VINCENZO GRADENIGO AU DOGE
Saragossc, 2 mai 1585.
(Mort de Grégoire XIII. — Nécessité pour Philippe II d'intervenir
dans les affaires de France.)
La nouvelle de la mort du pape (Grégoire XIII) a été reçue par le roi le 2 i du mois dernier, et, dès le 27, il a fait expédier un courrier pour Borne. Si celuici arrive à temps, on attribue au cardinal San Giorgio beaucoup de chances, car il est particulièrement dési- II. • ^^
gnc par les Espagnols et désiré par les ministres. Et, en effet, en tant qu'il s'agira de faire la volonté du roi, il ne sera pas inférieur au pape décédé. Si le cardinal d'Esté se trouve au conclave, San Giorgio ne sera guère élu, mais on pense qu'alors le cardinal délia Torre pouvait réussir. . .
Bien des personnes croient que ce que je vous ai écrit le 2 du mois dernier est vrai relativement à un arrangement intervenu avec le duc de Savoie, le roi jugeant le temps opportun; et, en effet, quand on considère le jeune âge du prince héritier (Philippe III), qui vient seulement d'accomplir sa septième année, on voit clairement que, si ce roi mourait, tous ses États, et non seulement l'Italie et les Flandres, mais même l'Espagne, ayant pour voisins un roi huguenot, celui de Navarre, et le roi de France, seraient exposés aux plus manifestes périls. Afin d'assurer à son fils la tranquille possession du trône, le roi, selon l'opinion de certaines personnes, ne peut pas ne pas chercher que le royaume de France soit remis entre les mains d'un catholique son confident, ou, si cela était impossible, qu'il soit démembré et parta^a», et par conséquent rendu moins formidable que s'il restait uni et tombait entre les mains du roi de Navarre. Temporiser et ajourner est censé impossible. Cette importante conception doit être promptement mise à exécution ; c^r le roi est vieux et le roi de France en si mauvaise condition, qu'il ne vivra pas longtemps; par conséquent, le roi (Philippe II), prétextant les intérêts religieux, ne veut pas perdre une si bonne occasion. Et il n'y a personne ici qui mette en doute les pensées
de Sa Majesté ; car, en France, Guise a poussé les choses si avant, qu'on aperçoit dans le bois beaucoup de liimée, ce qui fait qu'on doit s'attendre à un grand incendie.
Ârcli. Ven. Disp. Spagna. fil. 18.