ALBERTO BADOCR AU DOGE
Rome, 17 mars 1590.
[Le cardinal Morosini réconcilié avec le pape.)
Mercredi, au consistoire, l'illustrissime seigneur cardinal Morosini, a, d'ordre de Notre Seigneur, donne une relation de sa légation en France qui a été nlrt louée par les cardinaux et qui lui vaut un notable accroissement de réputation. Le pontife lui-même en a fait grand éloge et adressé ensuite au cardinal, en le recevant en parliculier, des paroles fort gracieuses : Il l'aimait, il appréciait sa valeur, et si les événements de France avaient été pour le légat une cause de troubles et de travail, ce n'était pas sa faute, mais celle des circonstances, car ces mômes événements auraient pu tout aussi bien arriver à une autre époque
d'Angleterre et devait traiter très-rranchement avec Sa Béatitude. En attendant, la reine, qui, jusqu'ici, s'intituhtit caput eccleiiaR afiglicanie ou pontifex, aurait déposé ce titre et défendu qu'il lui fût donné désormais en aucun éerit soit public, soit particulier. Ce point, ajouta Sa Sainteté, sera cclairci sur les lieux, et si l'homme en a menti, il aura la tête tranchée. Quant à présent, on le surveillera, et, comme il est catholique et qu'il a reçu la semaine dernirre le Saint- Sacrement, on aime à espérer de nouveau que la reine se convertira. Cependant, il y a des personnes qui pensent que tout ceci se dit seulement pour encourager le susdit gentilhomme anglaisa venir à Rome, et on suppose que le véritable but de son voyage serait d'entamer des négociations avec le roi catholique...
Ârcb. Ven. Disp. Roma. fil. 24.
44. ÉDIT POKTAm' DÉFENSE AUX PRÉDICATEURS DE TRAFTER DANS LEURS SERMONS DE SUJETS POUTIQUES
(Annexe au rapport d'Alberto Badoer au doge. Rome, 23 juin 1590.)
HUlfonmus^ Miseratione divina Tituli S. Susannx S. R. E. Presbyter cardinalù Rusticiicius. S. D. N. Papx ticarius generalisy Ronianxque curix Index ordhiarim. Bien que, comme dit le prophète David, les raisonnements sur les affaires de Dieu doivent être châtiés ; bien que, selon la doctrine du glorieux apôtre saint Paul ils ne doivent pas être entachés de vanité humaine, attendu qu'il ne convient pas d'y entremêler
t.ft
d'avoir répandu les susdits bruits et nouvelles, il naît des désordres ou des rixes entre eux ou d'autres, ils seront véritablement châtiés et punis comme 3'ils avaient commis le plus grand délit.
Le présent édit ou les copies qui en seront affichées aux lieux habituek auront la même valeur que s'ils avaient été personnellement intimés. En foi de quoi, etc. Donné dans le palais de notre résidence feabituelle, Iel6juinl590.
Petrus Antonius Episcopus Avellinen. Vicegerens.
Rome, chez Paolo Blado, imprimeur de la Chambre. MDXC.
Arch. Ven. Disp. Roma. fil. 24.
nX DU TO¥E DEDXli^.ltE.
Mayenne, quoique ce dernier lui répugne, il ne fera aucune objection. Tout roi lui est bon, pourvu qu'il soit catholique et il se dit à lui-même : Pendant que nous négocions ici, Henri aura pris Paris, se sera fait catholique et aura été proclamé roi de France.
En passant au mode d'élection, il soutient qu'il n'appartient pas à la nation française, que c'est au pape de choisir le roi, ainsi que cela s'est passé deux fois à l'époque de Pépin et de Hugues Capet. Cette •prétention n'était pas sérieuse, mais elle faisait gagner du temps.
A la fin, malgré les remontrances des ambassadeurs qui insistaient pour qu'il exécutât purement et simplement les propositions du 16 décembre, il fut convenu que deux cardinaux seraient délégués par Sa Sainteté pour concerter avec les représentants de Philippe le texte de la capitulation.
L'audience avait duré plusieurs heures, et les ambassadeurs accablés sous ce flux de paroles, et fort en peine d'en démêler le sens, se retirèrent avec l'impression que Sixte-Quint ne songeait réellement qu'à temporiser et h se dégager. La troisième audience qu'ils eurent, le 30 juin, les confirma dans cette opinion. De son côté, le pape avait dit à Graziosi, agent du duc d'Urbin qui s'empressa de rapporter ce propos aux ambassadeurs d'Espagne, que les desseins de Philippe et de Mayenne n'étaient pas pour lui un mystère : c'était le démembrement de la France.
Pendant que Sessa s'étudiait à imprimer dans l'esprit du Saint-Père la nécessité de remplir ses engagements, un courrier vint lui apporter, avec une lettre
cours auprès de Votre Sainteté comme auprès d'un père aimé et respecté; parce que, en bon fils, je Lui rappelle les obligations du Saint-Siège! Par la miséricorde de Dieu, oùavez-vous trouvé dans tout le cours de ma vie, des motifs de penser de moi ce que vous me dites qu'on pense sur mon compte, et de quel droit me récrivez-vous ? Dieu et tout le monde connaissent ma vénération pour le Saint-Siège, et rien ne m'en fera jamais dévier, pas même Votre Sainteté par le grand tort qu'Elle me fait en m'écrivant des choses semblables. Mais plus mon dévouement est grand, moins je consentirai à ce que vous manquiez aux devoirs envers l'Église et envers Dieu qui vous a donné les moyens nécessaires d'agir, et au risque d'importuner Votre Sainteté et de Lui déplaire, j'insisterai pour qu'Elle mette la main à l'œuvre. . . D'ailleurs, quoi qu'il arrive, je compte sur la divine protection qui m'éclairera et dirigera mes pas^ et au demeurant je m'en remets à ce que le duc de Sessa dira à Votre Sainteté. » Sixte-Quint ne voulait pas pousser les choses à Textrème. Il tenait à se montrer coulant. Il ne revit donc plus le duc de Luxembourg, mais il continua à recevoir Mgr Séraphin, Tâme, comme disait le diplomate espagnol , de la cabale béarnaise. Le patriarche d'Alexandrie, le frère du légat Gaëtani, les deux moines qui avaient prêché pour la Ligue, furent relâchés, et le cardinal d'Aragon, qui s'était réconcilié avec Olivarès, et le cardinal Santa-Severina, également de la faction espagnole, chargés de la mission de traiter avec les ambassadeurs. On se réunit aussitôt; les séances se succt'^dèrent rapidement, et le 19 juillet