LE TRANS-SAHARIEN
du jour, nous mentionnerons le vœu unanimement émis, t que les Etats Barbaresques veuillent bien associer leurs efforts aux nôtres pour entrer dans la voie des communicatio?is internationales, en reliant leurs possessions à la colonie française ». Un chemin de fer, joignant le Maroc à Oran, pourrait* on traversant les régions fertiles du Tell, ancien grenier de Rome et de Carthage, atteindre Tunis, la Tripolitaine et aboutir à la riche vallée du Nil.
Ce chemin déjà commencé sur nous, baptisé même du nom de Trans-Continental Nord-Afrique, permettrait, le jour où le réseau espagnol sera terminé, d'aller de Paris à l'Isthme de Suez parterre, sauf l'insignifiante traversée de Tarifa à Tanger. On visiterait ainsi l'Espagne, Fez, Alger, Tunis, Tripoli et Le Caire, résultat merveilleux, peut-être plus proche qu'on ne le croit, surtout si l'électricité se décide à nous dire son dernier mot.
Toutes ces considérations sont le résultat de mes observations, jointes aux échos des mille conversations que j'entends de tous côtés. J'ai pris des notes en touriste, sans parti pris, laissant aux hommes spéciaux, le soin d'élaborer des systèmes sous leur propre responsabilité.
Cela dit, en passant, je continue à dépouiller mon carnet et me trouve à Alger, assez à temps pour chercher un logement, avant l'ouverture du Congrès.
Conquête de l'Algérie.
Alger !... Au moment de pénétrer dans la métropole, le lecteur voudra bien nous excuser de lui rappeler en quelques mots les principaux épisodes de la lutte glorieuse, dont l'issue favorable assura la possession de l'une de nos plus précieuses colonies.
C'était en 1830 : le 14 juin, l'amiral baron Duperré,à la tête d'une flotte de 600 bâtiments, appuyés par cent vaisseaux de guerre, débarque à Sidi-Ferruck une armée de 35,000 hommes qui, sous le commandement du général comte de Bourmont, livre la bataille de Staoùeli et s'empare, le 5 juillet, de la casbah d'Alger ; on y prit 800 canons, et 48 millions et demie, en monnaie d'or, d'argent et de bronze de toutes les époques, pillé par les galères des pirates algériens sur les navires de tous pavillons, véritable trésor de numismatique, enfoui dans les souterrains du fort ; il suffit, et au-delà, aux frais de l'expédition.
La guerre d'Afrique, vigoureusement poursuivie à la suite de ce haut fait d'armes, inaugura cette brillante école du soldat qui fit, pendant près d'un demi-siècle, l'admiration de l'Europe entière.
Chaque victoire avait d'autant plus de mérite qu'on
luttait contre un ennemi plein de courage, disputant le sol pas à pas, aguerri au climat, connaissant le terrain à fond, et sachant se dérober à propos pour reprendre l'offensive, le jour où il se sentait le plus fort.
Grâce à l'énergie des chefs, grâce aussi à cette ardeur des premiers moments, propre au caractère français, les principaux points stratégiques tombèrent entre nos mains ; mais bientôt, pour conserver les villes du littoral que l'on ne pouvait môme relier entre elles, l'armée, sans cesse harcelée, dut renoncer aux expéditions lointaines; en outre, une personnalité redoutable venait de surgir ; Abd-El-Kader, fils de marabout, marabout luimême à son retour de la Mecque, était entré en campagne.
Doué d'une capacité et d'une intelligence hors ligne, dévoré d'ambition sous les dehors de la plus feinte humilité, il avait su rallier les Arabes à sa cause et se faire proclamer émir ; or, comme nous ne possédions pas de forces suffisantes pour lui faire une guerre en règle, il fallut transiger en reconnaissant sa suzeraineté sur tout le territoire situé en dehors delà zone maritime (21 février 1834). Les suites de ce funeste traité furent désastreuses et eurent pour conséquence la déroute de •la Macta.
Cependant nos intrépides soldats ne pouvaient rester longtemps sous le coup d'une défaite, et la victoire de l'Habra vint montrer au prince des infidèles qu'il aurait encore souvent à compter avec nous.
Cette guerre se poursuivit ainsi, pendant des années, avec des chances diverses.
Sous l'égide tutélaire de la troupe, de hardis pionniers commencent à défricher les terres incultes, à assainir les marais. Des fermes s'élèvent, de petits centres se créent autour des grandes villes, et la colonisation,
prenant un premier essor, s'étend peu à peu sur les territoires conquis. La tâche fut dure, il est vrai, car, bien souvent, on perdait en un jour le fruit de plusieurs mois d'un travail assidu.
Les plus grands noms de France, heureux de s'associer à une entreprise aussi glorieuse, briguaient tour à tour l'honneur d'arroser de leur sang cette terre d'Afrique disputée avec tant d'opiniâtreté.
Aux généraux : baron des Michels, Berthezène, comte d'Erlon, Trezel, de Maussion, marquis Oudinot et d'Arlanges, avaient succédé le duc de Rovigo, Voirol, Bro, Rapatel, les barons del'Etang,de Marbot, de Perregeaux, de Bourgon, le maréchal Clausel, les colonels Duvivier et Combes ; tous s'étaient mesurés avec les plus fougeux lieutenants d'Abd-El-Kader, comme on vit, aux beaux jours de Rome et de Carthage, les Scipion, lesMetellus, les Marius, les Scylla, César, Salluste, Suétone, Capellanus, Galerius, combattre les Syphax, lesMassinissa, les Asdrubal, Jugurtha Bocchus, Mandrestal, Bogug.
Les traits d'héroïsme, les actions d'éclat ne se comptaient plus dans les rangs de l'armée; au second siège de Constantine, où le colonel de La Moricière et le commandant Vieux, du génie, arrivent les premiers au sommet du rempart, le général en chef, comte de Danrémont, tombe foudroyé à la tête de ses troupes. Sur une colonne de onze mille hommes, les officiers et les sous-officiers comptent chacun pour un quart, perte effrayante, parmi les victimes.
Après le téméraire assaut et la prise de la ville imprenable, dont la nouvelle fut accueillie dans toute la France par des manifestations enthousiastes, le maréchal comte Valée ramène à Bône la phalange victorieuse. L'Algérie entre pour quelque temps dans une ère de tranquillité.
De nombreuses tribus s'étaient ralliées sous nos drapeaux. Brisant le serment de fidélité qu'elles avaient prêté entre les mains de l'émir, elles préfèrent un protectorat efficace à des combats continuels, aboutissant, le plus souvent, à la défaite de leur cbef; aussi, malgré les exécutions barbares ou les menaces de mort contre toute défaillance, ces précieux alliés n'hésitent pas à nous suivre et deviennent pour nous de puissants auxiliaires.
D'autre part, le général Bugeaud avait profondément modifié la tenue du soldat en campagne et la manière dont il devait combattre. Il avait reconnu que le véritable ennemi était le convoi, car son matériel, lourd et encombrant, entravait sans cesse la marche des colonnes; il substitue aux prolonges le mulet et le chameau, chargés & dos.
L'Arabe faisait la guerre à la façon des Indiens, tantôt embusqué sous les fourrés inaccessibles, tantôt s'élançant au galop de ses incomparables chevaux , déchargeant son arme, et repartant à toute bride, comme à la campagne du Mexique, les hardis cavaliers enlevaient au lasso nos soldats isolés; quelquefois, couchés dans les hautes herbes, ou revêtus de feuilles de palmier nain, pour simuler un arbre, ils se glissaient la nuit jusque dans les camps où ils semaient l'alarme. Le général fait éclairer les troupes par des tirailleurs indigènes, dressés à ce mode de combat.
Avec un chef aussi expérimenté, stimulée en outre par la présence des princes du sang qui venaient se mêler à la lutte, l'armée d'Afrique prit bientôt une allure nouvelle.
Le duc de Nemours s'était couvert de gloire à Constantine ; un an après (octobre 1839), le duc d'Orléans force le passage des Portes de Fer, opération devant
laquelle les Romains eux-mêmes avaient reculé, puis, tandis que les généraux de Négrier, marquis de Caraman, Galbois, Changarnier, Schram, Bedeau, Pélissier, Yusuf, de Saint- Arnaud , après avoir écrasé l'infanterie régulière ennemie à la Chiffa, occupent Blidah, Milianah, Cherchell, Tlemcen, Mascara même, ville capitale et entrepôt militaire de l'émir ; pendant que le capitaine Lelièvre repousse avec 123 hommes l'assaut donné durant quatre jours, dans une masure à Mazagran par douze mille Arabes, le duc d'Aumale prélude, en opérant sur le Chéliff, au brillant fait d'armes qui, peu après, mettait Abd-El-Kader dans le plus grand péril.
La prise de la Smalah parle prince fit tojnber entre nos mains quatre mille prisonniers, quantité d'armes, de munitions et un butin considérable; elle eut un retentissement immense. L'émir, abandonné de tous, gagna précipitamment le Maroc, ayant pour seules compagnes, sa femme et sa mère âgée.
A ce moment suprême, tout semblait fini pour l'indomptable chef, et chacun s'attendait à une pacification prochaine, lorsque l'empereur du Maroc, demeuré neutre jusque-là, eût la faiblesse de l'accueillir et d'envoyer contre nous une puissante armée, au mépris des traités et de la violation du territoire français.
Le maréchal Bugeaud accourt à la tête de dix mille hommes, prend position sur les bords de llsly, et forme, sous l'attaque impétueuse de trente-cinq mille cavaliers, le célèbre carré qui inscrivit une victoire de plus aux fastes glorieux de l'Algérie. Le fils d'Abd-El-Rhaman laisse entre nos mains tout son camp, et le fameux parasol, insigne de royauté, va rejoindre à l'hôtel des Invalides les trophées de drapeaux enlevés à l'ennemi.
Si l'armée s'était distinguée sur ce champ de bataille qui valut au maréchal le titre de duc d'Isly, la flotte
n'était pas restée inactive. L'amiral prince de Joinville avait dirigé l'escadre vers la côte du Maroc ; il bombarde Tanger et Mogador, puis, descendu le premier à terre, rallie ses intrépides marins, les entraîne au milieu du feu le plus meurtrier, et, faisant preuve d'un courage héroïque, brise toute résistance, ravage les deux places et culbute à la mer garnisons, batteries, canons, remparts.
Une plus longue résistance devenait inutile; l'empereur le comprit et signa la paix avec la France, Rengageant à chasser Abd-El-Kader de ses Etats.
En Algérie, de lointaines expéditions à Laghouat, au Djebel-Amour, à Biskra, chez les Flittas, dans l'Aurès, au Dahra, au Hodna, entreprises par les généraux Levasseur, Renault, Tempoure, comte de Bar, Herbillon, avaient été couronnées de succès ; mais, tout-à-coup, un nouveau prophète s'était levé et marchait hardiment contre nous.
Homme intrépide et infatigable, Bou-Maza avait profité de l'éloignement de l'émir pour prêcher la guerre sainte. Son triomphe ne fut pas de longue durée, il tomba entre nos mains, et, peu après, l'émir lui-même, à bout de ressources, traqué de toutes parts, fut chassé du Maroc où il avait cherché un dernier refuge, et refoulé sur nos colonnes à Sidi-Brahim. Le brave de La Moricière l'accueillit en souverain déchu ; il lui promit l'aman (pardon) et le fit embarquer à Oran (25 décembre 1847). Interné à Pau, puis à Amboise, il fut mis en liberté en 1852 par l'empereur Napoléon III.
On était en 1848. Une révolution aussi soudaine qu'imprévue avait retiré leurs commandements à de généreux princes dont les glorieux services ne purent faire pardonner le tort d'appartenir à une famille royale. L'Algérie tout entière fut profondément affectée de leur exil.
Des insurrections partielles, résultant du nouvel état de choses, entravèrent quelque temps les progrès de la colonisation poursuivie avec tant de zèle par l'infatigable maréchal Bugeaud. Ce fut d'abord dans le sud, un cheikh nommé Bou-Zian qui, par son énergique résistance, sous le prétexte de la taxe des palmiers, portée de 25 à 40 centimes, motiva une première expédition contre Zaatcha. Les troupes trop peu nombreuses ayant échoué, les colonels Canrobert, Barrai, Petit et de Lourmel revinrent en force et furent réduits à détruire l'oasis, après un combat terrible où les Arabes se firent tuer jusqu'au dernier.
Peu après, les Kabyles se soulevèrent. Il fallut à l'armée des prodiges de valeur pour atteindre l'ennemi dans les montagnes, et le déloger de villages assis sur des crêtes ou des pics aigus, réputés de tout temps inaccessibles.
La soumission de la Kabylie, dernier épisode important de cette longue guerre, eut lieu en 1871, entre les mains des généraux Lallemand, Lacroix et Cérez; 80,000 fusils et 30 millions en argent furent les conditions de l'aman.
L'Algérie, depuis son annexion à la France, avait été administrée par des gouverneurs militaires; aux noms glorieux que nous avons cités, nous ajouterons ceux des généraux Cavaignac, Changarnier, Marey-Monge, Charon, d'Hautpoul, Randon, Renault, de Martimprey; puis, deux maréchaux : Pélissier, duc de Malakoff, et de Mac-Mahon, duc de Magenta; à l'époque de ce dernier (1866), l'empereur vint pour la seconde fois en Afrique ; il y rendit un décret organisant les municipalités et plaçant la colonie sous le régime civil, avec un député et un sénateur par province. L'amiral Guyedon,
le général Chanzy, MM. Albert Grévy et Tirman forent les derniers gouverneurs civils.
Tel est l'aperçu très sommaire d'une conquête remarquable par la position qu'elle? a faite à la France dans la première moitié du xix e siècle. L'histoire, qui ne peut enregistrer tous les noms de ses glorieux soldats, conservera ceux des illustres capitaines môles à cette lutte héroïque, tout en rendant justice & ces. vaillants princes, qui, au lendemain de notre guerre d'invasion, surent encore, par Tépée de l'un de leurs fils, le chevaleresque duc de Chartes, ajouter à l'œuvre de civilisation si heureusement entreprise par son aïeul, le roi Louis-Philippe, et contribuèrent puissamment à rétablir au profit de l'Europe une colonisation suspendue depuis plus de quatorze siècles.
Ouverture du Congrès. — M. Albert Grévy. — Alger. — La Ville Neuve. — La Ville Arabe. — Le guide Rabah. — La Kasbah. — Le Préfet d'Alger, M. Firbach. — Grande Fête chez le Gouverneur.
Il n'est pas aisé de se caser ici, quand on ne tient pas absolument à profiter de la couchette que la ville a gracieusement mise à notre disposition, au lycée et à la caserne, les hôtels regorgeant de monde.
Quant à moi, je suis assez bien partagé, et les rats circulant toute la nuit dans ma chambre de l'hôtel du.... se sont contentés, en fait de dégâts, de manger les pattes d'un bien joli animal, dont je désirais conserver la dépouille. Du reste, je n'ai pas lieu de me plaindre; je paye ma chambre 4 francs par jour, les insectes compris, mais non les repas.
A trois heures précises, des salves d'artillerie annoncent à la ville l'ouverture de notre session. Cette séance d'inauguration a lieu avec une très grande solennité dans la salle du théâtre.
Le président, M. Chauveau, prononce un long discours d'ouverture. En abusant un peu moins du virus, nul doute que l'orateur n'eût séduit davantage son