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on de dire quelque chose à madame de Thémines, et jcnepouvais la saisir. La plupart des gens du monde changent de sujet avec une précipitation qu'ils appellent légèreté d'esprit ; ce n'est au fond que de la prudence. Un seul mot de plus quelquefois, et ils ne sauraient que répondre ; ils ressemblent aux cochers,, qui n'ont jamais pénétré dans l'intérieur des maisons, mais qui en connaissent toutes les portes.
Tantôt, ne pouvant me défendre de quelque prétention devant madame de Thémines , je m'efforçais de bien parler , et m'embarrassais dans mes phrases; tantôt , entraîné par le sentiment qui me dominait , j'interrompais les autres. Comme il y a peu de temps que je vais dans le monde, et que Ton me voyait, pour la première fois , chez madame de t. m. 3
Thémimes , chacun , dès que j'ouvrais la bouche, portait ailleurs son attention et ses regards. Je médisais, pour me consoler , que ces gens-là étaient , sans doute , aussi légers dans leurs visites que dans leurs conversations : en effet , je vis bientôt le cercle se renouveler, à l'exception de M. d'Armoville , et d'un certain M. de Melfort, aussi très-assidu près de madame de Thémines , quoiquavec toute la confiance possible , avec des sourires où il s'efforçait de mettre de la finesse, il ne parla guères plus que moi. Il se rengorgeait , il arrangeait sa cravate , faisait je ne sais quelles réparations à sa toilette ; et se penchant avec affectation et dans une attitude de danseur, vers madame de Thémines } il lançait sur tous ceux qui sortaient , quelques uns de ces traits bien lourds qui
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vont mourir dans l'oreille des auditeurs.
Impatient de voir partir ces deux messieurs , moi-même je commençais à être embarrassé de ma persévérance, lorsque la maîtresse de la maison , par une politesse toute simple envers quelqu'un qui venait chez, elle pour la première fois, a cru devoir m'adresser la parole. Elle a tourné l'entretien sur ma mère , sur ma bonne mère , chez qui elle a été souvent dans son enfance , tandis que j étais au collège. Femme charmante!
dès ce moment, j'ai cessé d'être aussi étranger. On lui parlait souvent de moi, on lui racontait quelques traits de mon enfance. Elle se les rappelle encore, mon cher Valencey; elle se les rappelle, et me les a citée 1 il paraît qu€ ma mère cherchait à lui donner de moi une idée avantageuse
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même , si j'ai bien compris un moi qui lui est échappé , mes parens laissaient voir le dessein de nous unir un jour. Je n'en avais jamais entendu parler. Tu sais que je perdis mon père et ma mère avant d'entrer au service.
Ce souvenir d'une mère, qui m'aimait si tendrement, et qui me destinait un si grand bonheur, m'a fait venir les larmes aux yeux. Je ne sais si elle s'en est aperçue , je ne sais si j'étais abusé par mon trouble , mais ses yeux sont restés immobiles, et j'ai cru, oui, mon ami, j'ai cru les voir plus humides, se couvrir..... Je ne respirais plus ; j'éprouvais un saisissement qui n'était pas le plaisir, qui n'était pas la douleur , et que je ne saurais pas définir. Tu sais combien elle a souffert depuis l'instant de son mariage. N'est -il pas possi-
ble quelle se soit attendrie en songeant au\ malheurs quelle aurait évités, si elle eût épousé tout autre que M. de Théminrs. Elle essaya de me rappeler à moi - même. — Quand on se voit pour la première fois, me dit-elle, on est tout étonné de se trouver d'anciennes connaissances. — Je ne répondais pas ; elle reprit : — Je vous demande pardon de vous avoir rappelé le temps de votre enfance ; il me semble que vous regrettez bien vivement madame votre mère. -— Plus que jamais, m'écriai-je! — Peut-être crut-elle avoir trahi sa pensée : elle baissa les yeux, et je vis une rougeur presque insensible colorer son visage.
A ces détails de famille, chacun
s'était mis à parler d'autre chose , et
nous pûmes prolonger notre conver-
atiou. Je n'étais pas moins instruit
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à son égard, qu'elle ne paraissait 1 être de ce qui me concernait. Depuis ma dernière lettre , je m'en suis entretenu encore avec beaucoup de gens qui la connaissent , et quoique nous soyons étrangers l'un à l'autre, j y avais mis autant de mystère que si j'avais eu mon bonheur à cacher.
Il n'était question, entre nous, que de choses indifférentes ; mais je ne sais quel instinct nous y faisait toujours trouver des rapports qui nous intéressaient tous les deux. Je ne te dirai point que j'aie su plaire; cela te paraîtrait, ainsi qu'à moi, romanesque , impossible ; mais il existe entre nos âmes une secrète intelligence, comme si elles étaient liées par quelque nœud mystérieux qui semble avoir précédé le moment où nous nous sommes vus. Tu ne l'ignores pas \ depuis long- temps je-
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tais insensible, ou plutôt j'étais épi is de ce que tu nommais ma chimère; d'un objet que mon imagination avait formé, comme à souhait , pour mon cœur. Eli bien! à chaque parole de madame de Thémines, je voyais cette image enchanteresse revêtir ses traits, respirer, s'animer et remplir ce ville affreux que me présentait le monde. Eh î tout n'est - il pas magie dans l'amour?
Avant de prendre congé de madame de Thémines, j'ai voulu lui dire deux mots d'un bal où je dois me trouver avec elle ces jours -ci.
J'étais bien aise de savoir jusqu'à quel point elle peut être sensible à la dissipation. Je ne suis pas de ces esprits chagrins, qui ne connaissent lien de plus moral que de s'ennuyer; mais la foule et le bruit me déplai- «(•ut . et C€ serait un malheur pou.
3a SOPHRONIE.
moi d être dominé par une personne dont les goûts seraient différens des miens. Quoi de plus triste , en effet , que d'aimer une femme livrée aux occupations, ou plutôt au désœuvrement du grand monde, et de la voir chaque jour voler à des plaisirs que l'amour ne partage pas I