GIOVANNI GRITTI AU DOGE Rome, 30 kcptembre
(Le secret mal gardé à Veoise.)
L'importance des matières que je traiterai dans la présente lettre, et les égards dus à Sa Sainteté m'obligent de prier Votre Sérénité de vouloir bien, dans Son propre intérêt, garder le secret le plus absolu sur ce que j'aurai l'honneur de Lui mander. Quoique la prudence de Vos Seigneuries excellentissimes rende celte observation superflue , néanmoins , je dois dire sans pouvoir indiquer la source de ces indiscrétions, que, non-seulement les délibérations de cet excellentissime Sénat, mais aussi les parties essentielles, et je dirai même les paroles textuelles de mes rapports sont transmises ici. C'est évidemment par le fait d'une personne assez perverse pour choisir ce moyen, afin de se mettre dans les bonnes grâces de celte cour. Ce serait dans lous les temps pour moi un devoir d'en
492 SIXTE-QUIKT.
défaut ; car il peuL faire valoir ses droits sur Smolensk, ville forte située sur les confins, qui, autrefois sa propriété, est aujourd'hui occupée par les Moscovites. On soutient qu'il serait extrêmement difGcile, sinon impossible, d'attaquer les Turcs du côté de la Hongrie, à cause des nombreuses et importantes forteresses qu'ils y possèdent. Mais, si le roi de Pologne est maître de la Moscovie, il lui sera facile d'entrer par cette porte dans les domaines du sultan. Appuyé par les grandes hordes des Tartares, tributaires du duché de Moscovie et ennemis naturels des Turcs, il pourra, sans grand péril, attaquer ceux-ci, d'autant plus qu'ils manquent dans ces contrées de forteresses et d'autres moyens de résistance. C'est donc en faveur de cette entreprise, et pour assaillir le sultan sur un point vulnérable, qu'on demande au Saint*Siège des secours d'argent. Comme Tambassadeur de Pologne qui a été ici n'a pas touché cette matière, on a envoyé le P. Possevin , appelé, d'ailleurs, d'après ce qu'il dit, par le Saint-Père lui-même, qui désirait s'entretenir avec lui de cette entreprise...
Ârch. Yen. Disp. Roma.