CHAPITRE X
Au siècle dernier, les manufactures de toiles de la Russie pourvoyaient une grande partie de l'Orient et même de l'Amérique; aujourd'hui ces fabriques ont été remplacées par les métiers qui tissent le coton, et que l'on voit installés dans les environs de Moscou, de Saint-Pétersbourg, de Vladimir et de Kostroma. Cette industrie représente, à elle seule, le tiers de toute l'industrie russe '.
Les filatures et fabriques de tissus de laine sont installées principalement dans la haute Volga et dans le bassin de l'Oka 2 .
1. Elle représente aujourd'hui un rendement de 290,909,000 roubles, alors qu'elle se chiffrait en 1867 par 72,577,000 roubles.
2. Leur rendement, qui était en 1867 de 15,172,000 roubles, a atteint ces dernières années 70,819 000 roubles. '
SIX SEMAINES EN RUSSIE. t|j
Les établissements de soieries, les draps fins et les étoffes de laine grossière exportées dans l'Asie centrale sont très florissants à Moscou; les matières premières de la soierie viennent du Caucase et de la Géorgie, la Russie en importe aussi de la Chine et du Japon , de Lyon ou de Londres ; les patrons sont presque tous des Lyonnais arrivés pauvres à Moscou et dont plusieurs occupent aujourd'hui 1,000 à 2,000 ouvriers. Les bons tissus sont fabriqués en Pologne et dans les gouvernements de Grodno et de Tchernigov; les étoffes communes sont fabriquées dans la petite Russie et dans les bassins de la moyenne Volga.
Les cuirs russes auxquels le tan, formé d'écorces de bouleaux, donne une odeur particulière et agréable lorsque l'air n'en est pas trop saturé, produisent actuellement pour plus de 40,000,000 de roubles (14,764,000 r. en 1867).
Les alcools, les sucres, représentent aussi des chiffres considérables; le produit du
mi
pétrole, qui n'était, en 1867, que de 999,000 pouds, dépasse aujourd'hui 200,000,000 de pouds ; le naphte a produit, en' 1891, 288,500,000 pouds, soit 48,000,000 de plus qu'en 1890'; les séries mettent en œuvre pour environ 22,000,000 de roubles de bois (9,909,000 r. en 1874); il se fabrique pour 54,220,000 roubles de machines (14,044,000 r. en 1867); les mines produisent 8,118,000 pouds de cuivre
(5 976 000 en 1873); la fonte représente 40,/15,000 pouds (17,553,000 en 1867) -
le fer 22,256,000 pouds (11,840,000 en
18b /) ; la progression de la houille est bien
plus extraordinaire : elle se chiffre par
316,592,000 pouds (26,696,000 en 1867)
En somme, l'industrie russe, qui ne pro-
dwsait^en 1867, que pour 146,033,000 rou-
1. Malheureusement il y a surproduction et une ba.sse de prix qui ne permet plus de couvrir les frais
1 90 à 4 et T k Pa l P ° Ud ' deSCendait ' à ,afi " de «»u, a 4 et 5 kopecks, pour tomber enfin en 1891
au prix de 2 ■/, kopecks. 891
blés, fabrique aujourd'hui pour545,768,000 roubles.
La production de l'or, <[ui était, en 1872, de 2,330 pouds 30 livres, soit 38,178 k «,GI7 au prix de 13 1, 122, 169 fr. (à 3,434 fr. 44 c. le kilogramme), a produit 148,668,884 l'r.
en 1880, et seulement 127,933,748 fr. en
Signalons encore comme une industrie des plus importantes les fabriques de meubles dont plusieurs restaurent le style national russe, l'industrie de la bijouterie et de l'orfèvrerie qui reproduit les bijoux élégants du musée Cimmérien ; la carrosserie, les manufactures d'icônes.
Nous ne nous étendrons pas sur les conditions du travail en Russie, l'enquête si remarquable qui a été faite au début de 1891 par le ministère des affaires étrangères pour tous les pays de l'Europe et des Etats-Unis d'Amérique, reproduit pour la Russie quatre rapports particulièrement intéressants.
Pour l'empire russe en général, l'auteur
du rapport est M. Pingaud, consul de France chargé de la chancellerie de l'ambassade.
Nous y avons lu, exposée en un ordre parfait, une monographie des associations populaires de la Russie, les corporations des artisans et les artèl ' dont le mécanisme nous avait été expliqué par un de nos amis, banquier à Saint-Pétersbourg. Nous avons parcouru avec grand profit les relevés statistiques publiés par les départements du commerce et des manufactures, sur le prix du salaire dans les différentes régions et pour chaque nature d'industrie. Tous les chiffres que nous avons recueillis nousmêmes cadrent assez exactement avec ceux que relate cette étude, si on les considère comme une moyenne.
Le second rapport relatif à la circonscription du consulat général de France à
1. Nous avons adopté cette orthographe où le pluriel u est pas indiqué par la lettre .. Elle nous a ete donnée connue la meilleure figuration de l'orthographe russe.
Moscou, a pour auteur M. Th. Meyer, titulaire de ce consulat général.
Le rapport relatif à la Pologne émane de M. Boyard, consul général de France à Varsovie, qui a traité avec une haute compétence la question des caisses de secours et dressé par industrie le salaire mensuel payé en Pologne comparé à celui de la Russie, d'où il ressort, comme nous l'a fait remarquer notre savant ami, M. Vrotnoski, bâtonnier de l'ordre des avocats de Varsovie, que le salaire mensuel moyen est en Pologne de 17 roubles pour les hommes, 10 pour les femmes, alors qu'il n'est en Russie que de 14,2 pour les hommes et de 8,2 pour les femmes.
Le rapport de M. de Bouteiller, chargé du vice-consulat de France à Helsingfors, rend justice aux qualités d'ordre et de frugalité des Finlandais qui seules les mettent à l'abri de l'extrême misère dans ce pays où le travail est encore à l'état rudimentaire.
Nous aurions volontiers insisté en quel-
ques lignes sur le niveau relativement élevé de l'instruction, comme nous avons pu le constater chez les paysans de Viborg, d'Imatra et des bords du lac Saïma. Sous une apparente résignation on sent en eux des natures énergiques, un peu moins fatalistes, peut-être, que celles des moujiks russes. L'ouvrier russe n'est ni un impatient, ni un indocile, il est intelligent et d'une grande habileté de main pour reproduire les modèles qui lui sont soumis ; nous l'avons trouvé partout très ressemblant au type décrit par les Gogol, les Tourguenev et les Tolstoï ; on ne lit pas dans ses yeux ces airs de désespérance que nous dépeint, sous un coloris si chaud et si attachant, Dostoievskiy ; il paraît très honnête et on peut le qualifier de sobre, à condition de défalquer un jour par semaine qu'il consacre pieusement à l'eau-de-vie de grains.