‹ Six semaines en Algérie: par le vicompte de PullignyChapitre 82 sur 88 · VILLE ANCIENNE D'HIPPÔNE · texte numérisé non relu

VILLE ANCIENNE D'HIPPÔNE

Après l'exploitation métallurgique de Mokta-el-Hadid (la montagne de fer), les chênes-liège des versants de l'Edough procurent encore d'importantes ressources au commerce de la ville de Bône.

L'industrie du liège occupe un grand nombre d'ouvriers, car Técorce de l'arbre doit subir plusieurs opérations avant d'atteindre le degré d'élasticité nécessaire à ses applications si diverses.

L'enlèvement de l'écorce ou démasclage se pratique lorsque le chêne atteint l'âge de vingt ans; deux fois encore, à dix ans d'intervalle, on lui fait subir le même travail, et, à la troisième tire seulement, c'est-à-dire à quarante ans, l'arbre donne un produit présentant une valeur marchande. Le liège alors est traité par l'eau bouillante ou exposé au feu, puis dressé sous de fortes presses et classé selon sa valeur (100 et 250 fr. les 100 kilos).

Mais si l'exploitation du chêne est productive au point de vue de l'écorce, elle retire Un grand charme à l'arbre dont le tronc ravagé, noirci, donne à la forêt l'aspect lugubre des bois éprouvés par le feu ; aussi l'artiste en quête de paysages ou de belle nature fera bien d'éviter la pénible ascension des versants de l'Edough.

Notre dernière journée fut consacrée à Hippône. La vieille cité, qui eût longtemps l'honneur d'être la première ville d'Afrique (Hippo Regius), supérieure même à Carthage, ne devait pas résister à la fureur des Vandales; ils la saccagèrent au commencement du v° siècle et les vestiges de palais, d'aqueducs, dethermes, dévoies

romaines sont là pour attester les phases glorieuses de son antique splendeur.

Toutefois, un nom a survécu à tant de ruines... saint Augustin!....

Aujourd'hui que l'Afrique est à même de recevoir enfin l'influence de la civilisation mi-partie latine et chrétienne, représentée au nord par la France et au sud (le Cap) par l'Angleterre biblique, cette grande figure de l'Apôtre est bien faite pour fixer l'attention de tout moraliste et de tout politique.

Doué d'une science immense et d'une éloquence merveilleuse, cet illustre conférencier, intrépide champion de la raison humaine, avait à la fois toutes les séductions de la parole et delà beauté juvénile, jointes à la puissance de la logique nourrie d'une vaste érudition classique, comme l'enchanteur et rebelle Abeylard. Il représentait donc au iv e siècle la civilisation romaine encore puissante et très lettrée, mais plus forte par son administration centralisée que par sa doctrine.

Quel admirable spectacle rétrospectif de la lutte éternelle de la foi et du rationalisme qui se poursuit si vivement encore sous nos yeux dans notre siècle : cet orgueilleux, audacieux et sceptique causeur à la mode, cet épicurien scandaleux comme tant d'homm'es de plaisir égarés, aveuglés même par les passions, est un jour éclairé et se fait chrétien subitement comme saint Paul; ordonné prêtre, il devient l'évêque d'Hippône et, pendant trente-cinq ans, maintient l'Eglise d'Afrique à l'apogée de sa gloire !

Après avoir ajouté l'éclat de la sainteté à celui du génie, saint Augustin meurt au moment même où les Vandales, assiégeant Hyppône, se disposent à détruire de fond en comble une brillante civilisation dont l'apôtre avait été le plus zélé promoteur.

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