‹ Sixte-Quint, d'apres des correspondances diplomatiques ineditesChapitre 39 sur 67 · GIOVANNI GRITTI AU DOGE · texte numérisé non relu

GIOVANNI GRITTI AU DOGE

Rome, 13 septembre 1586.

(Propos du pape sur la France et sur Paul lY.)

Dans mon audience d'hier, j'ai causé avec Sa Sainteté de l'état satisfaisant de Sa santé et de la rue

qu'EIle fait tracer pour mettre en communication le Monte Cavallo avec le Vatican. Le pape me parla ensuite « des ambassadeurs de France, et de Thonneur qu'il leur avait fait en les engageant à faire leur entrée solennelle le jour où l'aiguille a été érigée sur la place de Saint-Pierre. Il avait Tair d'être fort content. A cette occasion, il s'étendit sur le triste état où, à sa grande douleur, se trouvait le royaume de France. Il déplorait ces malheurs, d'abord parce que les Rois Très Chrétiens avaient toujours protégé l'Église, et aussi parce que ces calamités dataient de Tintervention du roi Henri (II) qui, pour complaire à Paul IV et sur sa demande, avait, sous le commandement de Mgr de Guise, envoyé une armée en Italie. C'était faire la guerre à l'Espagne. Par suite de cette entreprise, il a non seulement essuyé la défaite de Saint- Quentin, mais aussi perdu Sienne 'et le Piémont erl Italie, et en Picardie et en Flandre beaucoup de places qu'il avait, avant la guerre, possédées paisiblement. Et qui pis est, il fut tué dans des fêtes de noces alors célébrées. De là viennent tous les malheurs de la France. »

Sa Sainteté blâma les pontifes qui troublaient la paix de la chrétienté, notamment le susdit pape Paul IV « qui avait commis cette faute à l'âge de quatre-vingtdeux ans, et sans avoir préalablement ramassé l'argent nécessaire, qui est le nerf de la guerre. S'il n'avait eu que cinquante ou soixante ans, il aurait pu suffire à la peine ; mais à un âge si avancé et sans argent, comment pouvait-il réussir ! Comment s'étonner que l'entreprise ait fini comme nous savons, qu'après n ^

sa mort son corps ait été insulté» que ses neveux aient été étranglés et que toute sa famille se soit éteinte en fort peu de temps ? »

Sa Sainteté m'assura avoir dit aux ambassadeurs de France que leur roi avait les plus grandes obligations à Votre Sérénité, parce que, à l'époque du bruit et des désagréments causés par l'expulsion de M. de Pisany, la Seigneurie était très chaleureusement intervenue à Rome en faveur du Roi Très Chrétien et plus encore en faveur dudit marquis de Pisany, qui alors se trouvait encore ici.

« Nous avons, ajouta Sa Sainteté, engagé les ambas* sadeurs (Pisany et Luxembourg) à faire connaître ce fait à leur souverain et à lui dire que la Seigneurie lui est fort dévouée et a toujours agi pour le bien de cette couronne. »

« On voit bien, Saint-Père, ai-je dit, l'affection que Votre Sainteté porte à la République, puisque non seulement Elle lui est favorable, mais qu'Elle tâche aussi de la mettre dans les bonnes grâces des autres princes, ce qui est, non seulement faveur, mais abondance et plénitude de grâces... »

Arch. Yen. Disp. Roma.

Page 1