OXFORD
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Oxford est sans contredit une des plus anciennes universités de l'Europe ; son nom a retenti dans toutes les sciences; cependant, disons-le, la théologie y a été plus cultivée que les autres. Bacon luimême en fait une critique assez amère, et les restes ■qu’on trouve aujourd’hui sont propres à faire croire que les reproches du chancelier étaient fondés. Convenons néanmoins que la médecine aussi a eu ici des hommes de mérite, et que les moyens d’instruction, dans cette science ainsi que
dans toutes les autres, y furent en tous temps et y sont encore fort nombreux.
Oxford est une ville de vingt mille âmes environ, dont l’aspect extérieur ferait croire qu’elle n’est formée que d’églises. Assez bien percée et suffisamment propre , elle présente un noyau central de vieux monumens au nombre de 24 , qui jadis se subdivisaient en une infinité de petites cellules contenant chacune un gros moine, et qui se changèrent ensuite en autant de collèges lorsqu’une révolution religieuse vint fermer les cloîtres. Ces édifices portent encore aujourd’hui le nom de collèges et conservent la même destination , excepté cependant que jadis ils contenaient un nombre bien plus considérable d’élèves. Le plus vaste parmi ces collèges est celui de Chrisl-Chnrch . Tous présentent pourtant un aspect analogue fort original. Ils ont chacun leur revenu particulier et une administration particulière. On y reçoit des élèves pensionaires depuis 1 6 jusqu’à 2 1 ans ; ceuxci y sont nourris et logés pour la somme annuelle de 60 guinées. Ils sont instruits d’abord par des professeurs qui vivent également dans le collège et
qu’on nomme tuteurs ; ils ont ensuite des leçons faites par des professeurs titulaires à l’école commune , ou , pour mieux dire, dans le local de l’université. La plupart de ces élèves, dont le nombre, y compris ceux qui logent en ville, s’élève à 2000 , se destinent k la pratique religieuse ; par conséquent , ils étudient particulièrement la lange grecque et la langue latine , et surtout la bible. 11 y en a aussi quelques-uns qui étudient le droit , et un plus petit nombre qui étudient la médecine. Nous étions recommandés au Révér. docteur Browel , tuteur k Cambrou gA-College , et c’est avec lui que nous avons été examiner ce que Oxford peut offrir d’intéressant a un étranger.
Nous avons commencé par le local de l’université. On y entre par une grande cour dont la façade principale présente les cinq ordres d’architecture , superposés les uns aux autres ; ce qui est assez bizarre. En allant de bas en haut, on trouve le dorique, le toscan, l’ionique, le corinthien et le composé. Tout autour de cette cour il y a Un grand nombre de salles sur la porte desquelles on lit le nom de la science ou de la branche scientifique que
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jadis on y professait. Maintenant ces salles ont changé de destination ; l’une d’elles renferme les fameux Marmora Arnnddiana. Un archéologue peut s’y extasier devant ; pour moi , je n’y ai rien compris. Plus loin seulement on m’a fait remarquer le tombeau deGermanicus, et pour cette fois, tout en ayant quelques doutes sur la vérité de l’assertion , je me suis rappelé Tacite et la magnifique harangue de Getmanicus à son armée; et ce souvenir m’a causé une vive sensation. Nous sommes entrés ensuite dans la grande salle de réception et de concours , où il y a assemblée une fois par an. fl faut convenir que cette pièce immense est très bien décorée et digne d’être admirée. Les salles pour les cours publics sont aussi fort belles.
Au premier étage on trouve la galerie, dont les objets les plus remarquables sont , à mon avis , des modèles charmans de tous les grands monutnens laissés par les anciens : le temple de Minerve , ou Parlhénon , l’arc de triomphe de Constantin a Rome, le temple de la Sybille de Tivoli, celui d’Athènes, la Maison carrée de Niswves, le superbe théâtre d’Herculanum , la lanternede Démosthènes,
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etc. Tous ont été parfaitement bien imités, et une très jolie miniature de ces grands restes est disposée de manière que l’observateur peut en admirer la moindre partie. Faut-il s’étonner d’après cela si les Anglais, dans toutes leurs nouvelles constructions, parviennent 'a copier si scrupuleusement les anciens? Nous sommes parvenus enfin à la bibliothèque Bodleyane (du nom de son fondateur), qui est la plus belle et la plus essentielle de l’université. Le premier salon a un plafond très riche qui date de 1553, et dont chaque petit carré blanc, qui est enchâssé dans une espèce de blason , porte l’inscription : Dominas illuminalio mea. Il serait trop long de dire ici combien nous avons vu de grandes et de petites chambres , de longues et de courtes galeries. Il me serait encore plus difficile de fixer le nombre des volumes , car un des bibliothécaires , M. Cureton , très aimable d’ailleurs , ne le sait pas plus que moi. Cela ne fait pas précisément son éloge comme bibliothécaire , mais vous comprendrez par la qu’il faut qu’il y ait un grand nombre de livres. Nous y avons trouvé beaucoup d’ouvrages de médecine rares et très intéressans.
Cette grande collection de livres a été successivement augmentée par les dons de John Selden et par celui de Douce , fait en 1 834. Annuellement encore on y fait la dépense de 800 a 1 ,000 livres sterling. La seule bibliothèque de Canonici leur coûte plus d’un million. Aussi ils possèdent des ouvrages dont le prix étonne même les moins disposés à s’étonner. Par exemple , parmi les manuscrits rares j’ai vu un livre des dialogues -de Platon, écrit en 896 , qui a coûté 1 ,000 livres sterling. Quelques autres , sans être aussi chers , coûtent de 200 à 300 livres sterling; et si l’on met des prix si exorbilans à des livres dont l’ancienneté de l’édition est d’une utilité suspecte, jugez de ce que l’on doit faire pour tout ce qui a rapport à une solide instruction. Il y en a , au reste, pour tous les goûts : grecs, latins, hébreux, arabes, égyptiens, etc. Il y a des chambres pleines de manuscrits hébreux et arabes. Quelques amateurs consciencieux s’occupent en ce moment de les transcrire en langue intelligible. Nous verrons par la suite; quanta présent, je ne commettrai pas l’indiscrétion de dire de quoi il y est question.
En sortant de la bibliothèque Bodleyane , j’ai aperçu un petit cahier ayant appartenu a la reine Elisabeth. Cette princesse s’amusait à y transcrire de belles phrases latines , lorsqu’elle étudiait cette langue. La première que j’y ai lue a été par hasard : Conciliare anirnos .. . J’ai , en vérité , cru que l’on se trompait en attribuant ces mots à Elisabeth , et je n’ai pu en continuer la lecture.
La grande bibliothèque dont nous venons de parler n’est pas la seule qui soit a la disposition de la jeunesse studieuse d’Oxford. Il y en a une seconde, dite de Radcliffe, du nom de son fondateur, qui n’a pas peu contribué à la prospérité de cette université. Cette collection n’est pas h beaucoup près aussi volumineuse que la première; elle ne renferme que des livres d’histoire naturelle. En revanche elle occupe un local dont la disposition est fort originale : c’est une espèce de dôme fort élevé, très large et isolé au milieu d’une place. De sa partie supérieure on peut aisément découvrir toute l’étendue de la ville. Les livres y sont disposés sur deux étages en cercle , d’après la forme môme du bâtiment. Au milieu de la salle nous avons vu
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la fameuse collection des pierres de décoration recueillie par Faustin Corsi, savant romain, et cédée par lui k M. du Jarrliet pour le prix de 500 guinées (il y a mille pièces). Le professeur Manni a été agréablement surpris de retrouver a Oxford deux jolies pierres que lui-même avait données dans le temps à M. Corsi; il ne pensait pas alors de les revoir si loin. Le bibliothécaire en chef de cette dernière collection estM. Kidd, médecin très distingué et généralement estimé dans la province et dans le royaume. Il nous a accueillis d’une manière tout-à-fait prévenante.
La bibliothèque de RadclifFe est située tout près de New-College , dont on nous a fait voir la belle chapelle ; et pour cette fois au moins nous avons pu examiner une fort jolie nef, libre de tous les embarras de chœür dont on les surcharge.
On voit , en entrant , plusieurs grandes croisées peintes sur vitre et d’un très bel effet. Je ferai remarquer, à cette occasion , que les églises anglicanes présentent toutes, en général, de fort jolis tableaux en ce genre ; k Windsor surtout on en trouve un extrêmement beau. La principale
EM ANGLETERRE
peinture dans la chapelle de {V ew-College occupe la grande croisée vis-à-vis la nef principale ; elle a été dessinée par Reynolds et peinte par Parnis. Les figures principales représentent la naissance de J.-C. La partie principale de la nef prend le nom de Croivn-Chapel . Le grand orgue, placé à son extrémité , est percé , dans son milieu , de manière que lorsqu’on est au bout de Croum-Chapcl, on voit la magnifique peinture de la grande croisée encadrée, pour ainsi dire, dans les orgues ; ce qui fait un très joli effet.
Nous n’avons pas voulu quitter Oxford sans visiter aussi la fameuse imprimerie de Clarendon. Cette typographie est aujourd’hui destinée uniquement à l’impression des ouvrages théologiques, et spécialement de la sainte bible , qu’on multiplie sous toutes les dimensions possibles, et dans des éditions plus belles les unes que les autres. Celte typographie n’offre d’abord que très peu d’intérêt, surtout lorsqu’on ne peut voir que ce qui est offert au public ; mais nous avons été assez heureux pour pouvoir visiter la presse à vapeur, et c’est là que les exclamations admiratives ont été épuisées.
Tous les employés autour de cette presse sont des enfans au dessous de 1 4 ans. Tout leur travail consiste à placer horizontalement un papier blanc, retirer celui qui est imprimé, le plier dans la forme voulue par le format, et presser ces memes feuilles entre des cartons bien lisses à l’aide d’une presse hydraulique ; c’est un spectacle vraiment imposant pour celui qui le voit pour la première fois. La même machine à vapeur suffît pour passer la couche d’encre sur les lettres, prendre le papier, le placer, l’imprimer d’un côté, le tourner encore et l’imprimer de l’autre; il se détache ensuite tout seul du cylindre qui le roule, absolument comme un fruit trop mûr se détache de l’arbre qui le porte. Rien de plus beau que toutes ces feuilles en circulation se suivant de fort près et parcourant les mêmes contours avec toute l’exactitude mathématique possible. Chaque côté de cette presse peut imprimer jusqu’à 1 ,200 feuilles par heure. Qui sait si on ne parviendra pas , à force d’études et de recherches , a faire en sorte que les machines se chargent elles-mêmes de la composition des ouvrages? Chaque publicoph ile n’ a ura alors
qu’à acheter une de ces mécaniques , et en mettant le régulateur vis-à-vis tel ou tel numéro, on verra ces machines faire en tant de minutes un livre sur l’histoire , ou un traité philosophique , ou un roman moderne. 11 ne manquera plus alors que de trouver une machine qui nous aide à les lire, et qui en même temps nous préserve du sommeil.