GIOVANNI GRITTI AU DOGE
Rome, 21 mare 1587.
(Le pape défend la course coutre les bâtiments turcs.)
... Sa Sainteté m'a dit qu'Elle a été. si occupée des mesures à prendre contre les bandits, qu'il Lui a été impossible de S'occuper d'autres choses; mais que dès qu'Elle aurait donné les ordres nécessaires contre ces malfaiteurs, Elle S'occuperait de l'affaire do Malte. A ce sujet. Elle espérait voir aujourd'hui même le cardinal Rusticucci, pour le charger de rédiger l'ordonnance qui devra régler les caravanes des Maltais. Il leur sera permis de donner la chasse aux galères et fustes des corsaires et aux bâtiments des infidèles se rendant de Constantinople à Alexandrie et Heyrouth,
quiê rcx ilurwt commitlcre hcllum adversus alium regnn^ non aedcns prius cogitât ai posait cum dtcem milllhus occwTcre ei qui cum viginti millibu» venitadse* S. Luc. xiv, 51.
et de Beyrouth à Alexandrie, a Mais partout ailleurs, ajouta le pape, nous ne voulons en aucune façon autoriser la course ni contre les infidèles et les juifs, ni contre les bâtiments chrétiens, parce que, en dehors d'autres raisons, un évêque de Sardaigne, qui a été à Alger pour racheter des esclaves, nous assure que les Turcs, loin d'incommoder les chrétiens qui naviguent dans les eaux de Barbarie, les traitent on ne peut mieux. Les chrétiens ne doivent pas faire pis que les infidèles. Les préceptes de la religion, la justice et les raisons d'Etat s'y opposent également. Lorsque l'ambassadeur de Savoie a fiait, dans ce sens, une démarche envers nous, » — conforme à celle que Votre Sérénité m'écrit avoir été faite au collège, — « il a dit que notre résolution, à ce qu'il avait appris, était le résultat des instances du gouvernement vénitien. Mais nous lui avons répondu que ce que nous faisons, nous le faisons de notre propre mouvement, sans l'instigation de personne, et pour raccomplissement de nos devoirs. Si nous nous étions décidé à en agir ainsi à la suite des prières d'autrui, ce serait surtout en obtempérant à celles de nos sujets qui souffrent constamment (que nous défendrions les caravanes de l'ordre de Malte). »
Arch. Yen. Disp. Roma. fil. 21.