‹ Six mois de séjour en Angleterre pendant l'année 1836 (volume 2)Chapitre 16 sur 16 · NEWCASTLE · texte numérisé non relu

NEWCASTLE

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Nous avons quitté la capitale de l’Ecosse à six heures du matin pour arriver ici , à huit heures du soir, après un voyage fort agréable. Il l’eût été davantage pourtant sans le regret de laisser en Ecosse un grand nombre d’amis , parmi lesquels nous citerons plus particulièrement les excellentes familles Gregory, Alison , Mackintosh et Cruiscanks. Nous ne pourrons jamais oublier tout ce que nous leur devons pour les politesses, les égards

et les bontés sans nombre dont ils ont été prodigues envers nous.

Le pays que nous avons traversé est fort joli. Je dois mentionner surtout la vue de la belle mer du Nord ou d’Allemagne , au bord de laquelle nous avons long-temps marché. Au reste , même après l’avoir quittée une première fois , nous y sommes revenus une seconde , troisième et quatrième , faisant 'a peu près (passez-moi la comparaison) comme ces coquettes qui, enchantées de s’admirer dans une belle glace , la quittent souvent pour y revenir encore et puiser ainsi dans la contemplation d’elles- mêmes une nouvelle source d’admiration. Toute la différence est en ce que l’ingénieur qui a fait le chemin a songé lui-même au plaisir qu’on aurait à multiplier une sensation si agréable.

Jusqu’à Bcrwick et Colastream , frontières de l’Ecosse , les routes sont toujours variées par les collines qu’on monte et qu’on descend (montagnes de Lamermoor); mais en rentrant sur le territoire anglais, on rencontre de nouveau le pays de plaine, quoique la différence ne soit pas jusqu’ici bien grande. Nous n’avons vu, au reste, de remarqua-

ble que le vieux château du duc de Northumberland , qui ressemble , quoique bien moins beau , à celui de Windsor. Les remparts sont couronnés par une grande quantité de statues de guerriers en position de défense , l’un avec l’arc, l’autre avec la lance ou la hache. Vu de loin, ce régiment de pierres ne laisse pas que de produire un joli effet.

La ville de Newcastle est surtout renommée par ses grandes mines de charbon, qui, dit-on, suffiraient pour en fournir à toute l’Angleterre pendant deux mille ans. Il y a aussi de belles manufactures de verre dont les fourneaux ne se sont pas éteints depuis trente ans ; de belles tanneries , des manufactures de fer, etc.; mais, je le répète, la principale branche commerciale est fournie ici par l’exploitation du charbon de terre. Les mines sont semées dans les environs de la ville, et il y en a dont la profondeur est de 200 à 300 yards , c’est-à-dire de plus de mille pieds. Le professeur Philips est descendu dans une cave qui n’avaif pas moins de 1584 pieds de profondeur. C’est là qu’il a expérimenté la température de la terre, et, certes, nulle part ses expériences n’auraient pu être plus déci-

sives. On descend les hommes dans les puits à l’aide de paniers , et nous étions décidés , le professeur et moi, à faire ce voyage pour examiner l’intérieur de la mine, ses différentés rues, ses pilastres et ses portes pour diriger les courans d’air, etc. Néanmoins notre ardeur scientifique a été refroidie par la nouvelle que peu de jours auparavant quelqu’un y avait été écrasé. Nous nous sommes bornés à regarder la mine en dehors et à en examiner le modèle intérieur dans le musée de la ville. Nous aurons eu sans doute beaucoup d’imitateurs.

La ville, quoique peuplée par 67,000 habitans, n’est pas très agréable à habiter; sale comme toutes les grandes villes manufacturières , c’est a présent seulement qu’on cherche a aligner ses rues et à les élargir. Dans quelques années ces changemens pourront en renouveler entièrement l’aspect. Quoiqu’elle soit bâtie sur une colline, l’eau n’y est guère bonne ; cependant on a établi un grand bassin propre à la filtrer pour toute la ville. Ce bassin est à côté de la pompe à vapeur, construite pour faire remonter l’eau de la rivière et la conduire dans l’intérieur de la ville , a la distance d’environ un

mille. Cette pompe à vapeur, faite à Newcastle même , est fort ingénieuse ; deux grands pistons sont mis en mouvement tout à la fois : l’un pour amener l’eau de la rivière dans le premier bassin, et l’autre pour pousser l’eau du bassin à filtrer dans la ville. Il y a aussi deux pistons dits supplémentaires , dont l’un est destiné a pousser l’eau dans les chaudières de la machine, et l’autre sert 'a condenser la vapeur qui a déjà servi, pour amener ensuite l’eau déjà chaude à une seconde évaporation.

Un muséum naissant , mais cependant assez joli , et une bibliothèque composée de 13,000 volumes, augmentés tous les ans avec les 000 guinées fournies par les 300 souscripteurs de la société-mère du musée et de la bibliothèque, procurent aux habitons de Newcastle une utile distraction à la (in de la journée. Il y a aussi une société médicale, composée déjà de cinquante-six membres , dont chacun paie une guinée de contribution par an . Cette somme sert ensuite à augmenter une bibliothèque toute médicale dont se servent indifféremment les sociétaires.

SIX MOIS EN ANGLETERRE

Cette ville possède encore un cabinet de physique, de chimie, de mécanique et de phrénologie, avec un bel amphithéâtre destiné à des cours publics qu’on renouvelle tous les ans; et l’on paie les meilleurs professeurs des capitales pour venir faire un cours complet de leçons, composées d’une cinquantaine de lectures. Les habitans de Newcastle suppléent ainsi à la distance qui les sépare des universités du royaume.

M. James Hoggins , sous-bibliothécaire de la société du musée, a eu l’obligeance de nous servir de guide dans cette ville; nous citerons également avec reconnaissance M. John Richardson , auquel nous étions recommandés et qui nous a très peu quittés pendant notre court séjour à Newcastle. Il est père d’une nombreuse famille : puissent ses enfans trouver chez l’étranger la franche hospitalité que l’étranger recevra toujours chez eux!

Pour venir de Newcastle à York on traverse une campagne charmante, remplie de beaux vallons, et la jolie ville de Durham, dont la cathédrale n’est pas des plus remarquables. C’est à York seulement que nous devions nous repatrier avec le gothique. Qui n’a vu l’immense Minster de cette ville , ne peut certes avoir une idée de tout ce que le goût gothique a pu faire de grand : tours , rosaces, fenêtres, bas-reliefs, galeries, etc., tout est dans

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