‹ Sixte-Quint, d'apres des correspondances diplomatiques ineditesChapitre 27 sur 67 · LORERZO PfilUU AU DOGE · texte numérisé non relu

LORERZO PfilUU AU DOGE

Rome, 1-4 décembre 1385.

(Le calendrier gr^oricn.)

En approchant le pape dans ma dernière audience, je lui ni adressé mes félicitations à l'occasion de son anniversaire, car il est entré dans sa soixante-cinquième année. Il m'a répondu en riant qu'il n'en était pas là, puisqu'il lui manquait encore dix jours. Ensuite il se mit à discourir sur les changements introduits dans le calendrier par le pape Grégoire. 11 combattit cette innovation, en alléguant Tautorité du concile, de quelques souverains pontifes, et de saint Ambroise, ainsi que des raisons tirées des mathématiques, en se plaignant de la confusion qui en était résultée en Grèce et en Allemagne, avec peu d'honneur pour la papîiuté.

(( Saint-Père, lui ai-je dit, celte affaire est entre vos mai lis et il vous sera facile d'y remédier. — Nous le ferions volontiers, repli qua-t-il, et nous l'aurions peutêtre déjà fait en remettant les choses dans l'état antérieur ; mais nous craignons de donner à jaser aux hérétiques et de diminuer l'autorité des pontifes,

quoique cela ne soit pas grand'chose qu'un pape se trompe en matière qui ne regarde pas la foi. — C'est une grande considération, ai-je répondu, Saint-Père ; mais grande aussi est la force de la vérité, outre qu'il serait préjudiciable à l'autorité des pontifes que quelqu'un publiât un livre contenant contre le nouveau calendrier les observations que Votre Sainteté vient de me faire. Car, si, en ce cas, le pape ne supprime pas ces innovations, il paraîtrait obstiné, et s'il les supprime, il le fera avec une grande perte de réputation, puisqu'il n'aura pas agi de son propre mouvement. — C'est vrai, répliqua le pape, mais il est vrai aussi qu'en supprimant le nouveau calendrier, nous risquons de perdre notre réputation. — Enfin, ai-je dit, Notre-Seigneur Dieu inspirera à Votre Sainteté quelque bonne résolution. » Ici se termina cette conversation, qui m'a paru digne d'être portée à la connaissance de Votre Sérénité à cause de Tintérèt que cette question a pour les Grecs, et il ne me parait pas impossible de vaincre la résistance du pape par une nouvelle démarche...

Arch. Von. Disp. Borna, fil. 19.

lU. GIOVANNI GRITTI AU DOGE.

Rome, ti mai 1580.

(Aflaire-^ d Oiienl.)

J\')i donné à Sa Sainteté les nouvelles de Constantinople en date du 10 avril, reçues par vos lettres du 17 du présent mois. Après m'avoir écouté attentivement, comme Elle le fait toujours, Sa Sainteté uic

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demanda si Bagdad était aux Turcs. Et comme je répondais que oui, et que cette ville avait été prise déjà en 1555 par le sultan Souléman, le pape dit : « Nous n'aurions pas pensé que les confins de rempire turc s'étendissent aussi loin, Babylone étant située sur TEuphrate. — C'est ainsi, ai-je répondu, Saint-Père. » Il ajouta ensuite : « Tant que les Persans espéreront prendre le fort et que les Turcs le défendront, ils ne feront ni trêve ni paix entre eux... Que Dieu veuille terrasser ce cruel ennemi de son nom (le sultan). Alexandre le Grand, Xerxès, les Romains sont tombés; son tour aussi viendra. Nous voudrions voir quelque chose pendant que nous sommes en vie, et pour faire quelque entreprise, ce n'est pas le courage qui nous fait défaut. Ce n'est pas là la difficuUé.' Le difficile, c'est de conserver. Les Espagnols ont conquis le... ? qui est à la portée de la main, et (pi'il iuiportait tant de garder dans l'inlérét de la navigation, constamment menacée, et les Turcs l'ont recouvré. Charles-Quint a pris la Goulctte àg^'^^^nds frais et en courant de grands risques, et, (juelques années après, les Espagnols se l'ont laissé enlever misérablement. Le roi Sébastien de Portugal a fait l'entreprise d'Afrique, et il y est mort après avoir épuisé ses forces et ses sujets* L'Évangile nous enseigne de bien réfléchir à ce que nous faisons quand il dit : Pr'ins sedens cogitât^ si possit cum decem millibus occurrere ei qui cum vUjinti millibus venif ad se. » Et il répéta les mots prius sedens cogitât^.

] . Voicij pour plus de clarté, le passage entier de l'Évangile : Aut

J'ai répondu que Sa Sainteté jugeait toutes choses avec sagesse, et je L'ai louée ainsi toutes les fois que cela m'a paru convenable. J'ai cru devoir rendre compte à Votre Sérénité de cette conversation, parce que j'avais appris que le pape, tenté par le présent état des choses en Turquie, avait ces jours derniers saisi la Consulte de la question de savoir si on devait faire quelque entreprise de ce côté-là. Le langage qu'il m'a tenu me semble indiquer clairement quel a été le résultat de ces délibérations...

Arch. Ven. Disp. Roma.

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