‹ Six semaines en Algérie: par le vicompte de PullignyChapitre 26 sur 88 · LE GOUVERNEMENT COLONIAL · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEMENT COLONIAL

subsides pour ses routes, ses barrages, ses reboisements, ses chemins de fer ? les chemins de fer surtout, et Ton ne saurait se faire une idée de la passion avec laquelle ces questions brûlantes sont soulevées en ce moment.

Le grand mot de ralliement estleTrans-Saharien ;hors de là point de salut. Or, sait-on bien en quoi consiste ce projet?

Joindre Oran ou Alger au Niger !

Mettre le Soudan à six jours d'Oran ou huit de Marseille, et tenir ainsi en échec les paquebots de Bordeaux dont le trajet est de neuf jours pour Saint-Louis (Sénégal) séparé lui-même du Niger (Ségou) par une distance de trois cents lieues.

Deux tracés sont en présence : celui d'Alger, dû à M. Duponchel, mesure 2,500 kilomètres ; l'autre, partant d'Oran, présenté par M. Pouyanne, est de 2,363. Longeant la frontière du Maroc, sur une ligne perpendiculaire à la Méditerranée, il gagne El-Outed en Algérie (463 k.),puis Igli, territoire indépendant (300 k.), Timadanim, en plein Sahara (500 k.), et traversant des forêts peuplées d'éléphants, d'antilopes, de gazelles et de girafes, arrive à Bourroum ou à Tombouctou (1,000 k.),

En ajoutant au prix de la voie (105 à 180,000 fr. le k.), celui du matériel roulant (12,000 fr. par k.), on obtient un total de 350 millions pour les 565 lieues de chemin de fer.

Certes, en présence du nombre prodigieux de capitaux engagés annuellçment dans les entreprises industrielles, ce chiffre ne semblerait pas extravagant, si les chances de vitalité, et surtout de trafic de la ligne, répondaient" au prix d'établissement, d'entretien et d'exploitation ; or, d'après les évaluations sommaires, les transactions avec les populations soudaniennes, desservies par cette grande artère (8 à 900,000 habitants),

consisteraient en 400,000 tonnes de dattes, produit de 10 à 12,000 palmiers ; 50,000 tonnes de sel, plus le transport des céréales d'Algérie. Mais les indigènes se prêterontils à ce transit ?

On compte baucoup aussi sur rechange des produits manufacturés de France ; reste à savoir si les nègres du Soudan consentiront, à l'exemple des Japonais, nouvelles couches de l'extrême Orient, à troquer leur costume primitif contre l'habit à la française, ou les stocks fourvoyés de la Belle-Jardinière. Là, est toute la question.

Quoi qu'il en soit, tandis que les colons de l'Ouest se préoccupent d'unir Oran à Tombouctou et de gagner ainsi par terre le Sénégal, ceux de l'Est nourrissent l'espoir de voir enfin se réaliser le projet, élaboré depuis plusieurs années, par le commandant Roudaire. Il semble aisé, sur la carte, de réunir entre eux les chotts de la province de Constantine, pour créer une mer intérieure, faisant suite à la Méditerranée ; en sera-t-il de même à l'exécution ?

On se demande si ces eaux saumâtres seront de nature à fertiliser les sables du Sahara, déjà imprégnés de sel sur une certaine étendue du désert, et si la perspective incertaine d'une modification climatérique, amenée par cette mer, se réalisera, et enfin si le trafic de la ligne sera aussi avantageux que l'affirme le commandant Roudaire ?

Ces deux projets, il faut néanmoins>n convenir, ne manquent pas de grandiose ; si leur exécution répond aux calculs de nos habiles ingénieurs, elle donnera certainement une vive impulsion au commerce et à la colonisation de l'Algérie, tout en protégeant, d'une façon efficace, nos frontières de l'Est et deTOuest.

Pour terminer cet aperçu des grands projets à l'ordre

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