‹ Sixte-Quint (volume 2)Chapitre 16 sur 41 · HIERONIMO UPPOMANO AU DOGE · texte numérisé non relu

HIERONIMO UPPOMANO AU DOGE

Madrid, 3 décembre 15S6.

(Armements de Philippe U contre l'AngleteiTe.)

J'ai, diverses fois, entretenu Votre Sérénité de la manière dont le roi et ses plus intimes conseillers d'État, et surtout ceux de la guerre, se sont exprimés sur la guerre contre la reine d'Angleterre et sur 1^8 difficultés et obstacles à ^carter.

mauvaise saison, ce qui a servi d* enseignement au monde et démontré que le succès de semblables entreprises dépend en grande partie de la saison...

Si l'ouverture de la campagne était réellement fixée au mois d'avril, il faudrait, outre les bâtiments, faire s'acheminer, dès à présent, pour le rendez-vous qui est Lisbonne, les soldats italiens et allemands dont seulement quelques compagnies, levées en Bavière, sont arrivées en Flandre. Il faut aussi mettre en ligne de compte les pertes qu'on a faites par les maladies qui atteignent surtout les jeunes soldats quand ils passent l'hiver sur les bords de la mer, ou parce que, aux bivouacs, ils sont privés de sommeil et n'ont qu'une nourriture insuffisante. Il pourrait alors bien arriver qu'au lieu de débarquer en Angleterre avec 50,000 hommes , le nombre en fût bien moins considérable. Pour faire face à toutes les exigences, il faudrait une activité extraordinaire et les Espagnols en sont complètement incapables...

Le roi s'est montré jusqu'ici, — toujours selon mon interlocuteur, — décidément paciQque, mais aujourd'hui, il se voit obligé d opposer des contre- mines aux mines de la reine d'Angleterre...

Ce que le roi pourrait faire de mieux, ce serait de débarquer en Irlande ; mais pour tenter le coup, il faudrait de grandes forces, car la reine sait très-bien que l'Irlande est la porte d'entrée de son royaume...

Selon le conseil de feu le cardinal de Granvelle, le roi devrait diriger iMte ses forces contre la Hollande et la Zélande, a6n iIReconquérir ces provinces, dont

la possession faciliterait grandement l'entreprise contre TAnglelerre.

Mon interlocuteur suppose que les armements qui se font en ce moment ont pour but : d'abord de donner satisfaction au monde et aux sujets du roi, en faisant constater sa résolution de ne plus tolérer les agressions decette reine, et ensuite de déterminer les députés des Certes de Caslilleetdu clergé à déférer à ses demandes, sinon à toutes du moins à unegrande partie ; de plus, de contenir les Portugais par la peur, et, au moyen de garnisons qui se trouvent en Portugal, de leur ôter toute envie de tenter des insurrections, d'autant plus que ces peuples (les Portugais) sont aujourd'hui plus hostiles à la domination espagnole qu'ils ne Pont été au moment de la conquête ; enfin de protéger la flotte du Pérou et les ports de l'Espagne contre les corsaires anglais et d'obliger la reine à armer de son côté et de pourvoir à grands frais à la défense de son royaume. Le roi espère que ladite reine, voyant que la dépense des armements dépasse de beaucoup la valeur du butin capturé par ses corsaires, finira par se fatiguer et par prêter la main à un accommodement utile et honorable pour Sa Majesté catholique. Si ces prévisions se réalisent, le roi aura obtenu, par sa prudence, sans effusion de sang et sans avoir tiré l'épée, une grande et notable victoire et c'est à quoi il vise*, étant déjà vieux et ayant un fils qui est encore un enfant, et qu'il ne voudrait pas laisser exposé aux hasards d'une guerre aussi aventureuse, ni aux mauvaises conséquences qui pourraient en résulter.

* Voy. sur les hésitations de Philippe H» tom. I, p. 378

El là-dessQS me quitta le chevalier en question, qui est fort estimé de toute la cour, de grande valeur et de grande prudence, et qui , autrefois, a été employé dans des affaires d'État de la plus haute importance...

Arch. Yen. Disp. Spagna. fil. 19.

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