LE DANUBE
frontière qui séparait l'Autriche de la Hongrie.
Un quart d'heure après, nous nous arrêtons à Presbourg, l'ancienne capitale où avait lieu le couronnement des rois de Hongrie. Nous admirons en passant le jardin public, Y Au, situé sur la rive droite et relié à Presbourg par un pont de bateaux.
A partir de ce moment, et peu de temps après avoir laissé sur la gauche Presbourg, les rives s'abaissent subitement et les lointains se fondent dans la brume. Des îles nombreuses et des îlots de sable à Heur d'eau se dessinent çà et là dans le fleuve. De nombreuses compagnies d'oies sauvages s'élancent de tous cotés.... Hélas! mon fusil est à Paris.
Cette trêve du pittoresque nous rappelle que nos estomacs sont très affamés et nous nous attablons en très gracieuse et fort aimable société, entremêlant les mets que nous absorbons avec une conviction féroce, de grandes lampées de vin de Sashégyi et de
propos joyeux avec une famille de Lisbonne qui nous a fait goûter la justesse du couplet des Nouveautés :
Les Portugais sont toujours gais, Qu'il fasse beau, qu'il fasse laid, Les Portugais sont toujours gais.
Fendant qne nous prenions notre pâture, de nouveaux touristes étaient embarqués au village de Gœni/œ-, et je crois, per Bacco! que nous serions encore à table, si la vue de la vieille ville de Comorn n'avait attiré sur la gauche nos regards, avec son pont sur pilotis qui mène de la ville à l'île Elisabeth, et un pont de bateaux qui conduit de cette île à Neu-Szœny. Partout au pied du château à'AU-Szœny, les coteaux sont couverts de vignes que le soleil réchauffe de ses rayons bienfaisants. Nous passons notre après-midi sous la tente dressée sur le pont. Nous voyons successivement défiler à droite la ville de Gran (le Strigonium des Romains etVEsztergam des Hongrois), et plus loin
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les restes du château de Viser/rai où résidèrent, aux abords de l'an mille, et pendant de longues années, les rois de Hongrie. Sur la gauche, encore une ville importante, Waitzen. Un peu avant d'arriver à Buda- Pest, plusieurs plans de collines inégales ferment la rive droite. Le premier plan est déjà dans l'ombre et le second reste éclairé par l'astre qui se couche dans un brouillard strié de rayons d'or. Ces feux du crépuscule éclairent l'autre rive en faisant briller, comme des pierreries enchâssées dans la verdure, les maisonnettes d'un frais vallon.
Une silhouette gigantesque, le Bkcksberg, se dresse à notre droite; puis, pour compléter ce paysage, la forteresse de Bude et le Château royal; à gauche, la ville de Pest avec son parc plein de fraîcheur et ses quais bordés de beaux hôtels. C'est là le centre naturel des échanges avec la Serbie, la Roumanie, la Bulgarie, la Turquie et l'Europe occidentale. Les ouvriers du port déchargent les bateaux; les uns portent de
larges culottes rayées de blanc et de rouge, d'autres des pantalons bouffants, tout ceci pour ne pas ressembler sans doute aux Autrichiens qui ont le pantalon collant, aux débardeurs de Naples qui n'ont qu'une chemise, aux Turcs qui aiment mieux les jupes, ou aux sauvages sans préjugés qui se passent de toute cette draperie superflue. Vous verrez que cinq ans tout au plus après la mort de M. le sénateur Bérenger, — il y aura prescription alors — un savant distinguera les races à leurs diverses façons de porter la culotte et même — j'en frémis !
— à la mode continuée dans certaines peuplades de ne porter ni jupes, ni braies, ni pantalons.
Nous voici au grand hôtel Hungaria, et comme bien l'on pense, nous avons réservé pour le lendemain l'occasion de faire la connaissance de la table d'hôte de l'hôtel, nous promettant de passer cette première soirée dans un des nombreux restaurants-concerts en plein air où la musique endiablée des