‹ Sixte-Quint, d'apres des correspondances diplomatiques ineditesChapitre 54 sur 67 · GIOVANNI GRITTI AU DOGE · texte numérisé non relu

GIOVANNI GRITTI AU DOGE

Rome, 15 octobre 1588.

( DifTércnds cotre Fcrrarc et Mantoue. — Propos du pape sur

la bataille de Lépante.)

Conformément aux ordres que Votre Sérénité m'a transmis à la date du 10, j'ai exposé au pontife les démêlés survenus entre les seigneurs ducs de Ferrare

et de Mantoue, les inconvénients et troubles qui pouvaient en naître, non seulement dans les Ëtats de ces princes, mais dans toute l'Italie; enfin le déplaisir que cet état de choses causait à Votre Sérénité, animée d'une égale bienveillance pour Tun et l'autre de ces ducs, et désirant vivement, dans l'intérêt de l'Italie, que ces différends fussent promptement conciliés...

Le pontife, qui m'avait écouté avec une attention soutenue, répondit que : « Non seulement je devais remercier Votre Sérénité de cette communication, mais aussi Lui dire qu'il appréciait Son zèle et Sa sollicitude pour la paix de l'Italie, qu'en ceci Elle agissait en bon prince et, à l'égard des deux ducs, en ami et père affectueux... Les ambassadeurs de Ferrare et de Mantoue, continua le Saint-Père, nous ont fait parler de ces difficultés, et nous n'avons pas manqué cette occasion de faire office de pape. Nous avons adressé au duc de Mantoue des conseils en rapport avec sa jeunesse et avec sa personne, en le mettant en garde contre les insinuations qu'on lui fait, et en l'exhortant à ne pas se fier au premier venu. Au duc de Ferrare nous avons fait dire qu'à son âge et avec ses cheveux blancs il ne convenait pas d'être si susceptible pour de petites causes de mécontentement... Enfin les deux princes s'en sont remis à l'arbitrage du grand-duc, qui, conformément à nos exhortations, les a réconciliés. »

... (( Comme l'État de la Seigneurie (disait le pape) est si exposé de la part du Turc, nous ne lui conseillerons jamais d'entrer en ligue (avec d'autres princes chrétiens), ni d'en faire une. Elle pourra bien aider en secret ceux qui font la guerre aux infidèles, et alors

il faudra donner ces secours sans que les Turcs s'en aperçoivent. En 70 (1570), Giovanni Andréa (Doria) n'arriva dans le Levant avec ses renforts qu'en octobre, lorsqu'il était trop tard pour rien entreprendre. C'est à cette même époque, c'est-à-dire en octobre 70, que Don Juan (d'Autriche) y est arrivé, et à peine arrivé, il y eut entre lui et le général de la Seigneurie des difficultés qui ont fait craindre que les flottes chrétiennes ne se battissent entre elles. Les Turcs, contrairement à toute raison, sont sortis du golfe de Lépante pour livrer bataille sans la moindre chance de succès. Si la victoire a été remportée par les chrétiens, c'a été l'œuvre de Dieu et non des hommes. Giovanni Andréa (Doria) a même laissé Occhiali s'échapper avec son escadre. En 72, on a envoyé à Messine pour accélérer le départ de Don Juan (d'Autriche) et il n'a pas voulu aller dans le Levant. A la suite (de ce refus) la flotte s'y est rendue sans Don Juan, et a dû retourner à Corfou pour le joindre, et voilà les effets et les fruits des ligues. »

Ârch. Ven. Disp. Roma. fil. 22.

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