‹ Six mois de séjour en Angleterre pendant l'année 1836Chapitre 22 sur 23 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

•Quelques considérations générales.

Nous venons de parcourir un grand pays bien »précié par quelques personnes et injustement itiqué par un grand nombre. Je ne puis me vanter t: le connaître mieux que les autres, car je n’ai i séjourner assez long-temps parmi ses habitat) s ; ais ce dont je me fais un devoir, c’est d’être juste •vers eux; et tout en ne disant que la vérité sans agération et sans flatterie, je suis heureux de ndre au peuple anglais le tribut d’éloges qu’il

mérite et méritera toujours de ceux qui voudront l’examiner sans prévention et sans rancune.

J’ai peu de remarques a ajouter a celles que j’ai déjà consignées dans ce journal, à mesure que l’occasion s’en est offerte. Je vais cependant entrer encore ici dans quelques généralités, et, pour plus d’ordre, je considérerai ce pays sous trois rapports qui me paraissent bien distincts: moral, scientifique et commercial. Quant a la partie purement administrative, je ne saurais espérer de pouvoir en donner la plus faible idée; car il faudrait un grand mécanicien pour reconnaître en si peu de temps des ressorts aussi compliqués.

Par rapport moral, j’entends ce qui comprend a la fois les mœurs , les habitudes , les goûts , etc.

1° L’Anglais, né fort et robuste, est accoutumé de bonne heure aux intempéries de l’atmosphère; il l’est encore plus a l’isolement et, partant, à l’indépendance. Peu couverts et simplement nourris, les enfans sont souvent abandonnés a eux-mêmes. En tombant ils apprennent a marcher, et c’est à force de chutes que leurs muscles se durcissent. N’ayant personne qui les plaigne , il est rare de les

itendre pleurer, et je dirais presque que c’est en concentrant ainsi en eux-mêmes qu’ils s’accouiment a présenter plus tard une immobilité de aysionomie qui rarement trahit leur pensée.

Dès leur bas âge on leur inculque un profond spect pour la religion et pour ses ministres. Mais ^t esprit religieux , qui ne fait qu’augmenter avec 'S années , est poussé souvent jusqu’à l’intolémce; d’oii il résulte presque un mépris et une ipression directe pour tous ceux qui n’ont point, ne dirai pas la même foi , mais les mêmes ’oyances. Une religion sévère est de toute néceslé dans un pays oîi tout se maintient en équilibre ur la seule force morale; mais l’exagération est lujours vicieuse, et en tyrannisant, par exemple , ne contrée aussi considérable que l’Irlande, on p rxpose a ce que des utopistes rêvent etprêcbent une i vision dangereuse a l’état. Pour donner une idée pî la sévérité religieuse de ce pays, il suffira de I re que le dimanche il n’est permis ni de chanter, i de jouer d’aucun instrument (les orgues excep- I es), ni de rire, ni de plaisanter. En Ecosse on lusse l’exigence au point qu’on trouverait extra-

ordinairement mauvais que quelqu’un s’avisât de siffler au milieu de la rue.

Quelle que soit la fortune de l’enfant, on commence de bonne heure a lui apprendre un peu de géographie, de calcul et de dessin. Il y a des collèges et des maîtres particuliers pour les riches; il y a des écoles communales pour les pauvres : dans ces mêmes écoles on ne néglige pas la gymnastique, comme on peut le voir dans la description que nous en avons donnée plus haut.

La jeunesse (homme) a ici, et dans sa mise et dans ses manières , quelque chose de beaucoup plus sérieux que partout ailleurs. Si je craignais moins d’entrer dans de trop longues minuties, il me serait facile de prouver que de la tête au pied l’Anglais est toujours le même, c’est-'a-dire sévère et concentré. Quant aux femmes, je ne pourrais que répéter ce que j’en ai dit a plusieurs reprises. Je ferai cependant observer encore que les demoiselles jouissent d’une très grande liberté , sans qu’on ait plus a craindre pour cela de leur vertu; et je suis moi-même témoin qu’on les confie quelquefois à des jeunes gens de leur âge, soit pour les conduire

F.N ANGLETERRE

la promenade , soit pour les emmener en société , ans que le monde y trouve a redire et sans qu’on it la moindre idée du mal.

Les mariages se font par volonté réciproque ; <arement l’homme se marie avant trente ans, et la mime avant vingt-deux. En se mariant la femme icnonce a sa liberté ; en revanche l’homme devient •lus casanier, et il est rare qu’il n’abandonne pas es soirées au club pour les passer avec sa famille.

Dans un âge plus avancé le goût de la campagne ;2 change presque en passion , et l’Anglais ne peut e décider a quitter ce bas monde sans avoir rendu n long hommage a tout ce que la nature offre de lus riant. Mais dans ce meme goût son caractère • erce : il préfère en général tout ce qui est simple et i lencieux ; il fuit les serres et recherche les allées lus ou moins bien régularisées de ses bois.

2° Les Anglais aiment beaucoup les arts et de i référence tout ce qui est antique , soit parce qu’ils i iment mêler au présent des souvenirs historiques, i oit parce qu’ils croient peut-être trouver quelque ii ipport entre eux et les peuples qui furent et qui e sont plus.

SIX MOIS DE SÉJOUU

Leur architecture imite les anciens modèles , trop peut-être; mais il ne faut pas oublier qu’en tout ce que l’on fait ici , on pense toujours plus a l’avenir qu’au présent : que ce que l’on fait soit de longue durée, voila pour eux la principale recommandation. En peinture, ils ne me paraissent pas aussi avancés. J’ai trouvé dans leurs salons de fort belles gravures , beaucoup de portraits , peu de tableaux d’histoire et quelques paysages; bon nombre de copies , fort peu de dessins originaux. Cependant ils aiment extraordinairement les tableaux des grands maîtres , et les paient le double de ce que tout autre pourrait offrir. Comment se fait -il qu’avec tant d’amour pour la peinture, ils aient si peu de peintres? Je laisserai a d’autres le soin d’expliquer cette anomalie.

Quant a la musique, dussé-je trouver beaucoup d’opposans, je soutiendrai que non seulement elle est fort du goût des Anglais, mais encore que beaucoup d’entre eux savent distinguer le beau de ce qui ne l’est pas. Cependant il y a quelques distinctions a faire pour ce qui regarde la généralité du peuple. Tous les Anglais aiment la musique vocale,

F N ANGLETERRE

;t en Ecosse surtout on trouve une foule d’airs nationaux et de romances pathétiques qui ne manquent pas d’une certaine mélodie fort douce. On es chante en général avec beaucoup d’expression, :t l’on éprouverait encore plus de plaisir a les ntendre, si l’on pouvait faire abstraction de quelques inflexions de voix trop gutturales ; tel est le çenre le plus répandu.

Pour tout ce qui est opéra , la question change ll’aspect, et il y a une très grande différence entre e public de tel ou tel théâtre. Ceux qui fréquenent le Kintf s Théâtre (*), accoutumés a tout e que l’Italie peut fournir de bons chanteurs, avent apprécier le vrai talent et ne l’applaudiront amais mal à propos. Ce public est juste, instruit t de bon goût; la belle musique l’émeut, et ce qui st trivial ne saurait lui plaire. À Drnry-Lane (1 2) kéja le public commence un peu a changer : on i ai donne la plupart des opéras italiens ou franais traduits; et si je dois en juger, par exemple,

(1) A Londres.

(2) A Londres.

SIX MOIS I)E SÉJOUR

par la traduction du Siège cle Corinthe } le traducteur est souvent infidèle et fait de véritables pots-pourris que l’auteur lui-même ne pourrait peut-être pas reconnaître. Quelquefois aussi on y joue des opéras anglais de compositeurs anglais , et nous y avons entendu entre autres le Siège de la Rochelle , qui contient de belles choses. L’auteur est M. Balf, acteur principal de ce théâtre, et qui joint une fort jolie voix de hasso a un beau talent de compositeur.

Mais quant aux petits théâtres, comme, par exemple , celui de Hay-Market (*) , on entre ici dans un cercle musical tout particulier. D’abord pour ce qui regarde la musique qu’on y joue, il est souvent difficile de pouvoir y saisir une trace de motif, et on ne serait pas plus heureux si l’on s’attendait â de beaux effets d’harmonie ; car, supposé même que le compositeur eût fait â cet égard quelque savante combinaison , il est impossible qu’on puisse la rendre convenablement, vu la composition de l’orchestre. En effet, sur trente ou quarante

(i) A Londres.

nusiciens qu’on trouve dans les orchestres des héàtres de ce genre, il n’y a ordinairement que lieux seules contrebasses , dont une se repose parfois rendant que l’autre joue. Justice soit rendue aux «iolons; ils s’acquittent bien de leur partie, mais mssi ils sont peu secondés , et d’ailleurs aucun :flét n’est possible lorsque la basse manque. Quant iux chanteurs, malgré que quelques-uns d’entre ;ux aient de la voix, peu savent s’en servir, et ils imitent en plusieurs circonstances les contrebas* • es , c’est-à-dire qu’ils chantent les uns a la suite des uitres.

Heureusement il est rare qu’après l’opéra on ie vienne pas désennuyer l’auditoire par une onne comédie; et a ce sujet je ferai observer ue le talent dramatique est ici beaucoup plus vancé que le talent musical. Bonne action , proonciation distincte et beaucoup de décence, voilà ï caractère général des acteurs dramatiques anlais ; et qu’on ne croie pas que cet éloge soit uniuement applicable aux acteurs de la capitale, il est également a ceux que nous avons trouvés ans des Mlles secondaires. Au reste , je dois

dire que souvent nous étions peut-être plus attentifs a la manière dont les acteurs débitaient leur rôle, qu’a l’intrigue de la pièce. Ce n’est pas que les drames ne méritassent aussi l’attention de l’auditoire ; mais un étranger ne saurait en apprécier les beautés, pas plus qu’il ne peut en sentir les défauts (1). Ce que nous disons pour les productions dramatiques , peut également être appliqué aux autres productions littéraires; aussi nous abstiendrons-nous d’en parler.

En Angleterre encore il y a le goût des concerts particuliers, et on trouve des dilettanti qui ont de belles voix et savent s’en servir. Cependant convenons que leur prononciation nuit essentiellement a la justesse des sons , et leur choix toujours pour Yandante finit par rendre le chant trop monotone. Le goût dominant, en effet, est pour la romance, le nocturne et l’adagio a une ou deux voix; aussi d’un beau duo de Piossini , vous verrez souvent l’éditeur anglais n’en imprimer que le tiers , et supprimer

(I) Voltaire, dans ses lettres philosophiques, dit, en parlant de la comédie anglaise : Allez en Angleterre , restez-y plusieurs aimées, et vous serez à même de ht juger.

tout ce qui est allegro ou agitato. Le genre mélancolique a sans doute son côté agréable , mais il ne faut pas en abuser ; et si j’en excepte quelques morceaux écossais que j’ai entendu a Edimbourg parfaitement bien chantéspar madame A ,toutle reste,

: je le répète , m’a parfois paru trop monotone (*).

Rapport scientifique. — 1° Toutes les sciences en .général sont maintenant fort cultivées en Angleterre ; il faut convenir néanmoins qu’on s’occupe iplus spécialement de celles dont on peut faire une application immédiate a l’industrie. C’est ainsi que les sciences physiques trouvent de zélés cultivateurs dans cette contrée ; mais en cela encore on voit négliger peut-etre dans chaque branche la [partie transcendante, théorique, spéculative, pour Ten tenir simplement a la pratique. Le géologue

(1) Je me plais à rappeler ici quelques soirées musicales délicieuses jue nous devions à l’obligeance de madame Livia Giannoni , artiste le beaucoup de mérite, qui joint une bonne méthode à une voix les mieux timbrées. Souvent nous avons pu entendre chez elle HVÎ. Marras, jeune compositeur distingué; M. Puzzi, célèbre joueur le cor; M. Rcmy, qui sort du conservatoire de Paris et qui joue du violon avec une expression peu commune; et M. Piccinni, qui , pour a musique gaie surtout, a un talent fort agréable.

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étudie les terrains pour savoir reconnaître les meilleures mines et mieux diriger leur exploitation ; et voila pourquoi la géologie est une des sciences les plus cultivées en Angleterre. Le physicien cherche h établir les courans d’air dans ces mêmes mines, et , d’accord avec le chimiste , il épargne certains produits a l’aide de quelques autres qu’on trouve moyen de fabriquer a meilleur compte.

Quant au mécanicien , c’est un véritable ouvrier, mais doué d’une intelligence rare et d’une adresse innée chez le peuple anglais. Il n’inventera pas précisément un nouveau mécanisme, mais il saura simplifier celui qui , chez un autre peuple , sera inapplicable a cause de sa complication, et il pourra s’en servir immédiatement a son grand profit. J’ai connu une personne a Manchester qui , sans jamais avoir creusé son cerveau avec des règles que d’autres ont eu tant de peine a établir, a construit huit machines pour faire des cardes (*), et, de l’aveu de ses concitoyens , ces mêmes machines sont plus simples et plus utiles que toutes les autres qu’on a vues

(I) Can le, espèce (le peigne qui sert à carder.

usqu’à présent. Je n’en finirais pas si je voulais

multiplier les exemples de ce genre; mais qu’on

die dans la moindre manufacture de ce pays , et

on pouua juger du talent mécanique chez ce

•euple, qui est toujours le premier à utiliser tous

tiS beaux lravaux théoriques fournis par le génie français.

Il n’y a pas même jusqu’au mathématicien qui '* Veuille faire servir les chiffres à la mécanique, t; la “Unique aux chiffres. Voyez, en effet, I!. Babbage; c’est un mathématicien distingué: '•oyez-vous qu’il voue son temps au calcul des robabilités? pas du tout. Il a construit d’abord une achine propre à la vérification des logarithmes , et

:sera satisfait, je suis sûr, qu’après avoir trouvé " ensemble de rouages capables d’effectuer par

irs mouvemens toutes les premières opérations .^ébriques.

' La raedecine et la chirurgie comptent des mmes également de grand mérite par toute l’Anrterre, et je ferai remarquer qu’ils ne sont pas 1S concentrés dans les trois grandes capitales , ndres, Edimbourg et Dublin. Il y a , par exem-

pie, un Prichard a Bristol , Kidd a Oxford, et tant d’autres qui sont disséminés sur la surface du Royaume-Uni. (1 * * 4) Cependant, si l’on en excepte les deux anciennes facultés Cambridge et Oxford, il n’existe pas, je crois, d’institution médicale enseignante, en province, qui n’ait une date récente. Chaque ville presque possède maintenant une école avec sa bibliothèque et son muséum; mais cherchez l’époque de sa fondation , et vous trouverez qu’elle est encore a son origine. Disons toutefois que, grâce a la nationalité deshabitans , toutes ces institutions ont un progrès rapide ; car les souscripteurs ne craignent pas la dépense quand il s’agit d’élever une institution utile a leur ville natale

(1) En énumérant les principaux hôpitaux delà capitale , j’ai nommé quelques-uns des médecins et chirurgiens habiles qui sont journellement appelés à y donner des preuves de leur talent. Je dois avertir ici que je n’ai pas eu la prétention de les citer tous, et que ce n’est point par oubli que j’ai omis d’en nommer beaucoup d’autres d’un mérite transcendant, comme, par exemple , le docteur James Clark, dont le Traité sur la Consomption suffirait, même sans autre titre, à

lui faire une renommée européenne. Mais, je le répète, j’aurai à

m’occuper longuement ailleurs et de leurs travaux scientifiques et de

leur pratique.

t honorable pour leur pays. Ce que nous disons our les institutions médicales , est également pplicable à l’enseignement de toutes les autres cciences.

3° Le besoin d’association , comme nous le ver- 1 ons bientôt, est ici général : conséquemment il oit y avoir beaucoup de sociétés scientifiques, lies ont comme partout ailleurs des réunions péodiques, et je citerai quelques circonstances qui ur sont particulières (*). Le président, armé d’ormane d un petit marteau en ivoire, ouvre la ance et répète a l’assemblée l’ordre du jour, elui qui a la parole se lève immédiatement et fait lecture au milieu du plus profond silence; après uoi il se rassied. Souvent trois ou quatre minutes icoulent avant que personne prenne la parole ur répondre au préopinant. Ce laps de temps oulé, un autre membre de l’assemblée se lève et mmcnce sa réponse et ses réflexions ; pense-t-on

3) C’est ordinairement le soir que ces sociétés se réunissent. Les mbres qui les composent arrivent toujours une bonne demi-heure nt que la séance soit ouverte , et vont souvent se reposer dans une ichambre où on leur sert du thé et du café.

qu’ils’adresse aupremier orateur? Non, sans doute: tout son discours est adressé a M. le président. Sa harangue finie, il s’asseoit et attend la réplique. Celle-ci se fait attendre encore quatre ou cinq minutes; après quoi l’orateur qui a été le premier a parler, se lève et réplique a l’orateur précédent, mais sans jamais le regarder : c’est toujours a M. le président que lui aussi s’adresse. En d’autres termes, ce sont toujours deux personnes qui ont l’air de discuter leur opinion devant un juge sans appel. Cette discussion finie, le silence recommence pendant quelques minutes ; et ne croyez pas pour cela que la séance soit terminée , car elle se prolongera encore deux ou trois heures. On dira peut-être que c’est avoir trop d z calme; mais on pourrait répondre que le sang-froid dans la discussion n’est jamais de trop.

Les orateurs en général n’ont pas précisément la parole prompte , ce qui tient peut-être a l’exactitude mathématique avec laquelle ils formulent leur opinion ; mais par cela même que la diction est lente , leur prononciation est plus distincte, et leurs idées plus facilement comprises par l’auditoire. .T’entends parler seulement des orateurs

scientifiques. Je n’ai pu suivre pendant assez de i^mps leurs assemblées politiques pour pouvoir i ien apprécier les improvisateurs qui s’y distinuent. Convenons cependant que s’il n’y a plus ni ’s Pitt , ni les box, on y trouve encore des homîcs de talent pour lesquels la loi qui leur défend •e lire n’est pas d’une grande gêne. Pour ce qui e^gaide le célèbre O Connell, c’est une question à art qu’on ne saurait traiter ici.

Aon contens des sociétés scientifiques particules , les Anglais ont annuellement une réunion fénérale sous le nom de Société Britannique , qui i îaque année est convoquée dans une ville diffénte et que nous avons trouvée à Bristol. De tous = 3 points du royaume les Anglais accourent a cette union ; et je crois qu’ils viendraient même du ut du monde s’ils le pouvaient, tant est grand désir qu’ils ont de concourir tous aux progrès

'S Sciences’ et » J'e le répète, de celles surtout dont pplication tend plus directement à la prospérité leur pays.

Apport commercial. — 1" Quoique nous le étions en dernière ligne, non seulement ce n’est

pas le moins important , mais encore il l’emporte sur tous les autres. Le commerce, voila ce qui fait la force et le pouvoir de l’Angleterre. Mais pour que le commerce pût être fait sur de grandes proportions, il ne suffisait pas que l’industrie fût portée à ce grand développement qu’elle a maintenant en Angleterre. L’industrie et le commerce marchent ensemble , il est vrai , et se soutiennent réciproquement; mais pour donnera l’un et a l’autre tout le développement dont ils sont susceptibles , la force et les moyens de chaque individu isolé deviennent insuffisans. Un particulier peut avoir de grands fonds a disposer, mais encore ils ne sauraient suffire a ces grandes spéculations que le gouvernement lui-même n’oserait peut-être pas entreprendre. En tout et pour tout l’union fait la force , et ce qu’un ou deux ne voudraient pas tenter, la société le fera avec plein succès. Ceci est un axiome pour chaque Anglais; et je dirai presque que chez eux le besoin d’association devient manie , si ce n’était qu’à cette union ils doivent toute leur prospérité.

La première association anglicane peut être

onsidérée comme un pacte tacite que tout Anglais igné en naissant et auquel il ne manque jamais. Je pacte est de sacrifier toujours l’individu à la îation. En temps de paix on condamnera sévèrenent un homme qui se permettra de couper la moindre plante dans un champ qui ne lui apparient pas ; mais en temps de guerre, lorsque leur indépendance est menacée, le gouvernement consquera (la loi 1 autorise) tous les batimens mar- !hands et leurs équipages pour les armer et s’en îrvir tout le temps que la guerre durera. S’ils sont rûlés ou pris , tant pis pour le propriétaire : il s’ait de la défense de tous, et non du bien d’un seul, elle est la loi, et on ne réclame pas. Si le gou- ; ornement anglais en agit de la sorte envers ses incitoyens lorsqu’il doit défendre les intérêts de nation, faut-il s’étonner si dans ses rapports avec s autres pays on aperçoit trop souvent l’intérêt nrticulier et peut-être un égoïsme palpable !

2° Après cette grande association générale vienrnt les associations particulières ou par souscripms, tendant a la fondation d’institutions utiles et mlantropiques. Ainsi que je l’ai déjà dit, le gou-

vernemenl ne s’occupe pas de cela ; c’est à la nation elle-même 'a y songer. Les améliorations et les embellissemens , tels que routes, ponts, chemins de fer, etc. , c’est par société encore qu’on les fait et qu’on les entretient ; enfin , tant d’autres spéculations qui peuvent procurer du profit sont également tentées par des sociétés , dont chaque membre réalise quelquefois toute sa fortune en actions. La spéculation est -elle mauvaise , celui qui perd ne voudra peut-être pas survivre a la honte d’avoir mal calculé ; mais ce n’est jamais la perte de son argent qui le chagrine , il s’en console sachant que c’est un autre Anglais qui l’aura gagné. J’aimais réellement trop d’exemples à citer, si je voulais prouver l’exactitude de ce que j’avance. Au reste, a côté de ces spéculations colossales , vous en trouverez d’autres qui paraîtront futiles et qui cependant portent aussi leurs profits ; elles prouvent d’ailleurs que ce besoin d’association se fait sentir dans toutes les classes.

J’aurais a parler de bien d’autres modes de réunion qui ont lieu en Angleterre , sociétés composées d’industriels et de commerçans, dont le but n’est

tre que la conservation de certains droits ou prénatives; mais m’étant proposé d’éviter tout ce qui uvait avoir rapport à certaines matières, je ne étendrai pas davantage la-dessus. Ce que j’aime épéter c’est que , par cela même que tout se fait r entreprises particulières , les travaux sont en aérai plus tôt achevés ; et rien n’est impossible à

> gens qui risquent des fortunes immenses dans

e spéculation qui tourne ordinairement au profit tous, et qui perdent, je dirais presque philosoiquement, tout leur avoir, lorsqu’ils sontpersués que leurs concitoyens en sont les héritiers.

3° Convenons cependant que, quoique le comrce soit extrêmement respecté, il existe de ces , mal appropriées peut-être au temps où nous t ms , qui nuisent parfois à cette liberté indivi- ■11e dont on se glorifie en Angleterre. Il nous ira d’en citer une : Si un individu A se présente magistrats supérieurs , et jure devant eux 'iin autre individu B lui doit une somme quelque et ne veut pas la payer, il faut que B ( sans •es preuves que le serment de A) aille en prison reste trois mois. Si, dans ce laps de temps, A

ne parvient pas a prouver réellement que B lui doit cette somme, B peut, en sortant de prison , faire condamner A , et a le droit sur lui a une indemnité illimitée. Que résulte-t-il de cela? Si A a une inimitié particulière contre B , il le fait mettre en prison tout d’abord , et lorsque les trois mois sont prêts à expirer, A quitte le royaume et se croit vengé après avoir fait subir à B cet emprisonnement etlui avoir causé par cela même des pertes incalculables.

Un fait semblable s’est présenté a Londres peu de temps avant que je quittasse l’Angleterre. Le docteur Ryan , homme très recommandable , a dû subir un pareil emprisonnement a la suite d’une calomnie de son libraire ; et il n’est pas nécessaire de dire les suites que ce malheureux événement a dû occasionner a M. Ryan. Malgré toute la justice qui lui a été rendue par ses nombreux amis, et quelle que soit la réparation qu’il pourra retirer du libraire, comment pouvoir se réhabiliter dans l’esprit de tant de gens qui ne jugent jamais que sur les apparences et ne suivent pas un événement quelconque jusqu’à la fin pour pouvoir baser leurs conclusions sur des faits positifs ? \ oilà des lois qui

clament l’attention des législateurs bien plus que ut d’autres d’une utilité secondaire. Ce n’est la,

. reste , qu’un exemple parmi tous ceux de ce nre que j’ai pu observer. Il s’en faut, comme on voit, que l’administration de la justice en An- 3terre soit exempte de reproches; mais il faut se nfier à la loi du progrès.

Je termine le peu que je pouvais dire sur un and pays parcouru a la hâte. Je ne conclurai pendant pas sans répéter au lecteur ( assez induli nt peut-être pour m’avoir suivi jusqu’ici) que n’est pas un livre que j’ai voulu lui présenter, iis quelques notes seulement, recueillies dans *e tout autre intention que celle de les publier; ne sont que des renseignemens épars qui pourntlui servir plus tard, et dans lesquels il pourra it-être vérifier le mot d’Horace :

Concordia discors.

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