‹ Six mois de séjour en Angleterre pendant l'année 1836Chapitre 21 sur 23 · ÉCOLE POUR LES AVEUGLES INDIGENS · texte numérisé non relu

ÉCOLE POUR LES AVEUGLES INDIGENS

Cette belle œuvre de miséricorde, établie d’abord en 1799, a été transférée depuis peu d’années dans le local où elle est maintenant , près de l’obélisque de Waterloo- Roacl. Ce local , dont la moitié seulement est achevée, présentera par la suite une façade magnifique, d’un genre moitié gothique et moitié anglais.

Le but de cette institution est d’apprendre aux jeunes aveugles indigens des métiers qui puissent les mettre en état de gagner leur vie. Pendant tout ( le temps qu’ils séjournent dans l’établissement , | leur travail est au profit de la caisse générale, cej qui donne un revenu de 120,000 francs environ, jj

2tle somme, jointe aux dons des fondateurs et des Tsonnes charitables, suffit a toutes les dép enses. jus y avons trouvé 5G garçons et G 1 filles occumt des pièces séparées les unes des autres ; nous

ons commencé notre visite par le côté des homes.

Dans la première salle on en voit occupés une ingtaine environ a faire des paniers de toutes mes et de toutes dimensions. Des couteaux ;n tranchans, des rabots et autres instrumens, it maniés par ces infortunés avec une délicate extraordinaire. Parmi les paniers fabriqués ns cette salle, il y en a qui sont faits avec deux •tes de paille , lune jaune et l’autre rouge ; Igré ces couleurs bien différentes , les dessins »t très réguliers, etc’est par le goût que l’ouvrier •vient h les distinguer. Dans cette salle, ainsi 3 dans les autres, il y a un master directeur qui les yeux pour tous et corrige ces pauvres Tiers lorsqu’ils se trouvent embarrassés. Nous avons vu, au reste, aller d’un bout de la salle mtre, sortir même pour aller a la cour, et marr tout droit à leur but avec beaucoup d’assu-

rance ; ce qui prouve que chez eux l’oreille est aussi fine que le tact.

Tout a côté de la salle des fabricans de paniers, il y a celle des cordonniers, dont le nombre n’excède pas douze : ils font tous des souliers ; ceux que le master nous a fait voir paraissaient être fort bien cousus. Ici encore les instrumens les plus tranchans sont maniés avec assurance, et je n’ai pas vu un seul de ces jeunes gens qui eût quelque blessure aux mains, ainsi qu’on le voit dans les ateliers ordinaires , où l’alène surtout mortifie plus ou moins le bout des doigts.

Dans le troisième appartement, celui des hommes âgés, on s’occupe a faire des tapis dits essuiepieds ou descentes-de-lit , plus ou moins élégans, selon l’usage auquel on les destine. Il y en a qui sont faits avec une pelouse épaisse de deux différentes couleurs , blanche et rouge , par exemple; et ici encore pas un seul dessin n’est manqué. Je ne quitterai pas ce côté sans faire mention du réfectoire , offrant une disposition particulière j tout-a-fait neuve pour nous , et destiné a faire prendre a ces malheureux un bain de pieds col-

ctif. il y a, en effet, deux baignoires très basses très longues, dans lesquelles peuvent se placer unmodément trois ou quatre douzaines de pieds, n fait asseoir quinze ou vingt de ces pauvres meugles sur un banc placé le long de la baignoire, ms laquelle ils mettent leurs pieds ; et l’on fait irvenir dedans, par le moyen de deux robinets , ; l’eau chaude ou de Teau froide, selon la tempéture qu’on désire.

Nous sommes allés ensuite aux appartemens des unes filles , et la encore nous les avons trouvées parées en plusieurs chambrées. Dans une salle les s’occupent à filer au rouet; dans une autre., es tricotent ou elles cousent; dans la troisième ifin , elles s’occupent a tresser des filets ou des irdes d’une solidité peu commune. Tous les dorirs sont d’une très grande propreté , et dans cun les lits ne sont entassés les uns sur les très.

Les hommes ainsi que les femmes ne sont pas rus dans l’établissement au dessous de douze ans, on les rend a leurs parens dès qu’ils sont en état gagner 12 a 20 shellings par semaine.

J’ajouterai , en finissant, qu’en outre des métiers tantôt mentionnés , plusieurs d’entre eux , doués de la faculté musicale , apprennent l’orgue ou le piano. Ce dernier instrument est enseigné aux femmes, et le premier aux hommes; et comme on ne leur apprend que de la musique sacrée , ils peuvent se placer plus tard dans une chapelle et gagner de cette manière un pain qu’ils auraient dù mendier sans cette belle institution, qui fait honneur aux personnes charitables qui veulent bien consacrer une partie de leur superflu au soulagement des malheureux frappés par la plus cruelle des infirmités.

É(ubllssemcnt de SIM« L.-W. Cubltt.

Pour peu qu’on ait réfléchi a la quantité d’objets flifférens qui entrent dans la composition d’une liaison, depuis ses fondemens jusqu’aux moindres irnemens de chaque chambre en particulier, je uis convaincu qu’on regardera comme un conteur :elui qui affirmerait, sans autres détails, avoir vu me manufacture d’où sortent des palais en pièces réparées , qu’on n’a ensuite qu’à réunir sur les lieux que l’on choisit pour habitation ; eh bien ! je ;ommence par affirmer le fait, et s’il y a quelqu’un qui en doute, je l’engagerai à me suivre à Gnjs inn 'load, chez les MM. Cubitt frères. L’un des deux rères, M. William, ingénieur très distingué, s’ocupe presque exclusivement de chemins de fer; 'autre, M. John , a la direction de la grande manu-

SIX MOIS DE SÉJOCH

facture que nous allons parcourir. 11 a eu l’obligeance de nous accompagner lui - meme dans ses ateliers, et, a en juger par la simplicité de son caractère, on ne croirait pas qu’il fût le chef d’une administration aussi considérable.

Sur le local de tous les ateliers réunis on pourrait bâtir aisément quelques centaines de maisons et plus encore. Disons pourtant, qu’au dehors la façade principale est aussi simple et aussi mesquine que celle de la première maison venue. Notre promenade dans cet établissement a commencé par la salle des menuisiers, presque aussi grande que celle des Pas-Perdus du palais-dc-justice a Paris; nous y avons compté plus de soixante bancs , et ordinairement deux hommes travaillent a chacun d’eux. C’est ici qu’on confectionne portes, fenêtres, meubles , etc. , en un mot, toute la boiserie de la maison. Le travail est en général bien fini, et je ferai remarquer qu’a côté de chaque banc le menuisier a une caisse que , par son dehors , on n’évaluerait pas plus de six pe?ice , quoiqu’elle ait deux pieds de hauteur et trois de largeur; mais en l’ouvrant , on trouve une caisse magnifique pour

mvrage , toute en acajou. Plusieurs tiroirs coniennent tous les instrumens nécessaires 'a la menuieric, et le tout est disposé, selon la coutume du »3vs, avec un ordre admirable. Expliquez mainenant ce luxe intérieur avec la mesquinerie du

lehors î

À coté de cette salle il s’en trouve une autre où ’on prépare les planches; et j’y ai vu une scie cirulaire tournée par la machine a vapeur, en tout cmblahle a celle que nous avions trouvée à Birmingham. J’ai pu examiner plusieurs disques démontés, t , voyant la longueur et l’épaisseur des dents, je i’ai plus été étonné de la grande facilité avec îquelle ces scies fendent le tronc d’un arbre. La >rme de ces dents est a peu près celle des dents de oisson, et la roue n’a pas moins d’une ligne ou une . gne et demie d’épaisseur.

Tout près de cette dernière salle il y a la fabri- 1 ue des sonnettes et de tous les accessoires, ainsi i ue les pompes et autres objets de ce genre. Au icssous, au rez de chaussée, sont les fabres et îs serruriers. Parmi les premiers, on trouve ceux ni fondent le fer pour diffère ns objets, tels que les

grilles, et pour un emploi plus important encore, c’est-à-dire pour les poutres; car les principales poutres cl’une maison se font maintenant en fer. La solidité y gagne et la toiture a plus d’élégance.

On nous a fait passer ensuite dans le département des marbres qu’on sépare en deux qualités; la dernière, à proprement parler, n’est plus du marbre. Les devans de cheminée, et spécialement les tables pour couvrir les meubles, sont préparés dans cette partie de l’établissement . Plus loin on trouve le département des peintres-vitriers: les uns préparent les vernis et autres couleurs , les autres fixent les vitres dans les cadres des croisées. Je ferai observer à ce sujet que si , en général , le verre est plus cher en Angleterre qu’en France, en revanche il est très transparent. Parmi ces barbouilleurs , il en est qui dessinent quelques belles figures sur des vitres qui sont employées ordinairement dans les chapelles des châteaux.

Du département des vitriers on passe dans celui des plâtriers qui n’occupe pas moins de huit ou dix chambres. Les premières, au rez de chaussée, 11e sont occupées que par les personnes qui travaillent

à tous les ornemens destinés â l’embellissement des plafonds. Parmi ces ouvriers, un était occupé à préparer une pâte semblable a du papier mâché , avec laquelle il moulait ensuite un contour de corniche. Au dessus du rez de chaussée , on trouve une grande quantité de modèles, en plâtre, de cheiminées anciennes et modernes, de chapiteaux de colonnes ; en un mot , un magasin complet.

De ce même coté enfin il y a le département des tapissiers, oii l’on prépare un grand nombre de jpapiers. 11 faut pourtant convenir que les papiers i peints en France sont de beaucoup plus beaux, si l’on en excepte peut-être le genre gothique , dans lequel les Anglais excellent. Les échantillons de I papier sont collés sur autant de portes en toile se I fermant les unes sur les autres dans l’épaisseur du îmur; en les ouvrant successivement, on peut bien ] juger de l’efiet; c’est au bon goût ensuite â faire le (choix.

Quant aux magasins généraux , adjacens a la i manufacture, il suffira de dire que celui des plani clics seulement n’a pas moins de 105 pieds de ongueur et 36 de largeur. On peut par celui-ci

juger des autres. .Fai remarqué dans ces mêmes magasins des toits bâtis d’une manière toute particulière : la voûte y est a découvert, et l’arrangement des poutres, moitié en bois et moitié en fer, offre un aspect si léger, que, dans son genre, je le comparerais volontiers à un pont en fil de fer.

Parmi tous ces bois, il y en a d’une qualité très inférieure ; mais on vient d’y porter remède , et l’intelligence anglaise , si fertile en productions utiles, a trouvé dernièrement le moyen, h l’aide d’une préparation chimique, de rendre les bois les plus ordinaires d’une qualité supérieure. Ce moyen est encore un secret de l’inventeur, qui a pris un brevet pour vendre partout sa préparation; je sais seulement qu’on laisse le bois en macération pendant un certain laps de temps.

Pour ce qui regarde le personnel dans la manufacture de MM. Cubitt, nous y avons compté jusqu’à quatre cents personnes , non compris tous les menuisiers et serruriers qui sont sur les lieux où l’on bâtit; car tous les travaux , comme de raison, ne peuvent être , pour ainsi dire , qu’ébauchés dans la manufacture. On les achève en place, et consé-

quemment il y a toujours le double du personnel qui est employé au dehors ; ce qui constitue une armée d’artisans dont M. Gubitt est le chef, armée d’autant plus respectable qu’au lieu d’être destinée k détruire, elle ne tend qu’à édifier.

Il y a encore, dans cet établissement, un bon nombre de chevaux destinés à charrier les différens matériaux dont on se sert; et je n’en aurais pas parlé sans l’ingénieuse machine que nous avons trouvée dans le grenier, destinée à couper le foin. Cette machine consiste dans une gouttière en bois placée sur un chevalet , gouttière qu’un homme a soin de tenir toujours remplie de foin. En avant de cette gouttière, et transversalement , il y a un cylindre cannelé4 dont les bords des cannelures sont très saillans. Quatre roues dentelées, deux de chaque côté du cylindre, le font tourner sans cesse; et c’est une roue placée en travers, à grande circonférence et munie d’une manivelle qu’un autre homme fait tourner, c’est cette roue , dis-je , qui met en mouvement les roues dentelées dont nous venons de parler. Mais ce n’est pas tout : cette grande roue, par deux sabres réunis en diamètre,

est destinée a couper le loin ; et voici comment cela s’opère : en tournant la grande roue on fait tourner le cylindre, dont chaque rebord de cannelure force le foin comprimé a avancer d’un pouce. A mesure qu’il avance , il est coupé , ou , pour mieux dire, rasé par les deux sabres-diamètre , passant a des intervalles réguliers. Probablement on ne comprendra guère cette description fort peu mécanique ; mais, quoi qu’il en soit, on se persuadera toujours davantage qu’il y a peu de pays où l’on ait autant de soin des chevaux qu’en Angleterre.

Maison (le Correction (i).

II nous a été permis de visiter plusieurs maisons de détention , et je ferai observer, pour toutes en .général, que les détenus y sont assez bien nourris et jamais accumulés les uns sur les autres ; ce qui devrait moins souvent les exposer aux épidémies qui les déciment. Cependant il y a peu de prisons qui ne comptent plusieurs apparitions d’épidémie , et je crois que cela est dû généralement a l’humidité qui perce dans tous les moindres réduits. Estce une humidité inhérente au sol sur lequel on bâtit? est-ce que, par la construction même des prisons, le climat y agit plus fortement qu’ailleurs? Voila ce que je ne puis décider. Quoi qu’il en soit ,

(1) Home of correction.

SIX MOIS I)E SEJOUR

je bornerai pour le moment a cela toute réflexion générale, et je me contenterai de décrire, parmi les maisons de détention, les deux qui nous ont offert quelques particularités a noter.

La maison de correction pour le comté de Middlesex , fut bâtie d’après les plans de Howard; mais il paraît que les intentions philantropiques du fondateur n’ont pas été entièrement réalisées, car pendant long-temps on a appelé cette prison Bastille anglaise. Elle m’a paru, en effet, encore plus humide que les autres , et les différens corridors, qui se croisent en tous sens tout autour dans les rez de chaussée , doivent nécessairement déterminer de violens catarrhes et pis encore chez les pauvres prisonniers. Un grand nombre, en effet, toussaient sans discontinuer. Cependant cette prison est très remarquable sous le rapport du système correctionnel qu’on y a adopté et dont nous parlerons bientôt.

Toute la prison contient environ 700 hommes et 300 femmes. Les uns et les autres occupent deux portions du bâtiment, séparées par un vaste jardin et entourées toutes les deux par une grande

iraille qui leur est commune. Le logement des isonniers consiste en une réunion de cachots

>arés aboutissant a un même corridor. H y a suite des chambres communes, où on les laisse

.mis pendant la journée quand ils se conduisent ;n. Les femmes y sont journellement occupées a îttre en charpie les vieux cordages pour calfater navires, et les hommes ont pour véritable mpation une espèce de supplice des Danaides. Ils it séparés, au nombre de 50 ou 00, dans trois quatre cours différentes; dans chaque cour, au ;sous d’un portique, se trouve un grand cylin- :: roulant, dont la circonférence n'est qu’une i nion de degrés comme ceux d’un escalier ordiire en bois. Tous ces malheureux montent en ne sur cette espèce de roue , et , se tenant accro- -s a une barre transversale , marchent continuelent d’un escalier a l’autre pour faire tourner le Indre ; et tout ce travail , qui ne dure pas moins i mit heures par jour, n’aboutit a rien, car le ) ivement de ce cylindre est isolé, et le seul but

1>n a est de fatiguer les prisonniers. A coté de e roue , a droite et a gauche, il y a encore deux

autres machines, consistant dans deux roues engrenées et une forte manivelle. Quatre hommes sont occupés a tourner toujours cette manivelle, et le produit est comme celui de la grande roue : zéro. Voila donc des hommes qui travaillent toute la journée sans avoir la satisfaction de voir le produit de leur travail , ce qui serait pour l’ouvrier une grande distraction.

Ce n’est pas tout encore : du moment que les hommes , ainsi que les femmes , sont amenés dans cette prison, ils sont condamnés au silence; et pendant les quelques mois que dure leur condamnation, ils ne peuvent ni parler entre eux, ni parler aux gardiens , ni a qui que ce soit. La seule exception est pour les mères qui ont des enfans à la mamelle (alors on permet a la mère de garder l’enfant avec elle). Dans ce cas cependant toutes les nourrices sont réunies dans une même chambre, où j’en ai trouvé une vingtaine; mais, si elles peuvent adresser quelques mots à leurs nourrissons , il leur est défendu , comme aux autres , de se parler entre elles. Un grand nombre d’inspecteurs sévères, pris par fois parmi ceux des prison-

ders qui ont une meilleure conduite que les autres ils sont marqués par un chevron au bras), eillent a ce que personne ne puisse rompre ce ilence vraiment effrayant, et des gardiens que l’on encontre partout veillent a leur tour sur les insecteurs. Les ordres des inspecteurs, soit pour lier au travail , soit pour le quitter, ne sont transiis aux prisonniers que par signes , et quiconque rononce un mot est renfermé pour quelques jours ans un cachot séparé.

11 n’y a rien de plus affligeant que de voir dans •:s réfectoires 60 individus réunis et serrés les uns intre les autres pour prendre leur maigre repas , i ns qu’aucun d’eux puisse adresser un seul mot , i îe seule exclamation a son voisin ! Ajoutez à cela ae même en travaillant toute la journée , ils sont ’ivés de toute distraction; car, la figure tournée ) mtre la muraille, ils n’ont pour tout horizon l’une planche ou le souvenir de leurs fautes. ;tte punition pourtant, quelque sévère qu’elle it, n’est jamais appliquée que pour quelques ois ; et ce silence forcé obligeant a la concentra- >n ces mêmes hommes qui autrefois ne songe-

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rent qu’a nuire aux autres, ils finissent, dit-on, par gémir sur eux-mêmes ; et l’on nous a assuré que plusieurs d’entre eux parviennent a se corriger, et deviennent encore dignes de faire partie de la société. Les effets de ce système sont bons, elle moyen en apparence n’est pas cruel. Il serait même utile peut-être de l’adopter ailleurs, car obliger les mauvais esprits a se concentrer en eux-mêmes et k revenir sur les fautes commises , c’est souvent les mettre sur la voie du repentir.

Quant aux enfans, on adopte ici un autre moyen,

que je ne puis approuver : une première faute est

punie sur le chevalet , machine en bois qui les retient tout droits , avec les jambes et les bras attachés, pendant qu’on leur fustige le dos; après quoi on les met en liberté. Certainement il est dangereux de renfermer des enfans dans une prison , car l’expérience prouve qu’ils n’y deviennent que plus méchans ; cependant les coups sont toujours des coups, et c’est trop avilir l’espèce humaine que de la traiter plus mal que la brute.

Mais quittons YHouse oj correction et allons visiter Newgate. C’est la principale prison de Londres

t par conséquent le repaire de tous les voleurs et e tous les assassins. Quatre ou cinq fois par an on vacue cette prison en emmenant ceux qui sont ondamnés a l’exportation, et néanmoins on y rouve plus de 200 prisonniers , hommes et femles. Tous les hommes sont séparés en plusieurs uartiers et en plusieurs cours nommées, comme ans tous les établissemens de ce genre, yards. iette séparation a pour but de classifier, pour linsi dire, chaque coupable et empêcher que ceux iui ne sont pervers qu’a demi ne deviennent entièîment scélérats en fréquentant ceux qui pour tou- >urs ont fait abnégation de tout sentiment d’honêteté.

La première cour renferme ceux qui sont accu- ; s, mais pas encore reconnus coupables ( antried ). >5 attendent leur jugement. Dans la seconde sont ? ux qui , déjà jugés , subissent la peine de la déï ntion ; dans la troisième sont les voleurs et les malfaiteurs; dans la quatrième, ceux qui ne peumt payer l’amende a laquelle ils ont été condam- 5s; dans la cinquième, les condamnés a mort;

dans la sixième enfin , on trouve des enfans au

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dessous de 15 ans détenus pour différons délits. Ces derniers ont un maître qui les fait lire et écrire dans la prison, cherchant ainsi a corriger leurs mauvais penchans en développant leurs facultés intellectuelles. Il y en avait huit au moment ou nous avons visité la prison.

rJ ous les prisonniers sont renfermés le soir dans des dortoirs communs , où ils ont un lit de camp avec une simple couverture de laine. Mais lorsque le dortoir est petit, au lieu de lits de camp il y a des planches placées transversalement les unes sur les autres , comme dans les cabines d’un batiment , et chaque planche devient un lit pour le prisonnier. Quant a ceux qui , pour quelque motif puissant , sont condamnés a être toujours séparés des autres jusqu’au moment de leur exportation ou de leur exécution , on les enferme dans des secrets où jamais la lumière du jour ne pénètre. Les portes sont en fer, les murailles ont peut-être six pieds d’épaisseur, et une fente aboutissant a un entonnoir évasé en dedans du cachot permet a peine au malheureux qu’on y renferme de distinguer le jour de la nuit. Ce n’est pas sans pitié que l’on peut

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voir a quoi est réduite la société quand elle veut se préserver de l’atteinte des pervers! Dans la cour 'les condamnés à mort, il y en avait cinq, et tous , malheureusement, fort jeunes. Le roi cependant leur a fait grâce, et il a commué leur peine a l’exportation a vie. Ils vont incessamment être transportés a Botanybay avec tous les autres malfaiteurs dont l’exportation est limitée a quelques années.

Quant aux femmes détenues, elles étaient, au imoment de notre visite , au nombre de cinquante ; -et on est parvenu a établir parmi elles des améliorations très remarquables , par suite de la persévérance et des efforts charitables de Madame Fry, femme d’un banquier appartenant a la société des Amis. Pour adoucir le sort de ces malheureuses détenues , on a formé depuis plusieurs années un icomité de dames très respectables , chargées de visiter les prisonnières et de leur fournir de l’occupation. Mais ce n’est pas tout encore : tous les matins Madame Fry va faire sa tournée a Newgate , et va y répandre les fruits de son excessive philantropie. Cette visite est des plus intéressantes , et j’ai pu y assister, grâce a la recommandation que

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j’avais eue pour Madame Fry elle-même : je crois bien faire d’en rendre compte.

A dix heures du matin nous sommes entrés a Newgate, et passant, a l’aide de la carte dont nous étions munis , du côté des femmes , on nous a fait monter dans une chambre fort modeste, mais très propre, où venaient de se réunir les prisonnières, assises sur des bancs en bois. Vis-à-vis était une table isolée, et de chaque côté plusieurs chaises. Madame Fry (vraie matrone romaine) était assise devant la table , avec un air a la fois bon et digne. Les chaises placées à ses côtés étaient occupées par plusieurs dames , parmi lesquelles nous avons pris place, mon ami et moi, seuls hommes admis à cette cérémonie. Madame Fry a commencé par leur demander en général , et du ton le plus doux , comment elles se portaient ; puis , ouvrant une grande bible qui était devant elle , elle a lu clairement et lentement une épitre de saint Pierre. Une bible a été donnée a chaque assistant, afin qu’il pût mieux suivre la lectrice, et comme on a ici des bibles écrites dans toutes les langues connues , on n’a pas été long-temps pour en trouver une en

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ranrais et une en italien pour les deux étrangers. Vprès celte lecture, qu’on a soin d’approprier à la drconstance , Madame Fry a repris l’épître d’un )out à l’autre et l’a expliquée chapitre par chapitre uix pauvres détenues, ce qui a déjà commencé a es attendrir. Cela fait , il y a eu deux ou trois ninutes de parfait silence ; après quoi Madame 7ry s’est agenouillée a terre (mouvement qui a été uivi par toutes les prisonnières ( , et elle a comaencé à voix basse, et avec un chant qui n’en était as un , une prîère qui n’a pas duré plus de six ninutes. Pas une seule prisonnière n’a pu retenir es larmes, la plupart sanglotaient, et nous-mêmes, uoique nous n’ayons pu comprendre tous les mots >e ce chant, nous nous trouvions attendris par des ccens si purs et plus encore par un tableau si touchant.

Les pauvres détenues ont ensuite quitté l’appar- :ment et sont allées réfléchir probablement, penunt le reste de la journée , sur leur malheureux >rt ; car toutes vont être transportées a Botanybay uns très peu de jours. Dès qu’elles ont été rentrées, laque surveillante est venue faire son rapport a

Madame Fry, rapports qui ont été tous fort satisfaisans , et aussitôt on a introduit messieurs les sheriffs de la Cité, qui venaient inspecter la prison et qui étaient installés dès la veille ; leur signe distinctif consiste simplement dans de gros cordons en or suspendus devant leur gilet et retenus par un anneau a la romaine. Madame Fry a eu l’extrême obligeance de nous présenter a ces messieurs qui ont été très aimables envers nous et ont donné immédiatement l’ordre de nous faire visiter la prison dans ses moindres détails , ce qui n’est pas toujours permis.

Avant de quitter ce sujet, je rappellerai une circonstance qui , physiologiquement parlant , n’est pas sans intérêt. La cour où sont les plus grands coupables est entourée de murs qui ont plus de quarante pieds de hauteur. Malgré cette élévation il y a tout autour des barres de fer pointues fixées obliquement et dirigeant leurs pointes en dedans et en bas. Cette précaution nous parut d’abord inutile; mais le fait nous prouva le contraire. Il y a très peu de temps , en effet , qu’un ramoneur est parvenu a s’évader, ayant le courage de s’élever,

ar les coins du mur, à la hauteur de quarante ieds, et cela parla seule force des coudes, des pieds t surtout des muscles de la région supérieure des uisses; car, ne pouvant s’accrocher nulle part,

1 est prouvé qu’il a dû s’élever avec le dos contre ï coin , ce qui parait miraculeux. Le fait est qu’il arvint ainsi jusqu’au haut du mur et se laissa lisser ensuite, par la cheminée d’une maison voiine, dans la chambre d’une pauvre femme qui irenait son thé et qui dut être bien effrayée d’une areille visite.

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Procession du Iiord-Halre.

L’élection du lord-mayor a lieu le jour de la Saint-Michel, mais ce n’est que le 9 du mois de novembre qu’il entre en fonction , et c’est alors seulement qu’il va a Westminster pour prêter serment. Il serait oiseux de vouloir nous entretenir sur son élection ou sur les autres formalités, car elles sont suffisamment connues ; mais nous tâcherons de décrire la procession et la pompe qu’on déploie à sa suite, pour qu’on puisse aisément comprendre, en comparant ce jour a celui où le roi est allé clôturer le parlement , que le lord-maire n’est pas moins dans sa cité que le roi dans son royaume. Je dirais presque qu’il a une prérogative de plus , car il peut aller dans le quartier de Westminster quand bon lui semble, tandis cpie le roi ne saurait se per-

lettre, pour ainsi dire, d’entrer dans la cité sans \ permission du lord-maire. Mais venons -en a la rocession.

Dès le matin une mesure fort sage empêchait u’aucune voiture , jusqu’à une certaine heure , ne assàt par les rues où devait aller le lord - maire , ?3 qui n’a pu prévenir tous les accidens. Quant nous , nous doutant de la foule qui encombrerait lûtes les rues, nous avions profité d’une invitation lien agréable , et nous étions installés dans une onne croisée située à Chepside. En pareil cas, je rois qu’on observe d’autant mieux qu’on est plus son aise.

Tous les trottoirs se remplissent peu à peu, et •s plus curieux se préparent à rester immobiles ur un tas de boue pour attendre la procession. On s voit tous collés les uns aux autres , et personne E3 veut descendre de ces mêmes trottoirs pour rider le pas aux gens qui portent quelques ballots ir leurs épaules (car ici on ne suspend les affaires immerciales pour aucun motif, le dimanche Kcepté ). Qu’arrive-t-il alors? c’est que la preière personne poussée par le portefaix pousse son

voisin , qui presse à son tour celui qui vient après, etc. ; et rien de plus amusant que de voir ces ondulations se propager de proche en proche , et d’entendre les plaintes , souvent accompagnées de menaces , que chacun fait a son voisin. Je dis amusant en ce que cela sert, jusqu’à un certain point, à désennuyer l’habitant d’une croisée d’une trop longue attente, de même qu’un parterre turbulent sert de distraction à ceux qui , dans les loges , attendent avec plus de tranquillité, quoique avec tout autant d’impatience , le commencement de la pièce.

Toutes les fenêtres se remplissent également de belles dames et de jeunes demoiselles, chose étonnante pour Londres , car on ne voit jamais le beau sexe à la croisée ; les toits mêmes ne sont pas exempts d’un chapiteau de curieux, et jusque dans le grand balcon de la coupole de Saint -Paul on voit une fourmillière de têtes qui peuvent se vanter de n’avoir rien devant qui les gêne. Après deux heures d’attente, toutes les cloches commencent à carillonner pour annoncer le retour du seigneur de la Cité et de toutes les magistratures qu’il vient d’inviter à diner. Peu après la rue est remplie par

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ine foule tumultueuse , refoulante et refoulée , {u’on pourrait presque comparer a une marée montante. Tous les policemen tirent aussitôt leur >)àton de commandement du fourreau de cuir qui e recouvre , et la procession paraît.

Deux lanciers précèdent un grand drapeau porté carrément et fixé sur les deux côtés , afin que toutes es couleurs soient également aperçues. Plusieurs autres drapeaux, moins grands et magnifiquement orodés, suivent le premier et précèdent une musique aussi discordante que si chaque musicien jouait i une lieue de distance de ses camarades. Après la musique viennent encore plusieurs drapeaux (et je erai remarquer une fois pour toutes que ces diffé- •ens drapeaux appartiennent aux différentes com- I aagnies de la Cité ) , et ceux-ci sont suivis par tous I es gardes de la tour de Londres en grande tenue eet rangés deux a deux. Plusieurs voitures viennent après les gardes, et tous les cochers portent une grande cocarde de ruban a leur chapeau. Encore une musique tout-'a-fait analogue à la première; la distribution des artistes me paraît cependant encore plus bizarre : il y a huit instrumens a vent

ut quatre tambours ! Derrière cette harmonie bruyante se trouve un garde a cheval habillé de rouge et avec un chapeau a trois cornes d’une dimension gigantesque ; la monture d’ailleurs est toute couverte de rubans rouges et blancs. Nous avons compté cinq ou six de ces gardes , qui , épars sur différons points du cortège , paraissaient veiller a l’ordre de la marche.

Six voitures communes sont suivies par plusieurs drapeaux hrodés et par une troisième musique composée de dix musiciens et une grosse caisse; encore trois voitures ordinaires, puis des hommes a pied habillés tout en rouge, suivis par quelques drapeaux et par deux trompettes soufflant a tue-tète, avec accompagnement de timbales. Cette musique, aussi criarde que peu agréable , précédait un homme recouvert d’une ancienne armure jaune ; je n’ai pu comprendre ce que cela pouvait signifier, d’autant plus qu’il y en avait trois autres qui se sont suivis a peu de distance, et portant des armures anciennes, avec la visière baissée et la lance en arrêt. Enfin , après d’autres voitures plus ou moins élégantes, le gros de la procession a paru, se com-

LIN ANGLETERRE

osant d’une quantité d’équipages a quatre et a six lie vaux plus beaux les uns que les autres. Les remiers appartiennent a l’ancien lord-maire et ux anciens sherijfs dont le commandement vient e finir; les autres portent les sherijfs qui vont ntrer en fonction, et la plus belle est la voiture rivée du présent lord-maire; elle est occupée par eux dames appartenant a sa famille. Toutes les vrées sont d’une richesse extraordinaire; l’or, argent et le velours y sont prodigués; et a moins e renfermer les domestiques dans des enveloppes lites uniquement avec des billets de banque, je ne rois pas qu’on puisse les habiller plus richement.

Ap rès plusieurs gardes a cheval et a pied , et a la mite d’une magnifique compagnie de hussards de i garde royale que le gouvernement envoie a la ité pour augmenter la pompe de la cérémonie, le ouveau lord-maire a paru dans un char doré, presse aussi beau que celui du roi, traîné par six îevaux rouges ornés de rubans de tout côté et une beauté au dessus de toute expression. Le ird-maire de cette année ne paraît pas avoir plus s 62 ans; sa figure, un peu maigre, paraît encore

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plus imposante au dessous de la perruque qui la couvre ; et cette espèce de manteau d’hermine qui entoure toute la personne de ce puissant chef de la Cité n’ajoute pas peu a la dignité imposante de son maintien. Il se nomme M. Kelly, et c’est en faisant le libraire qu’il a su gagner assez pour pouvoir dépenser quatre cent mille francs dans ce jour pour lui si mémorable. Au surplus, on le dit parfait honnête homme et fort charitable.

Etre honnête homme irréprochable est une condition sine quel non pour aspirer a l’honneur de devenir lord-maire; garantie admirable pour celui qui devient juge suprême. Quant au numéraire , il suffit, a la rigueur, d’avoir dix mille livres sterling de rente; ce qui n’est pas trop pour la ville de Londres. Au passage du nouveau lord-maire, plusieurs mouchoirs blancs étaient agités en signe de félicitation. Son règne, a la vérité, n’est pas bien long, mais il est toujours suffisant a l’homme vertueux qui se propose le bien de ses concitoyens.

lIAtel «les Monnaies.

Le nouvel hôtel des monnaies, dans Toiver-Hillj •i été bâti sur les dessins de M. Smirke jeune. C’est un des monumens les plus élégans de la partie orientale de Londres. Sa distribution intérieure est aussi très remarquable par rapport a sa lestination et par rapport surtout a l’excellence des i machines qu’on y trouve. C’est, en effet, par une nachine a vapeur qu’on frappe toute la monnaie ur huit ou dix presses a la fois; et on gagne tellement du temps par ce procédé, que dans un jour on i pu frapper un million de livres sterling ; ce qui a :té très utile lorsque, tout dernièrement, la banque d’Angleterre manquait de numéraire. Pourtant, omme ce n’est qu’a Londres qu’on peut frapper nonnaie, il ne faut point s’étonner si l’on a cherché

a réunir ici tout ce qui peut augmenter le produit en diminuant le temps employé. En France, où il existe plusieurs hôtels des monnaies presque toujours en activité, on n’a pas besoin, a ce sujet, d’autant accélérer l’ouvrage. Au surplus, ce que nous avons trouvé de plus intéressant dans cet établissement, c’est le fameux graveur M. Pistrucci. Son nom est suffisamment connu , et sous ce rapport il ne lui reste rien a ambitionner. Néanmoins je veux payer mon tribut d’éloges au grand artiste dont le ciseau, comme sculpteur, est presque aussi parfait que le burin du graveur. Les deux derniers bustes qu’il a faits , pour Wellington et Pozzo di Borgo, semblent sortis de la main d’un Canova, et suffiraient pour donner a l’auteur une grande renommée, si l’œuvre colossale qu’il est près d’achever, et qui formera la plus grande médaille qui ait jamais existé, n’appelait l’artiste a une gloire bien plus grande encore.

Il est fâcheux pourtant que M. Pistrucci n’ait point encore obtenu, dans cet établissement, la place qu’il a méritée par les services rendus à l’administration, et avec laquelle il serait juste de

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récompenser un talent incontestable. Je ne puis n’empêcher de former ici des vœux pour que le gouvernement anglais cherche enfin a contenter, oar un acte de justice, son amour-propre si injustement froissé (‘). Un grand artiste a besoin de tranquillité pour consacrer tous ses moyens a ce qu’il ait; il faut non seulement qu’il soit, mais encore qu’il se croie heureux. Toutes ses productions se essentent alors de son bonheur, et la nation assez iche pour payer un pareil talent y gagne incontestablement le double.

(1) J’ai lu dernièrement avec le plus grand plaisir que M. Pistrucci été chargé de plusieurs ouvrages importans, et qu’il rient enfin 'obtenir de S. M. la place à laquelle son talent l’appelait depuis ngues années. On ne pouvait moins attendre d’uno Jeune reino ont l’esprit égale, dit-on, la grâce, et qui protège les beaux-arts avec une bienveillance peu commune.

llaclilne à calculer.

On répète a satiété que les hommes deviennent de plus en plus mauvais, et à chaque instant on cite le temps passé comme type de vertu et de prudence. Loin de nous la pensée de vouloir affirmer le contraire. Pourtant il faut convenir que la génération actuelle se montre très tolérante , et pourrait punir sévèrement les sorciers avec plus de raison qu’on ne les brûla jadis. Que voyons-nous, en effet, de nos jours? Un homme vous éclaire toute une ville sans huile et sans chandelle , et en allumant un quelque chose d’aérien presque imperceptible à la vue. Plus loin on vous fait marcher au galop, sans chevaux, huit voitures avec 200 voyageurs. 1 n autre enfin , car il serait trop long de les énumérer tous, prend son vol a Londres, et, sans toucher

erre, s’en va, en quinze heures, a Coblentz pour aire une courte visite a l’Allemagne. Eh bien ! out cela se voit sans emprisonner les auteurs prin- :ipaux de ces grands phénomènes. Mais ce n’est nas tout encore : allez voirM. Babbage, qui est un iles grands mathématiciens d’Angleterre et par dessus tout mécanicien effrayant; allez le trouver ans frémir. Il vous conduit dans une chambre :ontenant une jolie table surmontée par plusieurs •olonnes cylindriques et dentelées, paraissant formées de plusieurs pièces superposées les unes aux mtres. M. Babbage tourne une manivelle en guise le baguette magique, et voilà que ces colonnes, qu’on voit alors composées par des milliers de mues tournant les unes sur les autres et s’engréi ant réciproquement; ces colonnes, dis -je, se mettent en mouvement, et non contentes d’exécuter les principales opérations de l’arithmétique (*),

I lies donnent les racines des nombres avec plus ’exactitude que les meilleures tables de logarithmes

0) Pascal, à l’àgc de dix-sept ans, s’occupa d’une machine de ce rnre, mais propre seulement aux opérations arithmétiques.

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connues. C’est au point que M. Babbage en a corrigé un grand nombre à l’aide de sa machine, et c’est presque exclusivement dans cette intention qu’elle a été faite. Voila donc un assemblage de corps inertes qui calculent d’eux-mêmes et plus exactement que le meilleur cerveau calculateur.

Cette machine, d’une complication a la vérité effrayante, ne coûte pas moins de vingt mille livres sterling ; aussi est-elle plutôt a la disposition du gouvernement que d’un simple particulier. M. Babbage a encore avisé au moyen de faire graver sur une planche , et par la machine même , le résultat de ses opérations; de sorte que, en résumé, il peut par l’abaissement d’une manivelle obtenir des logarithmes de la plus grande exactitude , et faire en sorte que ces mêmes logarithmes restent gravés sur une planche. La planche sert plus tarda obtenir autant de tables qu’on en désire. Voila ce que M. Babbage a l’obligeance de faire voir aux personnes qui lui sont présentées. Il est facile de deviner les désagrément sans nombre que lui aurait causés son talent a une époque sans doute bien éloignée de nous ; et cependant notre généra-

ûon lui porte un respect bien du à ses vastes connaissances.

Notre visite a M. Babbage a eu lieu peu de jours nvant de quitter Londres ; et nous sommes rentrés ssn France par Brighton, qui est une fort jolie résidence royale bâtie dans un goût tout oriental.

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