G8 SIXTE-QUINT
servir de ses propres paroles, « la mouclie à côté de Téléphant. » Pour contenir rani1)ition de son allié, il ne pouvait pas recourir aux moyens s])irituels, il ne pouvait pas lancer des excommunications contre Sa Majesté Catholique, afin de Tempecher de résoudre à sa nianièrela question de succession, puisqu'il s'était engagé d'avance à accepter comme roi de France tout candidat favorisé par Philippe. Il avait dû prendre cet engagement, parce qu'à cette époque c'était un puissant moyen pour obtenir l'intervention active, efficace et prompte de l'Espagne. Cela ressort, nous l'avons dit, de la situation et des documents dont nous avons fait connaître les passages essentiels. « Le pape, dit Badoer, compte se dégager après coup. Je crains fort qu'il ne se trompe s'il fait la ligue avec l'Espagne. » Les instructions secrètes du roi à Mendoza et à Ta sis, les événements postérieurs laissent entrevoir les conséquences éventuelles d'une victoire définitive de Philippe et du souverain pontife. Quelle aurait été alors la face de l'Europe ? L'Espagne, directement ou indirectement, un peu partout, sans contredit la puissance prépondérante ; sa domination impatiemment supportée, et tôt ou tard secouée; la papauté abaissée; Rome moralement transférée à Madrid, la religion catholique confondue avec Vespagnolisme et courant le plus grand risque d'être entraniée dans une ruine commune, le jour où l'Espagne succomberait sous les coups de l'Europe coalisée; le peuple français pour longtemps condamné, avant de se refaire, avant de se fondre dans la grande et noble nation qu'il est, à des convulsions affreuses, peut-être à des siècles de luttes, de
catastrophes, de sang et de larmes. Tel est le sombre tableau qui se déroule devant notre imagination. Ifcureusenient ces épreuves ont été épargnées à l'Europe. Ces éventualités ne se sont pas réalisées. Ce sont des fantômes qui échappent à l'examen de Thistorien et du politique.
Mais ce qu'il est permis d'affirmer, c'est que Sixte- Quint a préservé la France de maux incalculables, qu'il a bien mérité de l'Église et de l'humanité.