FlUGlfENTS d\iM SERMOiN PRÊCHÉ A PÉROUSE PAR FRA FELICE
Imprimé à Naples, le 7 février 1554. Alix YerginU p^r Gillo Allifano; in-lG.
Bibliothèque Barberiui.
... Ma non lolerô già l'anlico serpe e malizioso avversaiio nostro che hngamonlc lanla félicita godesse si
gran monarchia, tan ta giustizia e si bell* ordine : imperocchè consapevol del severo e irrevocabil' bando che à suon' deir angeliche trombe per tutti li anguli del paradiso intonô : che nissun di quaisi voglia grado o {5reminenzia dell' alber' délia scienza del ben'e mal a mezz' il giardino piantato sotto pena délia tremenda disgrazia del gran' signor degli eserciti toccar ardisse : troYÔ Eva nostra prima madré, e con false lusinghe persuader si forzô, che dal vetato frutto mangiasse s'acquistar voile l'alta equalità della maestà divina. L'incauta e mal accorta donna dalle finte parole del serpe sedotta, e dalla vaghezza del frutto presa, l'istesso inganno persuadeva ad Adamo suo consorte, quand' egli per compiacerli comminciô a disputar con Dio... Finalmente Âdamo, per sodisfar ail' importuna donna, mangiô il prohibito frutto, e dissubedi al suo Signore. Incontinente, oimè, gli s'aprirno gli occhi dell'humana prudenza e vidde nella sua personna trè brutezze... e confuso e vergognoso s'arrossiva in se stesso, fugiva e s'ascondeva, e toccô con mani ch'il mentitor serpe l'havea ingannaio : ail' hora perché nella concupiscibil' si levô l'odio conlra l'amore, la tristizia contra la dilettatione, il dispiacere contra il desiderio, e nella irascibil' la desperazion' contra la speme, Tira contra la mansuetudine e il timor contra Taudacia : s'armô Giove contra Saturno^ il ferro contra l'oro, riniquità contra la giustizia, la came contra la ragione, Adamo contra Dio : ma perché nel contrasto ch'ètra huomo ehuomo puô restar superior l'huomo, come il giovine David a Golia gigante : tra huomo e diavolo puô restar superior rhuodi^ cosi il patiente
403 SIXTE-QUIRT.
Sur ceUe malière, Tauleur s*c8t livré à uq eiannen attentif des maisons oomparativemeDl peo nombreuses de ces époques qui se sont conservées dans leurs formes primitives.
Des murs à fruit sans décoration sont percés d'une fenêtre géminée ou trilobée. Celle-ci se compose de deux arcs surbaissés et supportés par un trumeau étroit décoré à Teitcrieur d'une colonnetle engagée. Touie la fenêire est en retrait sur le nu du mur. L'édifice est couronné d'une loge composée d'arcades surbaissées reposant sur des colonnettcs qui s'appuient sur un bandeau. Le toit à chevrons apparents est fort saillant ^ C'est la transition du gothique italien à la renaissance, le moyen âge qui cède lentement et de mauvaise grâce au style nouveau, introduit par les Florentins que Paul II a appelés à Rome. Ces maisons sont devenues excessivement rares.
Le type le plus commun du quinzième siècle est la maison à deux étages, rarement à trois y compris le rcz-de-chaussce. Le mur est à fruit, le toit saillant. Des bandeaux servent d*appui aux deux fenêtres. Celles-ci, placées aux deux angles, sont à plein cintre ; un chambranle plein les encadre. La porte qui se trouve à l'un des angles affecte la même forme. Dans les plus anciennes constructions de ce genre l'escalier est en dehors. Des familles nombreuses ou aisées doublaient la maison ; il y a alors trois fenêtres, dont celle
> Via in Pisincella, non loin de la via Lungaretia (Innsiévhre). 11 y en a un semblable près des portiques d'OctaTe. Je n'ai tu des fenêtres trilobées qne dans quelques rares palais, dans celui de Gapranica, et au coin du palazzetlo dAutriche du côté de b place de Suât-Marc
des murs enire les étages se revêt de pilastres fort peu saillants appuyés sur des bandeaux. La porte, les fenêtres du premier étage sont le plus souvent à platesbandes. Un chambranle simple tourne égalementautour d'elles. Les fenêtres de l'étage supérieur sont à plein cintre et sans imposte, le toit toujours saillant. Dans les constructions plus considérables on voit audessus du portail à plate-bande une corniche supportée par des consoles dans la hauteur de la frise, qui est saillante et affecte la forme du tore. Les consoles reposent sur des contre-chambranles. Les fenêtres sont à plein cintre, entourées d'un chambranle plat et sans imposte. Les tympans forment saillie sur le nu des murs, porlent une rosace, et sont couronnés d'une corniche *. Sous l'influence des Florentins attirés par Léon X, leur compatriote, le goût du rustique reprend à côlé du culte de l'antiquité. Qu parle la langue des Romains avec un fort accent toscan qui ne gâte rien. Peu de maisons bourgeoises ' osent, à l'exemple du palais, asseoir leurs étages supérieurs sur un rez-de-chaussée en bossage, mais le portail au moins suit la mode. C'est de nouveau l'arc à plein cintre ; seulement les claveaux et assiettes sont de grosses pierres rustiquées et alternant de longueur. On n^voit pas encore l'imposte, qui est déjà généralement adoptée pour les fenêtres quand elles sont cintrées ; un peu plus lard celles-ci sont généralement
* Le plus beau spécimen est la maison do Pielro Torcino dans la Strada papale citée plus haut.
^ Le M* 10«^ (lu Borgo noi'QjjMti, comme on croit savoir, par le mé^ decin de Léon X, est du nombi^Sauf le portaiL
place était moins symétrique , mais plus pittoresque, grâce à Sainte-Marie du Peuple, de Baccio Pintelli, non encore enjolivée par Bernini ; grâce à son clocher, qui se dressait parfaitement visible au-dessus d'un Ijids mur d'enceinte, percé de deux [>ortails du style de Grégoire Xlll. Le couvent occupait presque tout le côté oriental de la place. De hautes maisons, à larges portes rustiquées, s'élevaient entre le Corso, la Ripetta et le Bahhuino. Deux autres rues, l'une longeant le pied du Pincio, l'autre menant au Tibre, ont disparu '. Le Corso. Nous avons dit que la partie méridionale de cette grande rue, celle qui est située entre la place du Peuple et l'arc du Portugal, près du palais Fiano, était à peine habitée. Saint- Jacques des Incurarâbles était en voie de construction. Un guide^ publié sous le pontificat de Sixte-Quint, donne une vue de la façade de cet édifice, qui a été rebâti en 1600. La petite église des Lombards, placée sous l'invocation de saint Ambroise, n'était pas encore devenue le somptueux temple de saint Charles Borromée* Le palais de Portugal, aujourd'hui Fiano, date du règne d'Eugène X, et a, sous Nicolas II et Jules II, subi des changements considérables. Sa foçade est restée inachevée. Une grosse tour qui, en partie démolie et appropriée à des habitations, existe encore, s'élevait près de Tare, lequel, surmonté d'un corridor moderne, la reliait aux dépendances des palais situés de l'autre côté
* Voy. la fresque de la salle de Sixte-Quint, à la Bibliothèque Vaticanc, les gravures d'Israël Ucnriel, publiées à Paris, vers le milieu du dix-scptiènie siècle, el Us manuscrits souvent cités de la bibl. Imp. Paris, Fonds fr. 5550,55!i'2.
de la rue. Elle ressemblait à la grande tour du palais d'Autriche, et datait comme celle-ci et comme la tour d'Ara-Cceli, les deux seules qui se soient conservées, du pontificat de Paul III. Le palais Fiano avait été habile successivement par les cardinaux Joâo de Moura, Jorge Costa, qui était aussi ambassadeur de Portugal près d'Innocent VIII, et Miguel de Sylva. De là le nom de palais de Portugal. A l'époque de Sixte-Quint, il portait dans ses différentes parties l'empreinte du moyen âge et de la première renaissance.
La place Colonna^ entourée de chétives maisonnettes, attirait l'attention par le célèbre monument de Marc Aurèle, qui lui donna son nom. Cette colonne menaçait ruine et fut restaurée par Sixie-Quint. Nous rappellerons ici un fait presque oublié, c'est que, vers la fin du dix-septième siècle, la colonne, pour subir une nouvelle restauration, a été complètement démolie. Une gravure de 1696, de la collection d'estampes de la Bibliothèque impériale de Paris, représente la place dépourvue de ce monument. Au coin du Corso s'élevait l'habitation du comte GirolamoPompeoLudovisi^ sous Sixte-Quint sénateur de Rome. Ce seigneur vendit une portion de son jardin aux barnabiles, qui y construisirent et ouvrirenl en 1595 l'église et le collège de Saint- Paul à la Colonne. En 1G59, Alexandre VII réunit ce collège à celui de Saint-Charles et Biagrjio à Catinari, fit démolir l'église, le couvent et le palais Ludovisi, et construire sur ce terrain l'immense palais Chigi *. En face du palais Ludovisi, au coin du Corso^ on voyait
• Voy. les documenls des archives du collège de Catinari. — Memorie délia corporaùonc de' Barnabilif par BareUi; Bologne, 1703. — Les
un pa la zze( ta ii fenêtres fruclfes (Ferrajuoli),elàcôté, la petite église de Saint-Bartolommé, de Baccio Pintelli. Le palais Piombino n'exislaitpas.
Continuation du Corso. Le palais des fiuonacorsi venait d'ôlre achevé. San Marcello n'avait pas encore la riche et tourmentée façade de Carlo Fonlana, et Cécile de l'église de SatUa-Maria in via lala n'avait pas encore été rebûlie, d'après les beaux dessins de Pierre de Cortone. Le palais contign d'Urbin, alors ambassade d'Espagne (Panfili-Doria), était un groupe de maisons d'âge et d'architecture divers. Des différents édifices dont il se composait, deux seulement sont restés debout ; ils donnent sur la petite rue de la Gatta, On y voit de basses colonnes et des arcades qui semblent remonter au dixième ou au onzième siècle, une petite porto murée en ogive du commencement du quinzième, et un grand portail rustique de l'époque ou du moins du style de Paul UL En résumé, la physionomie du Corso est changée par suite des modifications que les fenêlies ont subies, mais la plupart des maisons remontent h l'époque de Paul II et de Sixte lY. L'église de Jésus-Maria et de Saint-Charles, tous les palais de style baroque n'existaient pas ou ont été rebâtis il neuf, comme ceux qui portent aujourd'hui les noms de Verospi,Salviali (autrefois Nevers et Mancino), Simonetti, Costa, Piombino, Doria, Bonaparte, Bernini, etc. On y voyait déjà les palais Tcodoli, Bnonah corsi, Ruspoli et Marino Torlonia. Dn petit nombre de maisons l)ourgeoises a conservé le caractère de l'époque.
fros({ucs (io l:i Hibliotliè |uc Vatirnno, salle de Sixlc-Qiiint, cl les vues de Rome parFaldiis.
rampe devant le palais des Sénateurs. On lui attribue aussi, mais à tort, la tour de ce palais, qui est de Martin Langhi. Tout le reste a été fait }>oslérieuremenl à la mort du grand maître, et certainement pcis sur ses dessins, par Giaccomo délia Porta, par Rainaldi et par Giaccomo del Duca. Voici comment se présentait leCapitoIe du temps de Sixte-Quint. En face, le palais des Sénateurs inachevé et dérobé à la vue par des échafaudages. Â droite, le palais des Conservateurs, simple et légère construction du style florentin; une arcade élancée supportant deux étages percés de fenêtres à plates-bandes et cintrées aux angles. A gauche, là où sera bâti le musée, le mur nu, orné seulement d'une niche qui sépare Ara-CœU de la place'. Des Français qui visitent Rome sous le pontificat de Sixte-Quint parlent des antiquités qu'on voit dans l'une des chambres du palais. Quatre de ces statues passent pour les plus belles de Tltalie : a Un enfant de bronze lequel se tire une épine du pied ; une louve de bronze et Romulus et Rémus qui sont dessous et qui latettent; un Racchus, un Marc Aurèle et beaucoup d'autres antiquités, enlre lesquelles y a Marins qui a été sept fois consul.» Au palais du Capitole ils admirent deux grandes salles et plusieurs chambres avec des soflites dorées. Dans l'une de ces pièces se trouvent les statues de Léon X, de Grégoire XIII et du pape régnant, Sixte-Quint. Il leur est permis de suivre le gouverneur de Rome, Mgr Pierbenedelti dans
* Voy. les gravures de l'ouvrage inlilulô : Aulichità délia citlà di Roma, par Bemardo Gamucci de San-Geminiano ; Venise, 1569 et autres guides.
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Barberini. I^es palais les plus notables élaienl au Quirinal, la villa d'Esté, que sonpropriclaire, lecardinal, céda à Gn»goire Xlli, (jui en (il l'habitation d'été des papes, cl que Sixte-Quint transforma dans le vasle palais que nous vojons. Il y lit, dès son avènement, remplacer par les siennes les armes de sou prédécesseur en disant, pour excuser celte petitesse: «Grégoire a fait les travaux, mais c'est nous qui les avons payés ^)) Sur le versant nord du Quirinal, on voyait la villa Sforza, devenue palais Barberini. Sur l'Esquilin une partie des thermes de Dioclétien était la propriété du cardinal Du Bellay, dont les palais cl les jardins s'étendaient jusqu'aux murs de Rome. C'est sur cet emplacement que Sixte-Quint fit ouvrir et aplanir la place des thermes, et que sa sauir. Donna Camilla, construisit plusieurs magasins qui subsistaient en partie tout dernièrement encore.
Revenant au Capilole et descendant vers le théâtre de Marcellus, on se trouvait dans la région des Savclli. Le théâtre, surmonté de Thabitation de cette puissante famille, se j)résenlait tel que nous le voyons aujourd'hui, et possédait alors la plus riche collection d'antiques après celle du Belvédère.
Nous terminerons ici noire promenade, car ce serait trop nous écarter de noire sujet que d'entrer dans une description détaillée des quartiers delà plaine, delà partie de Rome située entre le Corso, le Tibre et le Ca[)itoIe.
Nous nous sommes donné la peine de passer de rue
* Les ambnss.'ideMirs oxlnionlinaircs au doge, 12 oct. 1585. Arch. , \en.Disp. Rome, fil. 19.
quartier n'a mieux que le Translcvère résisté aux innovations et aux améliorations des siècles.
TelleétaitRomeà la fm du pontificat de Grégoire XIII. Sixle- Quint en a changé la physionomie dans le court espace de cinq ans, non parles merveilles de son goût, qui était celui du temps , mais par les merveilles de son énergie, par des œuvres dont Tune, Taqueduc, répand toujours ses bienfaits sur une moitié de la ville, dont quelques autres, comme le placement des obélisques, ont singulièrement frappé l'imagination des contemporains ; dont la plus grandiose, la coupole de Saint-Pierre, commande encore l'admiration du monde \
6. INSTRUCTIONS POUR l'iLLUSTRISSIME ET RÉVÉRENDISSIME SEI- GNEUR CARDINAL MONTALTO, NEVEU DE NOTRE SEIGNEUR
Rédigées en l'année 1587 *.
La dignité du cardinalat, conférée à quiconque s'en montre vraiment digne, est déjà par elle-même des
* Antichità di Roma, 15C9 ; Anlichità di Roma^ par Andréa Fulvio; Venise, 1588, contenant un grand nombre de gravures. — Le cose waravigliose delV aima città di lioma, le ampie e commode strade faite a beneficio publico del Sanlissimo Sisto V, par le P. frà Santi di S. A^^ostino; Venise, 1598. — Lucio Fanno , délie anticfiità di Roma: Venise, 1553. Antichità di Homa, per Lucio Mauro, opéra non falta più mai da scrittor alcmio; Venise, 1558. — Quelques gravures du temps de la collection des estampes de la Bibl. imp. Paris et de In Bibl. Corsinienne; d'autres, Prague, 1605. — Les avvisi des Arch. Flor. fil. 4027. ~ Enfin les correspondances diplomatiques.
* Imprimées pour la première fois en italien dans Touvrage intitulé : Teaoro polilico, par Phil. Honorius; Vicence, 1602. (Voy. tora. II, p. 75.)
parfaites concernant telle partie spéciale du gouvernement de la part de qui ne connaît les autres branches el ne peut voir ce qui s'y fait. Voilà pourquoi il est nécessaire que tout converge vers un seul, et c'est ainsi que dans les grands périls les républiques conféraient l'autorité absolue à une seule personne. L'importance et la quantité des susdites affaires démontrent, sans qu'il soit besoin d'entrer dans d'autres explications, combien de science, de prudence, de zèle et de soins est nécessaire à ce ministre pour se montrer à la hauteur de sa tâche. Mais, pour descendre de considérations générales plus ou moins vagues à des considérations particulières plus précises, nous parlerons d'abord du but à j)ou rsuivre,puis de quelques-uns des moyens à employer, ensuite nous diviserons les affaires en quelques articles principaux, avec des observations sur la manière de traiter avec notre Seigneur le pape, avec les cardinaux, ambassadeurs, prélats et autres, et nous ajouterons Qnalement quelques considérations sur la façon de parler et d'écrire.
Le ministre d'un prince ne doit poursuivre d'autres lins que celles du prince lui-même ; sous ce rapport, il ne doit y avoir aucune divergence de vues entre eux, et comme les fins du souverain pontife doivent être la gloire de Dieu, le salut des âmes, la propagation de la foi, Texallation de la sainte Église, la paix el la tranquillité universelles, le triomphe de la vertu, la destruction du vice, ce seront là également les fins du cardinal son neveu, et c'est de ce côté qu'il devra diriger toutes les forces de son intelligence, tous ses soins, tous ses labeui*s. A la génération des choses dans
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Tordre de la nature concourent à côlé de la cause première beaucoup d'autres causes secondaires et, si* celles-ci coopèrent dans la mesure voulue, les choses deviennent parfaites et belles; mnis, elles ne produiront que des monstres de figure laide et horrible, quand les fins de ceux qui s'écartent de Tintenlion du prince et du vrai but sont monstrueuses et horribles; à ce sujet les exemples en apprennent plus que les paroles. Outre les fins du prince, son neveu peut avoir quelque égard pour soi-même, non pas dans un sens différent de celles -1m, mais comme corollaire naturel et compatible. Ainsi, il cherchera à donner bonne opinion de lui-même aux princes et aux cardinaux et à gagner leur bienveillance, car il ne saurait rien acquérir de plus important que leur estime et leurs bonnes grâces .Ensuite, il se conciliera Tamitiéde bon nombre de personnes en les faisant élever au cardinalat ou nommer aux légations auprès des cours étrangères, ou dans le gouvernement, ou aux principaux offices de la cour et même dans les familles particulières. En dernier lieu viendront la richesse, les revenus, une fortune abondante, ceci étant nécessaire pour vivre avec splendeur et dignité, pour distribuer des bienfaits et exécuter bien des choses.
A cette considéralion de la fin vient se joindre celle des moyens dont il devra se pourvoir, et parmi lesquels il faut compter en première ligne : les amis, les clients et les serviteurs, ainsi que la fortune dont il a déjà été fait mention. Pour triompher dans une guerre, le grand point est de choisir de bonnes troupes ; pour soutenir les charges et les emplois du gou*
A\H SIXTE-OUINT.
vcrncment tout dépend du choix des ministies et des seigneurs; pour les choisir, il faut du jugement et, par-dessus tout, une heureuse chance. Mais où il y a grand concours, comme il arrive pour les places dont dispose le neveu d'un pape, c'est plus facile, parce que d'un grand nombre on ne prend que peu ef , parmi ceux qu'on a pris, on emploie les plus aptes au service. En faisant choix de personnes, considérez d'abord qui les propose, puis leur patrie, leurs relations, leur conduite, leurs antécédents, leurs éludes, leur tenue extérieure et encore leur constitution physique, source naturelle des mœurs. Les bons engendrent les bons, et certaines mceurs sont propres et communes à une famille, à un pays, à une nation. On peut recueillir des informations plus exactes des compatriotes, des compagnons et des familles qu'elles ont fréquentées ou servies; il est permis de supposer qu'elles seront dan? l'avenir et pour nous ce qu'elles ont été dans le passé el avec d'autres. Veillez à ce qu'elles soient issues d'une famille estimable, recommandées de part non suspecte, sincèrement attachées à voire personne, vigilantes, laborieuses, infatigables, avares el prudentes en paroles, promptes et entendues à Taction, ambitieuses d'obtenir les bonnes grâces du maître, soucieuses de sa grandeur et de leur honneur ; instruites, au courant de ce qui se passe et versées dans les devoirs de leur charge, supportant aisément les incommodités, les corrections et les avertissements , aspirant à la perfection en toutes choses et à surpasser tous les autres, si faire se peut; de classe et de fortune moyennes, parce que ceux qui sonl trop pauvres deviennent à charge en recherchant
là. Ce qu'ils disent à l'oreille est autre que ce qu'ils soutiennent en public ; ils ne maintiennent pas leur dire quand le maître discute, et il s'ensuit qu'ils vont toujours en rampant et en observant, et n'ont pas d'allures franches ; ils ne manquent pas d'un certain talent pour Tadulaiion, qui les fait pénétrer dans les secrets les plus intimes du maître, ni d'une façon subtile de médire du prochain et d'insinuer des soupçons.
Il n'est pas superflu de faire des discours si longs qu'ils soient pour enseigner à connaître et à éviter cette pestilentielle espèce de serviteurs, et, comme il arrive que cette ivraie n'apparaît qu'après avoir déjà poussé haut, il faut alors en hâter la maturité et la séparer du reste, et, une fois séparée, l'exterminer, afin que le bon grain n'en soit plus infesté et qu'on s'assure bien qu'elle ne puisse nuire au pàfe de famille. Le choix fait, le seigneur qui a de nombreux serviteurs devra les employer tous, les occuper activement, et en affecter le plus possible aux services auxquels ils sont propres. Il est facile d'en utiliser plusieurs comme écuyers tranchants et comme échansons ou écrivains, mais sous un seul chef et à divers soins de la maison; le service de la chambœ et les commissions peuvent en occuper beaucoçip. Ceci aura l'utilité de proscrire l'oisiveté, source de tous les vices, de satisfaire tout le monde, parce qu'aucun ne se voit négligé, que chacun peut montrer ce qu'il vaut, et parce que l'émulation, en augmentant le zèle, produit la perfection. Réunis à une besogne ardue et travaillant sous le regard des camarades, les méchants trAveront moins de facilité pour se cacher, cl comme leurs occupations les mettent en
An SIXTE-QUINT.
lions nettes sur toutes les affaires courantes, et de le préserver des rapports mensongers. Mais comment lui donner ces informations sans les avoir recueillies ? ou comment le mettre en garde contre les autres sans s'y être mis soi-même? Bien souvent la vérité est dure et contraire aux desseins de nos domestiques, qui gagnent à l'adulation et basent une autorité licencieuse sur quelques-unes de nos imperfections. A6n de s'en préserver, il faut beaucoup de prudence; vous pouvez néanmoins espérer de réussir, quand , grâce i un choix prudent, les bons forment la majorité de votre entourage, parce qu'en (in de compte la simulation se Irahit : ce qui semble être n'est pas encore, l'imitation produit bien une certaine ressemblance, mais ne réussit pas à faire absolument l'identique. Pour savoir à qui et à combien de personnes on peut confier ses affaires el ce qu'on peut leur confier, il faut prendre l'exemple de No tre-Seigneur, lequel, tant qu'il vécut sur la terre, s'adressait à tout le peuple dans certains discours et lors de certaines actions miraculeuses, à tous ses disciples dans certains autres discours, dans d'autres encore aux apôtres seulement, et dans certains autres enfin, plus élevés el mystérieux, à trois et quelquefois même à un seul ; car à Pierre seul il enseigna comment gouverner son troupeau, et à saint Jean il révéla les très-grands mystères de sa génération divine.
Il n'est pas facile de dire quelles sont précisément les choses que le prince ou le cardinal devra confier à plusieurs ou à quelques-uns, ou à très-pou, ou à un seul suivant l'exemple de No tre-Seigneur, et il n'est pas non
plus nécessaire d'entrer dans des explications à ce sujet, car ces choses s^enseigneront d'elles-mêmes. Néanmoins, il est plus sûr, principalement quand on est jeune et quand il s'agit des principes de l'administration, de taire jusqu'aux choses qu'on pourrait dire, plutôt que de dire, par le désir défaire parler de soi, les choses qu'on devrait taire. On peut communiquer à tout le monde ce qui concerne les temps reculés, les bénéfices ecclésiastiques accordés en consistoire et les événements quotidiens qui ne touchent pas au gouvernement, mais de préférence toujours ce qui est à l'éloge de quelqu'un et non le contraire.
Les mesures gouvernementales déjà exécutées peuvent se dire à quelques-uns, Surtout quand il est bon d'en faire connaître les motifs, soit pour les excuser, soit pour les louer. On donne satisfaction au public en se montrant et en acceptant des services aux audiences, aux cérémonies de l'Église et dans les consistoires. Les mesures encore en délibération ne doivent être communiquées qu'à ceux qui sont députés et nommés au conseil et à la direction de ces choses.
Notre-Seigneur n'a pas donné le gouvernement de son troupeau universel à Jean, quoiqu'il l'eût distingué des autres apôlrcs par le privilège de l'amour, mais il l'a donné à Pierre de qui il était fermement aimé. Ainsi, le prince ne doit pas admettre dans son conseil secret ceux qu'il aime, ni leur donner des emplois et des offices , mais ceux qui sont aptes à les remplir et qui aiment sa gloire et ses bonnes grâces. Confier la conduite des affaires à quelqu'un que nous aimons beaucoup peut nous amener à porter un jugement
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aveugle sur ce qu'il fail, en lui donnant un esprit alticr, trop de zèle et une confiance immodérée; et aux autres, du mécontentement, la crainte de ce favori ou un respect fatal à nos intérêts. .
Les choses différentes exigent pour leur conduite dos agents différents; ici il f[iut distinguer entre les affaires particulières et les affaires publiques. Pour les affaires particulières, on confie aux uns le soin des rentes et des offices domestiques qui sont nombreux ; aux autres, le soin de la juridiction ou de la protection. Les affaires publiques se réduisent à deux, à savoir : la consulte où se traitent les questions de justice et de gouvernement de TÉtal ecclésiastique, et la secrétairerie, par laquelle passent les affaires de toute la chrétienté, et où Ton reporte même souveot les affaires de la consulte quand elles réclament un arbitrage ou une décision extraordinaire du prince. Ceci se fait plus aisément quand le même cardinal est pré])osé à Tune et à Taulre. Ce cardinal a besoin de la science des lois, mais plus encore de prudence pour discerner ce qui est utile, expédient et honnête. De même qu'au dire de Platon, une veine d'or est rare dans la terre» la prudence n'est pas échue en partage à beaucoup ; elle permet de reconnaître dans toutes les questions qui se présentent les divers partis à prendre, de les comparer et de peser sur une juste balance l'utilité, la dignité et la facilité d'exécution ou la difficulté de l'affaire et les moyens de la mener à bonne fin. lia prudence n'est ni ambitieuse ni querelleuse; elle n'a pas en vue le bien particulier, mais le bien public : elle est magnanime et généreuse et elle vise
vient la qualité de savoir suivre un pareil homme. Mais qui n'est rien par soi-même et ne suit pas ceux qui savent se conduire, est entièrement slupidc et n'est bon à rien. Vaincre les obstacles, réaliser des choses difficiles et grandes rend faciles toutes les autres. L'intelligence de l'homme prudent ressemble à la vue de certains animaux qui, pendant le jour, reposent pleins de sommeil et comme enveloppés de nuages, mais qui , la nuit venue, ont le regard perçant et guellent le moment de se jeter sur leur proie.
Les deux chiens donnés à Alexandre le Grand par le roi d'Albanie n'attaquaient pas les bêtes médiocres, mais seulement le lion et l'éléphant. La nature a produit une telle diversité de talents et d'occupations que chacun peut s'adonner à quelque tâche qui lui convienne. Les affaires publiques . sont considérables, mais en y employant un iHHnttfé limité de fonctionnaires de la susdite qualité,- le cardinal en soutiendra aisément le poids, et en causant avec ces hommes, il s'instruira de leurs mœurs, de leurs opinions et de leurs avis et augmentera ainsi ses propres lumières, car, en s'approchant de quelqu'un, on lui communique SCS qualités et les mauvaises plus vite que les bonnes. Les lépreux, les poitrinaires, les ophthalmiques communiquent leurs infirmités ; de même les fréquentes relations portent la contagion dans les âmes. A cette assistance de ses serviteurs il iiiut ajouter deux qualités : les connaissances ou la science, et l'art de distribuer le temps. Les connaissances se rapportent aux choses politiques qui sont de votre ressort.
transporter de l'une.à l'autre de grandes dois et des héritages considérables, et pénétrez de même pour les éteindre leurs dissensions et leurs prétentions. Notez ceci plus particulièrement à l'égard des prélats et autres personnages attachés à la cour, car, vu les fréquents changements et les élévations rapides de gens inconnus, il est nécessaire de compter avec chacun, afin de pouvoir gagner et s'adjoindre les meilleurs, les faire avancer et leur tenir cimipte de leurs mérites ou de leurs défauts lors de la distribution des grâces souveraines.
Il est inutile de rappeler la surveillance de l'administration du palais et des autres domaines , attendu que ce point n'est jamais négligé et qu'on en parle fort souvent.
Une fois que vous aurez compris les affaires de Rome, lisez, pour connaître celles de l'étranger, quelques rapports d'ambassadeurs ou d'autres sur les tt^yaumes et seigneuries de la chrétienté, et complétez ces informations en interrogeant beaucoup deper^ sonnes tant officielles que particulières de cette cour qui en abonde, et, enfin, pour couronner l'œuvre, regardez au théâtre la représentation de scènes de mœurs étrangères, chose aussi réjouissante que vraiment instructive.
La connaissance de toutes les parties de l'histoire est utile, mais celle de l'histoire ecclésiastique est nécessaire au cardinal ; de même la connaissance des droits du fisc, des juridictions de TËglise, des hauts faits du souverain pontife et celle de la suprême autorité du siège apostolique, devant laquelle se proster-
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s'agit de choses importantes et la confiance des autres cardinaux. Par là encore on arrive à faire des actions 4'éclat , on sert la chose universelle, on procure des faveurs et des grâces à beaucoup de particuliers, et de là résultent des agréments réels qui méritent d'être désirés avec ardeur. Évitez de vous interposer entre des personnes en litige, parce que vous éveilleriez facilement des susceptibilités et vous vous feriez beaucoup d'ennemis; mais si les fonctions que vous a données le prince impliquent cette nécessité, alors laissez aux consulteurs le soin déjuger les controverses et d'appliquer les punitions et les amendes, et quant à vous, n'intervenez que lorsque les circonstances s'y prêtent, et en faveur de la rémission ou de la diminution de la peine, usant cependant de la clémence avec circonspection, parce que l'indulgence inconsidérée engendre la licence et conduit à l'impiété.
Ayez soin de nommer aux gouvernements et aux charges de podestat des hommes intègres et savants, d'activer la marche des procédures, de restreindre les controverses aux principaux points. Attachez-vous à réprimer les calomnies et les persécutions en vous opposant au pouvoir qui tend à opprimer les pauvres, en secourant les veuves et les orphelins, en venant en aide à l'inexpérience et à la faiblesse, en soutenant et en appuyant les bonnes causes , en éteignant les discordes et les haines par la prudence et la sagacité. Usez de votre autorité pour éliminer des arrêts l'avarice, les sentiments sordides et tout autre défaut ou infamie, et potijp. leur rendre une entière intégrité. Donnez souvent dei^mudiences publiques, surtout les
écoutez-les, mais n'agissez pas soas lear inspiration. Les seigneurs croient accomplir un pieux ofQce par leurs recommandations, mais quand cette piété froisse la justice, elle devient une impie iniquité. C'est une très-grande erreur de croire que les demandes de grâces faites par eux ont plus de poids là où la justice se trouve plus violée, car si la justice est une chose sainte et excellente, la violation en est exécrable et très-mauvaise ; elle transforme en juges les coupables, la partie favorisée et le protecteur. Employez tous vos efforts pour terminer toujours les affaires du tribunal. Bien que celte odieuse malice judiciaire ail énormément augmenté depuis que les guerres et les vraies hoslililcs ont cessé, néanmoins la bonne règle est de ne se laisser jamais écraser par les affaires et de les expédier suivant qu'elles se présentent. À cet effet, la distribution du temps que nous avons .proposée comme troisième moyen est très-nécessaire ; elle est d'ailleurs observée par la nature elle-même dans le gouvernement du monde, car, sans ce moyen, il est impossible de rien accomplir. Consacrez donc des heures fixes et invariables à vos affaires, les meilleures aux plus grandes et les premières à Dieu, à la récitation de l'Office, au Saint-Sarrifice, aux principaux travaux avec vos employés supérieurs, ensuite aux audiences publiques et particulières et aux autres choses qu'il importe de faire, et si cet ordre de temps est parfois troublé ou interrompu par des visites ou autres occurrences, suppléez-y comme vous pourrez, même avec quelque incommodité, et reprenez après votre marche ordinaire.
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discordes, faire déposer les armes, donner une forme de gouvernement ; ériger des universitéb, favoriser les études sacrées et tous les beaux-arts, secourir les pauvres, gouverner les États de TËglise, construire des forteresses et des ouvrages de défense ; reconquérir les biens occupés, aliénés ou dévolus ; conserver la paix et observer lajuslice à l'humiliation des scélératsetdes impies et pour la sécurité des bons. Aux pontifes de nos jours et à leurs ministres, l'occasion ne manque pas de s'adonnera presque tous les soins que nous venons de signaler, ni celle de bien mériter de la république chré- • tienne et d'y puiser de la gloire, attendu que le Turc occupe depuis peu Rhodes, la Hongrie et Chypre, et menace le reste, et qu'il infeste nos rivages par ses incursions; il faut exciter à la défense, à la résistance, au recouvrement des points enlevés. Les hérésies semées à travers les royaumes et les nations principales de la chrétienté doivent être combattues et détruites. Les fréquentes disputes et les discordes des princes demandent la réconcilialionet un juste arbitrage; et POrient comme TOccidenl, récemment ouvert par la navigation de Colomb a notre commerce et au triomphe de la croix, ap[)ellent la colombe céleste et invitent à la propagation de la foi. Quelque grandes que soient ces entreprises, quand on considère les autres tâches semblables, qui ont été déjà accomplies et menées à bonne fin, l'ame s'élève sans se troubler, et qui use avec prudence et selon l'opportunité de Tautorité et de la puissance que Dieu lui a ( onférées, devra encore les eslimer, sinon faciles, du moins d'une réalisation possible. Pensez que le bien triomphe du mal
traire, elle a néanmoins pour loi la raison, l'honnêteté, le bien public. C'est une erreur très-grave et très-popnicieusc de croire que le prince puisse Qonrérer selon son bon plaisir les grades, les dignités et les emplois publics. Ici encore il y a des lois, et des lois bien plus déterminées que dans les autres cas, parce que, les qualités nécessaires pour obtenir telle faveur étant fixées, on ne peut eu bonne justice l'accorder à quinB les possède pas. L'art de l'hygiène a déterminé les bons médicaments et, comme celui qui négligerait de les choisir et donnerait aux malades d'autres remèdes qui ne sont pas bons^ ne les guérirait pas, mais les tuerait, de même le prince qui distribue ses emplois et ses bienfaits à des personnes indignes ne gouverne pas, mais détruit son peuple. Le prince, qui est supérieur aux lois et qui est ou doit être la justice viUnte, remet parfois la peine contrairement au texte de la loi écrite, ou bien dispense de quelque chose ou accorde des privilèges. Cependant la loi ne doit être violée qu'avec le plus grand discernement; il faut ou que les circonstances du délit, ou les qualités du coupable soient de nature à justifier un acte semblable de modération, et que la grâce paraisse infiniment plus utile au bien public que l'exécution de la sentence, et la dispense préférable à l'observation des lois. Un privilège consiste à concéder à quelqu'un le droit de faire ou d'obtenir ce qu'auparavant, en vertu de son état, il n'aurait pu faire ou obtenir, ou bien à le soustraire à la juridiction. Le plus souvent les privilèges affaiblissent l'autorité des lois et confondent presque ce qui est permis avec ce qui est défendu, car ils font croire que
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armements et aux usages auxquels on les avait destinées, ce qui cause grand dommage aux églises et au clergé, et diminue beaucoup son autorité et son immunité, le pouvoir et la main des agents laïques étant fort lourds.
Les concessions faites sont eonsidérables , et les princes trouvent sous les nouveaux pontiflcats delà facilité pour en obtenir de nouvelles. Les largesses du passé exigent qu'on soit plus réservé, ce qui contribuera à conserver les églises, l'autorité et la réputation de ce Saint-Siège. Pour le reste des occurrences et affaires, il est bon de considérer la nature de cette cour, celle des princes et celle de leurs ambassadeurs par rapport à quelques-unes de leurs qualités les plus ordinaires.
La cour romaine est le point de réunion de toutes les nations chrétiennes, la patrie commune à laquelle chacun a accès, où chacun peut espérer, et aspirer à toules les dignités qui s'y trouvent jusques et y compris au pontificat. L'autorité des princes a de Timportance; on se sent à leur endroit des dispositions, des sentiments, des penchants de diflerente nature et, grâce à cette participation à toules choses, la cour romaine a la forme d'une république ; mais elle a aussi la forme d'une royauté en raison de l'autorité suprême et absolue du pape. La vertu, la noblesse, la richesse, les princes et autres pouvoirs ont de l'influence à la cour de Rome ; la patience par-dessus tout y est encouragée par l'espoir qui est un appui solide. Les espérances y sont tenaces, car, une fois déçues, elles ne manquent pas de se renouveler avec toutes les variations et les tendances diverses de ceux qui s* en prévalent. On y
d'acquérir de la gloire et une grande réputation; ils supportent mal que d'autres les égalent ou cherchent à les surpasser; ils aiment à être redoutés et respectifs, et ne supportent ni le blâme ni la franchise du langage ; ils n'admettent jamais avoir tort, quand bien même cela serait évident; ils ont beaucoup de prétentions, pas toujours bien fondées, souvoni vaines; ils redoutent les pièges, l'abaissement ou la diminution de leur grandeur et de leur puissance. Entre eux ils sont constamment en suspicion ; ils observent avec inquiétude tout accroisseihent de forces et d'honneurs qu'ils remarqaent chez les autres, surtout chez leurs voisins ; ils sODt envieux de la gloire d'aulrui ; ils s'offensent de tonte concession faite à d'autres, soit de privilèges, soit de titres honorifiques, de secours ou de faveurs, et leur jalousie les pousse à demander pour eux la même chose ou quelque chose de semblable ; ils prennent en mauvaise part les refus et même les ajournements et les obstacles qu'ils rencontrent. L'affection et la confiance sont rares chez eux, et peu de personnes ont sur eux du pouvoir; ils se laissent guider par l'intérêt ; ils sont contraints de feindre et de dissimuler en beaucoup de choses; ils prodiguent les démonstrations apparentes d'obéissance et de respect envers le Saint-Siège ; ils se coalisent pour leur profit, et si le profit vient à manquer, ils se dégagent de leur parole. L'adversité du prochain ne leur déplaît pas toujours; souvent ils en profitent pour s'élever sur les ruines des autres. Ils ne poursuivent pas les succès éloignes ou douteux, ni ceux qui sont dispendieux ou difficiles; ils n'aiment pas à ajourner,
gieux. Dans les maux extrêmes et sans remède on en vient à l'opération des membres gangrenés. Si le Saint-Siège a de fréquents sujets d'alarme, il possède aussi des moyens aisés et honnêtes pour se rassurer. Celui qui dès le début de son gouvernement sévit une fois sévèrement contre les orgueilleux et les coupables rend sa tâche facile pour le reste de son règne. Une fois la crainte établie, on peut user de mansuétude. Il est plus utile de conserver de la dignité et de la gravité, surtout dans ses rapports avec ses sujets, que de se faire passer pour doux et affable.
Il est dangereux d'établir des relations fréquentes et familières avec beaucoup de gens, notamment avec les fonctionnaires publics et les curieux, car cela donne lieu d'observer et de divulguer des secrets ou des choses qu'il vaut mieux ne pas faire connaître; et la trop grande familiarité ne s'accorde pas avec la réserve de la majesté qui est un devoir vis-à-vis de ces personnes. Notre trop grande intimité avec nos serviteurs peut ^ aussi avoir des inconvénients, à moins qu'elle ne résulte de quelque service, mais alors le danger n'en est que plus grand.
Ce que vous avez à traiter avec les cardinaux et autres grands dignitaires, dites-le et traitez-le, autant que vous pourrez, toujours en personne ; si c'est impossible, servez-vous de l'intermédiaire de personnes auxquelles vous pouvez entièrement vous Ger. Les messages, dans ce cas, doivent êlre portés et rapportés purement et simplement, sans rien ajouter et dans les mêmes termes, ou dans des termes peu différents de ceux dont vous vous serez servi pour exposer à d'autres le fond et
l'œil sur eux pour la sécurité du prince et la vôtre, et étudiez-vous à gagner ou à conserver leur attachenient.
Choisissez les meilleures heures pour travailler avec le pape , gardez-vous de l'ennuyer, commencez par les choses agréables et faciles, et passez ensuite aux plus sérieuses qui exigent une prompte résolution et une réponse. Exposez-les lui en peu de mots avec ordre et suite, en n'ajoutant que les raisons les plus importantes sur lesquelles elles sont fondées.
Insinuez le parti à prendre ou proposez-en plusieurs pour faciliter la délibération du prince. Alléguez les considérations qui militent en faveur de la chose, si (comme cela arrive à notre imperfection humaine), le prince étant mal persuadé ou pour d'autres raisons, incline vers quelque décision fâcheuse ou injuste. Dans les affaires qui ont trait à la justice, répliquez hardiment, dans les autres temporisez et insinuez les mauvaises conséquences du décret, ou bien interposez, si le sujet le comporte, l'opinion d'une autre personne qui jouisse d*une certaine autorité, ou encore cherchez à l'en dissuader à l'aide d'exemples et de précédents, ou à lui faire différer l'exécution trente jours, selon la loi de l'empereur Théodose faite sur la demande de saint Ambroise.
IjCs exemples ont une grande force et exercent une bonne influence. Si, toutefois, le prince persiste à maintenir le premier décret, alors exécutez-le et pensez que le cœur du souverain est dans la main de Dieu et que, pour des raisons à nous inconnues, il en ordonne et décide ainsi. HÉMÉfraltérez ni ne vous troublez à
n'a pas connaissance des lois. Ne recommandes pas là oui! pourrait sembler que vous commandiez. Vis-à-vis des subordonnés, les recommandations doivent être des plus modestes et se rapporter soit à des malheureux, soit n de bonnes œuvres, à des hommes de singulière vertu, à la défense de l'Église, à Texcrcice de la justice, là où elle languit, à la facilitation de choix ou de décisions au profit du bien général, de la paix et de la tranquillité. Conformez votre style au langage habituel ; qu'il soit pur et sans affeclation. Ceux qui imitent les locutions latines ou la langue vulgaire de quelques anciens écrivains ne connaissent pas la beauté de notre langue, et ignorent les vraies grâces du langage. Quand on traite de plusieurs sujets dans une lettre, il faut les coordonner et diviser en chapitres. Observez, en donnant les titres, l'usage actuel, quoique la chose soit devenue un abus ennuyeux et digne d'être réformé. Tant en écrivant que quand vous irez traiter plusieurs questions de vive voix avec le pape, avec d'autres ou au consistoire, quelque bonne et exercée que soit voire mémoire, il est utile d'avoir noté les points qu'il s'agit de traiter par écrit ou verbalement. Ce sera la besogne de votre secrétaire de tenir copie et registre des lettres et des écritures courantes, de les classer d'après la date, l'endroit et la nation, de rassembler celles qui se rattachent à une affaire importante, de meltre de côté celles qui contiennent l'argumentation et les titres, de les classer, ranger; et conserver. De temps à autre le cardinal pourra jeter un regard sur ses quasi-archives pour exciter le zèle de ses secrétaires, et afin de pouvoir retrouver lui-même
quelque dossier qu'il a besoin de revoir. Ceux de ces dossiers qui par leur contenu se trouvent être compromettants pour quelque État ou qui traitent d'af faires religieuses, il ne faut les laisser voir à personne, mais les garder dans un cabinet à part sous votre propre surveillance. Mais là comme ailleurs^ ne conservez aucun papier qui puisse, à un moment donné, troubler votre repos.
Le meilleur conseil que je puisse vous donner, la recommandation la plus importante que je puisse vous faire, c'est qu'en sortant des audiences et en allant à une conférence quelconque, vous vous adressiez toujours à Dieu en récitant une oraison du Saint-Esprit, et procédant en toute chose dans la crainte de Dieu. Ceci chacun doit le faire, mais surtout les princes, à cause de la supériorité du poste où ils sont placés pour le bien et le mal infini qui dépendent du bon ou mauvais usage de leur puissance, et afin de se montrer reconnaissants des grâces reçues et de servir d'exemple de la bonté et de la clémence divines.
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