‹ Six semaines en Russie, sites, moeurs, beaux-arts, industrie, finances, exposition de MoscouChapitre 25 sur 63 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

AGRICULTURE

Avant d'exposer la situation générale de la culture en Russie, il ne nous paraît pas superflu d'anticiper quelque peu sur l'exposé de la situation administrative dans les campagnes et de dire quelques mots du partage des terres tel qu'il s'exécute tous les six ans entre les paysans qui habitent le voisinage de Moscou, par exemple. Ce pays est le pays du mir, ou commune rurale slavonne. Le lot de chaque habitant dans la volosth du général Bogdanovitch ' comporte uns déciatine (un hectare un are); le lot dans la volosth voisine qui appartient au comte Tolstoï est de 3 déciatines.

Il n'y a pas lieu de s'étonner de la diffé-

1. Le général Bogdanovitch attribue à ses paysans 7 roubles pour le travail agricole d'un hectare, et pour les prairies il leur abandonne un tiers de la récolte.

AGRICULTURE

ronce qui existe entre l'importance des lots dans deux territoires si voisins; en effet, lors de l'affranchissement des serfs, sous Alexandre II, la plupart des moujiks entrèrent en possession de la terre cultivée par eux ' ; l'étendue des lots dépend donc à la fois de la superficie totale réservée à l'ensemble de la famille rurale ou volosth et du nombre d'enfants de chaque ménage de moujiks.

Dans un pâturage qui reste en commun,

1 . Un grand personnage de la Russie avec lequel nous avons eu l'occasion de nous entretenir du partage des terres en 1862, nous a raconté que, possesseur de propriétés d'une superficie équivalente à 60,000 hectares dans les provinces de Samara et de Saratov, il avait donné à chacun de ses 20,000 serfs un hectare. Il s'occupe aujourd'hui, en raison de l'extension des familles, de favoriser l'émigration de ses anciens serfs dans la région centrale de la Russie. Le même dignitaire me fit remarquer que, lors de l'émancipation, ce ne furent que les nobles les plus riches qui se dessaisirent de leurs propriétés à titre définitif; les autres munirent leurs anciens serfs d'instruments aratoires et leur souscrivirent des baux présentant de nombreux avantages.

les enfants conduisent chaque matin les troupeaux de vaches et de moutons, et le soir les mères traient et partagent le lait entre tous les habitants.

La volosth est une agglomération d'une douzaine de villages, au chef-lieu duquel réside le maire ou starcMna, qui est aidé pour chacun des villages par un selskli starosta ou ancien, etpour toute la volosth, par un percepteur des contributions et par un gardien du grenier communal.

Chaque réunion de cinq feux nomme un membre du conseil communal dont les attributions consistent à désigner le chef et ses adjoints et de plus à procéder au partage des lots, à répartir les impôts et à contrôler la comptabilité.

Cette organisation, qu'on avait appelée aussi « le socialisme russe », avait fait dire à un ancien ambassadeur de France en Eussie, M. le duc de Morny, « qu'il n'y a pas un pays en Europe plus démocrate que la Russie » ■.

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Cet examen de l'état social de l'empire des Tsars mériterait une étude approfondie et nous ne doutons pas qu'on arriverait à constater qu'il existe dans les campagnes une autonomie relative, « beaucoup d'auto- « rite au sommet de la pyramide; beaucoup « de liberté à la base » , comme disait M. Louis Léger dans une remarquable lettre. Mais abandonnons à d'autres cette étude philosophique et examinons la situation actuelle de l'agriculture dans ce territoire immense.

La Russie a occupé longtemps le premier rang pour les cultures de céréales, qui atteignent dans les années moyennes de 600,000,000 à 700,000,000 d'hectolitres ; elle n'est distancée que par les États-Unis qui dépassent 800,000,000. Si cette culture était faite d'après les nouvelles méthodes, la production de la Russie serait 8 fois plus

importante. Le lin des gouvernements de Pokov, de Smolensk, de Viatka et de quelques provinces du Sud, représente plus de la moitié de la culture de l'Europe'. Les betteraves sont cultivées en Russie (surtout dans la province de Kiev). Le chanvre, la pomme de terre, le tabac, le vin, principalement dans la Bessarabie et la Crimée, représentent aussi des richesses considérables auxquelles il faut joindre une production de bétail qui classe ce pays au premier rang des nations de l'Europe.

1. L'empire russe a produit en 1890 une récolte totale de 8,474,000'pouds de lin et de chanvre, soit 2,279,000 pouds de plus qu'en 1885. D'après un rapport récent de M. le comte de Montebello, ambassadeur de France, nous voyons que le lin provenant des gouvernements de Viatka et de Vologda, vendu à Arkangel, est plus recherché que tout autre, en raison du système de rebut obligatoire qui fait rejeter tout lin mal préparé.

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Les régions productives de la Russie peuvent être classées, suivant la nature de leurs produits, en quatre groupes, aussi nous avons voulu, pour faire ressortir les différences de productions sous les diverses latitudes, établir rénumération des produits de chacune des quatre régions du nord au sud.

Les écarts de température du nord au midi, varient de 70 à 70° centigrades (les 3/4 de l'étape de la glace à l'eau bouillante) ; ces échelles de température, si on les compare aux latitudes correspondantes des autres pays, donnent des résultats absolument surprenants. C'est ainsi que pendant l'expédition de Khiva en 1840, Tchikhatcheff constata à Akboulak, qui est situé sous le paralèlle deNevers, un froid de 47°7' Réaumur; et chaque année on voit geler l'Oxus, qui est situé plus bas que le parallèle dé Florence.

Mli

Du 63° au 51° de latitude.

Cette région, qui comprend à la fois Saint-Pétersbourg, Moscou, Novgorod, les provinces baltiques, la Lithuanie, la Pologne, c'est-à-dire une région fertile et bien arrosée, ressemblant assez à l'Allemagne septentrionale, comporte aussi les provinces de Perm et d'Orembourg qui sont moins favorables à la culture ; c'est la Russie moyenne et une partie de la Russie méridionale, soit 3,000,000 de kilomètres carrés, c'est-à-dire une surface six fois aussi grande que la France. Ou y cultive le seigle et le lin, l'orge et le froment d'hiver (ledianka) qui n'est pas frileux.

On y voit dans le nord le pin et le bouleau, et en descendant vers le sud, on trouve des aulnes, des trembles, puis le chêne qui ne dépassent pas vers le nord la ligne des ouvalli ; et enfin, toujours en descendant, l'orme et le tilleul.

Du 51° au 48° de latitude.

Cette zone comprend : Volynie, Podolie, Kief, Tchernigov, Poltava, Karkov et Varonège, en tout une superficie de 330,000 kilomètres carrés; c'est la région par excellence du froment et des arbres fruitiers, les pommiers et les poiriers, les merisiers et les cormiers ; on n'y rencontre plus les conifères ni les bouleaux. On y cultive l'avoine, l'orge, le millet, le blé sarrasin, le chanvre et le tabac.

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Du 48° au 38° de latitude.

C'est la région du maïs et de la vigne. Elle comprend Iekaterinoslav, Kherson, la Tauride, la Bessarabie, le pays de» Cosaques du Don, ceux de la mer Noire, Saratov et Astrakan. On y rencontre V olivier, le câprier, et en Crimée, le laurier, le figuier et le noyer.

En dessous du 38° de latitude.

La Transcaucasie et l'Arménie produisent l'olivier,

le mûrier et la canne à sucre; aux confins de la Perse on trouve le coton et le riz, le sésame, qui fournit une huile excellente, la garance, le safran, le grenadier, le houblon et Varbouse ou melon d'eau.

Comme ou le voit par l'énumération cidessus, ce sont les céréales qui occupent la place la plus importante dans les produits du sol de la Russie. Aussi, si l'on en excepte des années aussi désastreuses que l'avantdernière campagne, l'exportation joue-t-elle un rôle considérable dans le commerce des céréales. Pour nous rendre compte de cette exportation en général et de la quantité importée en France en particulier, nous sommes

heureux de reproduire des chiffres qui nous ont été spécialement fournis par le ministère des finances, à Saint-Pétersbourg.

L'exportation totale a été :

En 1887. En 1888. En 1889.

393,007,069 548,232,048 466,691,858 et pour la France seulement :

En 1887. En 1888. En 1889.

La spécification de l'exportation pour chaque nature de produits donne les résultats contenus dans le tableau que nous reproduisons à la fin du volume '.

Au point de vue de l'aménagement des cultures et des diverses sources de dépenses et de produits, disons que dans certaines

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