CHAPITRE II
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Munich : La Pinacothèque. — Les principaux monuments. -, La Maximilianstrasse. — Lœwenbrâu. — Strasbourg. — Kancy.
Après de nombreux champs tout couverts de pavots aux teintes variées qui agrémentent la route de Buda-Pest à Vienne, nous sentons — est-ce l'effet de ces belles fleurs? — nos yeux s'appesantir et nous prenons un repos qui était vraiment bien mérité.
Arrivés à Vienne, le temps de changer de gare et nous étions installés dans un bon sleeping. A quatre heures du matin, les douaniers bavarois venaient nous réveiller à seule fin sans doute de nous faire contempler le lever du jour dans une vallée tout humide encore de l'orage dont on entendait les derniers grondements se répercutant sur les pics et sur une haute montagne dont la
cime était couverte de neige, le croissant de la lune complétait ce tableau. Je suis resté dans l'admiration de cette vallée poétique jusqu'au moment où notre train s'est arrêté en gare à Munich, où nous avons voulu faire escale pour visiter la Pinacothèque.
L'ancienne Pinacothèque ressemble à un palais romain dans le style de la Renaissance, elle a été construite de 18*26 à 1836 par Klenze.
L'origine des belles collections qui se trouvent dans cette galerie, un a des plus belles de l'Europe, remonte aux acquisitions faites aux xvi e et xvu e siècles par les princes de Bavière, elle s'est accrue pendant la guerre de 1805 des tableaux de la galerie de Diisseldorf, enfin la collection Boisserée y fut ajoutée en 1827, et depuis lors, le roi Louis I er vint encore l'enrichir.
Notons tout de suite que la Pinacothèque renferme 76 tableaux de Rubans. Jamais, ni à Anvers, ni même à l'Ermitage je n'ai
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éprouvé un sentiment si profond d'admiration et d'enthousiasme pour le grand maître anversois, qui occupe là une salle tout entière, la plus belle sans contredit du musée et où se trouvent rassemblés, dans une gracieuse diversité, des œuvres de tous les genres abordés par ce grand maître. La puissance de création et la grandeur de l'interprétation qui nous frappent dans le Christ séparant les élus des damnés nous montrent 1 un des côtés du genre de Eubens. Nous préférons à cette toile gigantesque la richesse des couleurs et l'harmonie de la Guerre et la Paix et le tableau des Sabine* Admirons l'arrangement savant et si distingué de Y Enlèvement de Phœbé et d'Elaire: quel morceau de peinture pourrait être supérieur à ces deux femmes aux cheveux blonds, dont les chairs savoureuses brillent sur les draperies roses et jaunes, et dans le même genre, quelle exécution d'une habileté étourdissante que le tableau où Hélène Fourment est représentée en nymphe
SIX SEMAINES ES RUSSIE. '
et Rubens en satyre. Quelle maestria dans la Chasse au lion ! La Lutte des Amazones figure aussi en cette riche collection. On connaît la légende : « Les amazones habitaient la Scythie, c'étaient des femmes belliqueuses qui, ayant perdu la plupart de leurs maris à la guerre d'Asie, proche le fleuve Thermodon, résolurent de tuer ceux qui leur restaient et de faire elles-mêmes la guerre. La fortune favorisa leur valeur, elles s'emparèrent d'une partie de l'Asie et delà Thrace; elles ravagèrent la Grèce et entrèrent en Europe. Elles furent enfin défaites par les Grecs sur le pont de Troie. Le combat fut très opiniâtre, et bien que la plus grande partie de leur armée eût été taillée en pièces, elles restèrent maîtresses du champ de bataille. » La scène représentée par Rubens est ce dernier combat sur le pont de Troie, où toute une troupe grecque que l'on sent drue et compacte se précipite le javelot à la main, enseignes et étendards déployés, culbutant chevaux et amazones
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dans le fleuve. Le Simoïs, sous les reflets sinistres d'une ville en feu, roule dans ses flots agités tous ces beaux corps aux poitrines gonflées, dont les têtes mourantes vont à la dérive dans le sillage sinistre des longues chevelures qui caressent l'onde écumante , - telle avait dû apparaître vaincue dans la lutte, à son meurtrier Achille saisi d'admiration, la vaillante Penthésilée! — En aucune œuvre, à notre sens, Kubens n'a montré une telle furia et tout à la fois une puissance si grande dans les raccourcis, et un tel diable-au-corps dans toutes ces attitudes mouvantes. La grande admiration que nous professons pour cette œuvre nous a amené à l'analyser avec certains développements. Tous ceux qui aiment avec nous Rubens, ceux qui se plaisent à se promener dans l'aile droite du nouveau musée d'Anvers où se trouve rassemblée l'œuvre tout entière de ce grand coloriste, nous pardonneront, nous n'en doutons pas.
Ce superbe tableau décoratif ne nous
empêche pas d'admirer l'interprétation si belle de Méléagre apportant à Atalante la hure du sans;lier calédonien. Mais il faudrait tout mentionner : Diane endormie, le Repos après la chasse , le Martyre de saint Laurent, le Philosophe Senèque, V Apocalypse, le Christ en croix, le Christ accompagné de Pierre et Jean , les Apôtres Pierre et Paul , Esaii et Jacob , le Dieu Mars , Saint Christofle ; admirons aussi le mouvement et le coloris vibrant de ces grandes scènes tragiques, le Massacre des Innocents et Y Extermination de l'armée de Sennachêrib.
Quel régal de voir à Munich les esquisses de la galerie Médicis de Eubens dont nous possédons à Paris l'exécution définitive. Ces esquisses peintes par le maître ont sans douta servi de modèles aux élèves de Eubens pour l'exécution du Luxembourg? Sans vouloir préjuger de la part qui revient au maître ou à son atelier dans la peinture de cette galerie, il est très intéressant de constater quel-
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ques différences entre les esquisses et l'œuvre que nous possédons aujourd'hui au musée du Louvre. Ces dix-huit esquisses avaient été données par Rubens à l'abbé de Saint- Ambroise, Claude Maugis, trésorier de Marie de Médicis. L'un des croquis, d'une saveur extraordinaire, représentant la Reine reléguée au château de Blois , n'a pas été exécuté '.
Signalons encore de Rubens le portrait de Y Infant Ferdinand, frère de Philippe IV, et un portrait de jeune homme dont l'exécution ne répond pas seulement à une donnée décorative, mais où nous retrouvons bien la physionomie du personnage traitée avec largeur et sans rien de fignolé. L'expression de la tête, l'arrangement des mains et les tons blancs de la colerette auxquels le vêtement noir forme repoussoir sont tout à fait dans k manière des portraits si saisissants