‹ Sixte-Quint, d'apres des correspondances diplomatiques ineditesChapitre 38 sur 67 · HIERONIMO LIPPOMANO AU DOGE · texte numérisé non relu

HIERONIMO LIPPOMANO AU DOGE

Madrid, 11 octobre 1586.

(Cambattadeur d'Espagne à Paris compromis dans une conspiration contre la vie de la reine Elisabeth.)

... On suppose qu'au printemps prochain Occhiali s'unira avec quarante ou cinquante galères à la flotte du roi d'Alger, dans le but de provoquer en Afrique quelque mouvement de nature à inquiéter l'Espagne et à l'empêcher d'exécuter le projet que Sa Majesté Catholique semble avoir conçu contre cette reine (Elisabeth). On est d'ailleurs persuadé que cette princesse, .effrayée par la conspiration qui a été découverte contre ses jours, — Votre Sérénité aura appris avant moi qu'un prêtre nommé Ballare et quelques nobles du royaume devaient lui tirer des coups d*arquebuse le jour de la Saint-Barthélémy, — on est persuadé que la reine, effrayée et plus courroucée que jamais, pour des raisons que je vais faire connaître, fera tout ce qui dépendra d'elle pour mettre tout ce royaume en trouble et confusion. D'après ce qu'on me dit, le chef et auteur de cette conjuration a été Don Bernardine de Mendoza, ambassadeur catholique en France. C'est d'intelligence avec les Guises qu'il a fait tenter le coup. La reine a réuni le Parlement pour lui rendre compte de cet événement et discuter avec lui les me-*

sures à prendre contre la reine d'Ecosse^ laquelle, d'après les dépositions de deux secrétaires écossais et d'autres de ses serviteurs emprisonnés, est complice de Tattcntat ou du moins gravement compromise. La reine d'Angleterre a donc prié tous ces seigneurs du Parlement de l'aider et défendre dans l'intérêt de la sécurité de sa vie et de la conservation de ce royaume. Une guerre acharnée entre elle et ce jroi sérénissime (Philippe n) est fort probable. On prétend que le Roi Très Chrétien demandera à cette Majesté (Philippe II) le rappel de son ambassadeur, par la raison qu'il ne lui plaît pas de voir auprès de sa personne un homme qui conspire contre les jours des princes, et ne laisse pas passer un jour sans exciter ses sujets à la rébellion. M. de l'Ongle, son gentilhomme, qui réside ici, s'exprime fort librement dans ce sens. Il m'a confié qu'à l'égard de Tentreprise contre TAngleterre, Sa Majesté Très Chrétienne a répondu au ministre d'Espagne qu'Elle n'était pas à même d'intervenir dans cette affaire, ni d'empêcher Ses sujets de prendre parti selon leurs commodités pour l'un ou l'autre des belligérants...

Aitih. Ven. Disp. Spagna, fil. 19.

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