une assez belle rivière (*) qui mène directement à la grande baie. Cette rivière sert de port à des vaisseaux d’un tonnage moyen ; plusieurs ponts de pierre en réunissent les deux bords, et dire que leur construction est en tout semblable à celle des autres ponts que nous avons vus, c'est faire leur éloge.
De grands établissemens en tous genres rendent celte ville fort intéressante, et les bâtimens qui leur servent de local , modelés toujours sur les anciens, constituent de vrais monumens des temps modernes. Le premier que nous avons visité est la Société royale Je Dublin , espèce de grand hôtel , situé au fond d’une très large cour. II y a ici une fort belle bibliothèque scientifique et littéraire, et un cabinet d’histoire naturelle où j’ai trouvé parmi
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les minéraux , une réunion de huit pierres placées sur deux fils de fer tendus, et sur lesquelles on produit huit sons différons en frappant dessus avec des baguettes boutonnées en acier ; c’est une espèce d’harmonica. La gamme est assez distincte, et les sons par tierces suffisamment justes ; mais ici encore le talent de l'artiste se trouve en défaut, et, sans s’en apercevoir probablement, on a placé le fa après le ré et le si avant le la. Plusieurs cours sont professés dans cet établissement et dans deux différens amphithéâtres , assez grands et assez bien disposés. Nous y avons connu trois des professeurs les plus distingués : celui de chimie , qui est un parent du célèbre Davy, dont il porte aussi le nom; le professeur de minéralogie, M. Scouler; et celui de botanique, le docteur Litton, homme de talent et d’un caractère fort agréable. Cette société possède un jardin botanique de toute beauté , situé a deux milles environ de la ville. Nous fûmes engagés par le professeur Litton 'a aller voir ses belles plantes avec lui , et l’occasion était trop bonne pour la manquer. Ce jardin date seulement de 1 800 , mais jamais on ne le croirait si jeune en
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