‹ Sixte-Quint (volume 3)Chapitre 1 sur 31 · LIVRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIEME

I. Les consistoires. — Origine des congrégations de cardinaux. — Réorganisation de l'administration de l'Église. — Le cardinal d'Ëste sur là composition du sacré collège. — Paroles de Sixte-Quint à propos de réleclion des papes.

II. Les affaires ecclésiastiques d'Espagne. — Philippe II se croit le Ticaire laïque de Jésus-Chri&t sur la terre. -- Ses démêlés avec le Saint-Siège.

III. Les Jésuites. — Leur situation dans les différents pays catholiques : persécutés en Espagne, jalousés à Rome, ils sont protégés par les princes catholiques d'Allemagne. — Sixte-Quint exige qu'ils quittent le nom de Compagnie de Jésus. — Il compte réformer les règles de saint Ignace. — Conduite prudente du Père-général Acquaviva.

IV. Décès et revirements dans le sacré collège. — Le cardinal Savcllo. — Le cardinal Farnèse. — Mort du grand-duc François et de Bianca CapcUo. — Avènement du cardinal de Médicis. — Le cardinal Alexandre Montallo. — Instructions à ce dernier, attribuées à Sixte- Quint.

A Tépoque qui nous occupe, le souverain pontife exerçait son ministère avec le concours des cardinaux u. 1

réunis en consistoire. C'ctail dans ces asscniblces que les membres du sacré collège, assistés de fonctionnaires non pourprés de divers grades et investis de diverses attributions, traitaient les affaires de l'Eglise universelle. Le pape leur soumettait les questions qu'ils avaient à examiner, et, après avoir entendu leur avis, rendait l'arrêt définitif. Dans des temps antérieurs, ce mode de procéder avait pu sufGre aux exigences de la situation. Il permettait aussi aux membres des consistoires d'avoir constamment sous les yeux l'ensemble des besoins spirituels, de rester au courant des grandes questions politiques, souvent très étroitement liées aux intérêts religieux; enfin il leur assurait une part importante au gouvernement de l'Église, car une opinion, émise à Tunanimité ou à une grande majorité, motivée avec connaissance de cause, souvent avec éloquence et avec érudition, devait nécessairement peser sur les délibérations et sur les décisions finales du pontife. Mais, depuis que le christianisme avait étendu ses conquêtes, et que les affaires s'étaient multipliées et compliquées en proportion de l'accroissement du nombre des peuples chrétiens, des aspirations et des besoins nés des progrès de la société, cette manière primitive de traiter les affaires en séances plénières donnait lieu à de sérieux inconvénients, sinon à des difficultés insurmontables. Déjà plusieurs des prédécesseurs de Sixte-Quint avaient jugé utile, lorsqu'il s'agissait de questions urgentes ou d'une haute importance, de prendre^ avant de saisir le consistoire, l'avis de quelques cardinaux particulièrement aptes par leurs lumières.

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leur expérience ou leurs antécédents, à donner des éclaircissements sur ces matières. Sous Grégoire XIII, il y avait des congrégations qui traitaient de TAllemagne, de la France, de l'index, des évêques, etc. Jiais ces réunions restreintes étaient d'une nature essentiellement intime et transitoire, ne faisaient pas partie âm rouages de Tadministration de TÉglise, et ne donnaient que des satisfactions passagères à des besoins constanla*. C'est Paul III qui institua la première congrégation permanente, au sujet de la réforme protestante. C'était la congrégation du Saint-OfGce ou de l'Inquisition. A part ks questions de dogme qui lui étaient réservées, le poids immense du gouvernement ecclésiastique pesait toujours sur les consistoires, qui, même avec l'aide des congrégations imparfaitement constituées de Grégoire XIII, n'étaient plus en mesure de suffire à la peine.

Sixte-Quint résolut de remédier à ce mal. Il donna à l'Église pour le gouvernement des âmes la constitution qui la régit encore. Ce qui avait provoqué ce travail d'organisation, c'était sans doute, comme il le disait lui-même, le désir d'obvier ahx graves inconvénients que nous venons de signaler, et de faciliter le mouvement du mécanisme administratif de l'Église. Mais une autre considération encore avait agi sur son esprit : c'était la composition du sacré collège. On y voyait siéger des membres de familles régnatltes, naturellement dévoués à leurs maisons ; les protecteurs de l'Empire, de la France, de l'Espagne^ de la Pologne, de Venise, de Savoie, appelés officiellement à plaider les causes de leurs mandants ; enfin des vas-

saux et sujets étrangers obligés ou du moins tenlés de se maintenir dans les bonnes grâces du prince auquel ils étaient redevables de leurs bénéfices. A côté des intérêts religieux venaient donc s'agiter des intérêts soit dynastiques, soit politiques, soit personnels, mais étrangers et souvent opposés à ceux sur lesquels portaient les délibérations des consistoires. De là, pour un nombre considérable de cardinaux, une fausse position, pour ne pas dire une dépendance incompatible, à certains moments, avec la mission de sénateur de rÉglise. En distribuant le travail, en composant les congrégations avec discernement, on diminuait ces graves inconvénients, si on ne les faisait pas complètement disparaître.

Par cette création, Sixte-Quint a-t-il aussi agi sous l'influence d'une arrière-pensée, sous celle de briser l'opposition qu'il pouvait trouver dans les assemblées plénières, de consolider, de rehausser ainsi le pouvoir absolu du pape? On l'en a souvent accusé, et encore aujourd'hui parfois, quoique rarement, l'institution des congrégations est regardée comme attentatoire à l'influence légitime du sacré collège, comme concentrant, plus qu'il n'est désirable, dans les mains d'un nombre restreint d'individus, non la décision, car elle appartient toujours au pape, mais le travail préparatoire qui lui sert naturellement de base. Cette opinion, nous le répétons, se produit rarement ; mais elle subsiste et se rattache peut-être à d'autres aspirations plus vastes et plus radicales encore. C'est un des éléments de l'opposition que l'on rencontre dans le monde ecclésiastique, comme partout, et qui a sa

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raison d'être, car la vie suppose la/ lutte. Quand la lutte cesse, la \ie disparait. L'opposition est donc un signe de vitalité, et malheur aux pouvoirs qui, non contents de la contenir, veulent poursuivre la victoire jusqu'aux dernières conséquences ! Aussi, à part les questions de dogme, Rome, qui seule a survécu aux bouleversements de dix-liuit siècles, n'a jamais combattu à outrance; elle a toujours laissé un vaste champ à la spéculation, et plus d'une fois ne s'est pas décidée à rendre le jugement que les parties contendantes venaient lui demander*. Sixte-Quint, cet autocrate par excellence, qui a mis aux arrêts pour insubordination un cardinal camerlingue, n'a jamais sévi Èontre ceux qui lui faisaient opposition au consistoire ou blâmaient hautement, dans ces assemblées, des mesures qu'il avait prises en sa qualité de chef de l'Église. Il est donc peu probable qu'il ait voulu se servir des congrégations pour étendre ou faciliter l'exercice de son pouvoir suprême. Aux avantages de sa situation, à l'énergie de sa volonté, au prestige terrible de son nom, il joignait une supériorité incontestable d'intelligence, d'érudition et de sens pratique. 11 n'avait aucune raison de fuir et il ne fuyait pas les discussions; il les provoquait au contraire, lui qui avait le besoin et la passion de la parole.

Aux consistoires, il aimait à s'emporter, à fou-, droyer ses contradicteurs par des harangues, pour ne pas dire par des sermons, toujours remplis de cita-

!• Nous rappellerons ici la cause célèbre à laquelle a donné lieu le livre du P. Molina : de Concordia grattée et liberi arbitrix^ public à Lisbonne en 1 585. Nous pourrions même citer des exemples plus récents.

tions des saintes Écritures qui rappelaient un peu l'ancien cordelier, mais où abondaient des traits d'uno rare finesse ; il terrassait l'adversaire par des sarcasmes, s'il ne pouvait lui imposer silence par la forco irrésistible de la logique. Ces joutes étaient pour Sixte ce que les exercices du corps sont pour les hommes de cabinet : elles faisaient partie de son hygiène. Sa conduite prouve qu'il attachait la plus haute importance à ces assemblées. Jusqu'à sa mort il continua à les tenir une fois par semaine et à les saisir de questions importantes, soit ecclésiastiques , soit de haute politique, soit de finances. Lorsque le secret était indispensable, il préférait la voie des congrégations, ou bien le recommandait aux cardinaux réunis en con* sistoire, sous peine d'excommunication, de la perte du chapeau, ou même de la vie. Quand ses proposi-* tions étaient accueillies en silence, il s'impatientait, et insistait pour qu'on s'exprimât librement. Lorsqu'un jour il communique son intention de faire une promotion de deux cardinaux, dont il donne les noms, tout le monde se tait. A plusieurs reprises il engage les cardinaux à parler. Enfin on rompt le silence, on se déchaîne de toutes parts, non contre la personne des candidats, mais contre la fréquence des promotions. L'un des pourprés, Paleotto, se fait remarquer par la vivacité de son opposition. Le pape l'écoute, donne ensuite ses raisons, dit qu'il ne veut pas faire comme Pie IV qui, en une seule fois, a créé vingtcinq cardinaux, parmi lesquels celui qui crie maintenant le plus haut contre la création de deux seulement.

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Par les échos du sacré collège, par les correspondances des ambassadeurs, nous avons connaissance de plaintes incessantes provoquées par le peu de cas que Sixte-Quint faisait de l'avis des cardinaux. Il n'en est pas moins vrai qu'il les écoutait, qu'il discutait les questions avec eux, que souvent, sans en convenir, il modifiait ses idées en les rapprochant des leurs, et qu'il mettait du prix, lorsqu'il s'agissait de résolutions graves, k s'assurer l'adhésion du consistoire. Les cardinaux, de leur côté, se laissaient moins intimider qu'on ne l'a dit. Lorsque des questions brûlantes étaient traitées en consistoire, les ambassadeurs v assistaient souvent, et quand ils n'y assistaient pas, ils s'en procuraient facilement des comptes rendus. Ces documents prouvent jusqu'à l'évidence que ces assemblées n'étaient pas des assemblées de complaisants, faciles et toujours prêts à s'incliner devant l'oracle officiel. Certes, dans des réunions nombreuses, tous les assistants ne sont pas doués de capacités de premier ordre et tous ne sont pas des héros ; mais en présence de ce fougueux vieillard qui savait si bien inspirer la terreur, les cardinaux, à peu d'exceptions près, firent souvent preuve d'une louable indépendance.

En arrivant à la salle Ducale où les consistoires se tenaient ordinairement, le pape avait l'habitude d'entendre en particulier ceux des cardinaux qui désiraient lui parler. Cependant les autres avaient leurs apartés entre eux, changeant de place s'il y avait lieu, mais chacun reprenant la sienne au moment où le pontife ouvrait la séance. Celui-ci, tout en causant, suivait de

Toeil les mouvements des pourprés, surtout des plus remuants, de Médicis, de Joyeuse, de Sens, lisait sur leurs^ physionomies, car il avait la vue fort bonne, et devinait, avec sa rare sagacité, les petites trames qu'ils ourdissaient. La rapidité et la justesse de son coup d'œil étaient surprenantes. On raconte qu'au moment d'entrer dans la salle il s'apercevait des absences. Et malheur à ceux qui ne pouvaient les justifier I Il les attaquait avec sa verve habituelle, éveillant, selon le ton qu'il prenait, les murmures ,ou l'hilarité de l'assemblée.

Voici maintenant un exposé succinct du système nouveau des congrégations établi par la célèbre bulle de Sixte-Quint Immensa seteimi Dei. Il n'y a aucun doute que ce document ne soit le produit de sa plume. Dieu, y est-il dit, a porté dans l'œuvre de la création une admirable harmonie : toutes les parties de la création se servent et se complètent mutuellement. Suit une comparaison de la céleste et de la terrestre Jérusalem. Là les esprits bienheureux se trouvent classés en catégories, la volonté de la Providence divine étant que les êtres plus hautement doués viennent au secours des inférieurs; ici-bîis. Dieu a ordonné une hiérarchie composée de membres de grades divers, tous appelés à se grouper, chacun à sa place, autour du souverain pontife. C'est lui qui envoie au loin les pasteurs chargés de veiller sur les ouailles, mais qui retient auprès de lui, comme Moïse les anciens, comme Jésus-Christ les apôtres, soixante-dix cardinaux, les plus illustres membres de l'Église, chargés de l'assister de leurs conseils, de porter avec lui le

fardeau immense des affaires de la chrétienté. C'est à lui seul que Dieu a délégué le pouvoir de lier et de délier. Après cet exorde, qui réserve au pape la plénitude du pouvoir absolu et relève le caractère consultatif du vote des cardinaux, la bulle donne comme motif de la création des congrégations , instituées avec le consentement du sacré collège, la nécessité de faciliter l'expédition des affaires.

Les congrégations établies (celles qui ont trait aux questions du domaine spirituel subsistent encore) sont au nombre de quinze. La première, celle du Saint-Office^ fondée, comme on a vu, par Paul 111, et que la bulle de Sixte-Quint confirme en la réorganisant, connaît de toutes les causes relatives à la foi, hérésie manifeste, schismes, apostasies, sacrilèges, abus des sacrements. C'est de toutes la seule qui soit munie de tous les pouvoirs et attributions d'un tribunal. Elle est présidée par le pape lui-même et étend sa compétence sur toutes les parties du globe où existe la religion chrétienne. Elle était et est encore considérée comme la plus importante.

A la signature des grâces appartient l'examen des demandes de grâces et faveurs, quand elles ne sont pas du ressort defs tribunaux ordinaires ; à la congrégation pour Vérection d'églises et provisions consistoriales, celui des demandes d'établissement d'églises patriarcales et métropolitaines, de cathédrales et de chapitres, conformément aux dispositions du concile de Trente.

La congrégation dite de Vabondance de VÈtat ecclésiastique a la direction suprême de tout ce qui

a rapport à rapprovisionnement de Rome et des provinces, surtout dans l'intérêt des classes nécessiteuses. Sixte-Quint lui fît une donation de deux cent mille écus, fruit, disait-il, de ses économies, et destinée à former le patrimoine des pauvres. Par une bulle spéciale il recommanda à ses successeurs le soin de maintenir cette somme intacte, s'ils ne pouvaient Taugmenter.

La congrégation des rites et cérémonies veille à la conservation des usages établis en matière de solennités d'Église et réforme les abus. La chapelle pontificale et toutes les églises de l'univers sont de son ressort. Elle s'occupe aussi des questions de canonisation.

Le pape avait conçu l'idée de former une marine pontificale. La congrégation pour V armée navale eut la mission de diriger les travaux. « Après avoir, dit la bulle, avec l'aide de la divine miséricorde, extermine les malfaiteurs qui infestaient les terres méditerranéennes, en sorte que chacun peut vivre tranquillement h Tombre de sa vigne et de son figuier, nous comptons purger la mer Supérieure des corsaires, afin de donner la sécurité non seulement à nos sujets, mais aussi aux nombreux étrangers qui viennent visiter Rome. » L'escadre devait se composer de dix galères.

La congrégation de Vindex rédige la liste des livres défendus pour cause d'hérésie. Elle se mettra en relation avec les universités de Paris, Bologne, Salamanque et Louvain. En établissant ces rapports, le pape comptait attaquer le mal dans sa racine. Évidemment,

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il s'agissait moins de la confection de listes nécessairement incomplètes des livres défendus que d'empêcher, avec Taide de ces grands foyers de la science catholique, l'adoption et la propagation des doctrines condamnées par l'Eglise.

La congrégation du concile de Trente interprète les actes de ce concile relatifs à la réforme des mœurs et à la discipline ecclésiastique. Elle comprend dans sa sphère d'activité l'ensemble du monde chrétien. En tout ce qui concerne les matières de dogme traitées par ce concile, le pape s'en réserve absolument l'interprétation.

Des congrégations sont établies pour soulager le peuple de l'État ecclésiastique ^ eipour gouverner Vuniversilé, dite la Sapienza, que Léon X avait fondée; Sixte-Quint acquitta les charges qui grevaient cet établissement, le réorganisa et éleva les deux ailes du bâtiment qui existent encore.

La congrégation des réguliers est chargée du contentieux entre les différents ordres monastiques, h l'exception des causes particulières entre religieux, dont connaissent les supérieurs respectifs.

Celle des évêques reçoit les demandes et propositions des patriarches, primats, archevêques, évêques et prélats non réguliers, et intervient en cas de contestations entre eux.

Une congrégation pourvoit à Y entretien des routes, ponts et aqueducs de l'État pontifical.

Une autre exerce la surveillance de Vimprimerie Vaticane. Cet établissement, dû à Pie IV, fut agrandi et enrichi par Sixte-Quint, qui s'en sei^vit pour la pu-

blication de son édition des Pères de TËglise et de la Vulgate.

Enfin la congrégation sur les consultations de^ tElat, sorte de tribunal d*appel, révise, sauf la décision finale du pontife, les procès en matières civiles et criminelles.

Les congrégations se décom])o.sent, comme on voit, en deux catégories. Sept d'entre elles s'occupent de l'administration de l'État pontifical, de l'instruction publique, de la justice, de la marine, des questions relatives au soulagement du peuple, de l'approvisionnement, des ponts et chaussées, aqueducs et travaux publics^ enfin de l'imprimerie du Vatican. A l'exception de la congrégation aujourd'hui dite des études y et qui, selon la volonté de Sixte-Quint, devait diriger l'enseignement de l'Université, elles ont toutes cédé leurs attributions aux dicastères de VÎXdX récemment installés. Les huit autres comprennent dans leurs diverses attributions le monde chrétien et embrassent toutes les branches du gouvernement de l'Église : le dogme, les grâces, la distribution des diocèses et tout ce qui s'y rattache, les rites et cérémonies, la censure des produits de la presse, l'interprétation des actes du concile, les rapports des évêques avec le Saint- Siège et les relations et contestations des ordres monastiques entre eux.

L'intention du pape était de changer annuellement, ou au moms tous les deux ans, la composition des congrégations, pour faire passer tous les membres du sacré collège par toutes successivement et les mettre à même d'acquérir ainsi une connaissance pra-

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tique de toutes les affaires de TÉtat et de l'Eglise.

Sixte-Quint montrait la plus grande déférence pour les avis émis par les congrégations. Les cas où il ne s*y conforma pas sont excessivement rares. L'absolution du comte de Soissons, demandée par Henri III et par le cardinal de Bourbon, en est un exemple. La congrégation à laquelle il avait déféré cette question, en appuyant la demande du comte, avait, à l'unanimité, rendu un vote négatif. Cette fois, au grand étonnement du sacré collège, mû par des considérations de haute politique, il passa outre.

L'établissement de ces réunions restreintes mais permanentes fut jugé diversement; cependant la critique des cardinaux, des prélats et du public s'attaqua surtout' à leur composition. Il y eut en jeu des susceptibilités froissées, des questions d'amour-propre et non de principes. Comme institution, les congrégations ont fait leurs preuves. Modifiées et augmentées en nombre, selon le besoin des temps, elles subsistent encore de nos jours*. A Sixte-Quint revient l'honneur d'avoir organisé le travail de l'Église.

La composition du sacré collège lui tenait particulièrement à cœur. Cédant h sa tendresse pour les siens, se prévalant d'exemples heureusement déjà de-

1. Voici h liste des congrégations qui fonctionnent aujourd'hui et les noms sous lesquels elles sont désignées : Romana ed universale Tnquisizione ; Gonsistoriale ; Visita Apostolica; Vescoyi e Regolari ; Concilio ; Rcsidenza de' Vescovi ; Sopra lo stato de* regolari ; Immunità ecclcsiastica ; de propaganda fide; Indice; Sacri Riti; Ceremoniale; Disciplina regolare ; Indulgenze e sacre reliquie ; Esame de' Yescovi ; Fabrica di San Pictro ; Lauretana; Affari ecclcsiastici straordinari ; Studi.

venus rares et généralement réprouvés, il avait eu, on s'en souvient, la faiblesse, dès son élection, de faire cardinal un enfant de treize ans. Les observations de ' quelques cardinaux, le silence significatif des autres et la voix de sa conscience ne tardèrent pas à lui faire comprendre la faute qu'il avait commise et combien son autorité de pontife serait atteinte s'il se laissait entraîner dans la voie funeste de l'exploitation de la papauté au profit de sa famille. Dès lors il apporta le plus grand soin au choix des cardinaux. 11 n'échappa pourtant pas à la critique ; il y prêta surtout par la promotion de son ancien échanson Galli. Mais ceux qu'il décora de la pourpre étaient presque sans exception des hommes pieux, appartenant à l'opinion réformiste, de mœurs exemplaires, et par conséquent dignes d'être adjoints au sacré collège. L'un d'eux, Aldobrandini, devait monter §ur le trône pontifical j Hugues de Verdalès était grand maître de l'ordre de Malte ; l'Anglais Alan brillait par la noblesse de son caractère; Cusani, par son érudition ; le Vénitien Morosini, par sa réputation de diplomate de premier ordre ; Pierbenedetti, par l'énergie et la sévérité qu'il déploya comme gouverneur de Rome. Gaëtani comme légat auprès de Henri III a marqué dans l'histoire de la Ligue. Le nom que nous trouvons le dernier sur la liste de la dernière promotion de Sixte-Quint est celui d'un Pepoli, de cette famille dont le chef avait été mis à mort par ses ordres. Ce prélat dut la pourpre, disait-on, au désir qu'avait le Saint-Père de faire montre de son impartialité. Peut-être le pontife, déjà près de la tombe, en regardant en arrière, donnait-il

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un regret tardif à la mémoire du noble vieillard immolé aux exigences d'une situation extrême. .

Rien ne lui déplaisait comme de voir les cardinaux étrangers nouvellement créés chercher à éluder l'obligation de venir à Rome. Il déclara en consistoire qu'ils n'auraient le chapeau et n'entreraient dans la jouissance de leurs prérogatives qu'après avoir rempli ce devoir. Le retard que le cardinal Draskovich mettait à venir devint la cause d'une polémique assez acerbe entre les cours de Rome et de Prague. La question, si importante de tout temps, relative aux cardinaux étrangers fut plusieurs fois débattue aux consistoires. Le pape se plaignait d'être importuné par les princes étrangers, qui semblaient vouloir le forcer à porter son choix sur des individus peu dignes de la pourpre. Il nomma une congrégation chargée de donner son avis sur les qualités requises pour être cardinal. Aux termes de la bulle Postquam verus ille, à côté d'autres dispositions, le nombre des Cîirdinaux est fixé à soixante-dix. Les créations de ceux qui dépasseraient ce .nombre seraient nulles et non avenues. Les cardinaux seront autant que possible choisis dans toutes les nations chrétiennes ; les diacres, pour être cardinaux, devront avoir au moins vingt-deux ans; il y aura parmi les soixante-dix cardinaux au moins quatre docteurs en théologie appartenant aux ordres réguliers mendiants; pour être cardinal, il faut avoir reçu les ordres mineurs et porté au moins une année l'habit de prêtre et la tonsure. Les cardinaux absents de Rome à l'époque de leur nomination sont tenus de s'y présenter dans TannéCé

Dnns Tune des dernières lettres qu'il écrivit avant sa mort, le cardinal d'Esté soumet à M. de Villeroy des considérations qui n'ont pas perdu l'intérêt de l'actualité. « Je ne sais, di^i^ quelle idée de cardinal on formera, ni si ceux qu'il (Sixtè-Quint) a déjà faits se trouveront moulés à ce patron. Une chose je sais, que le concile de Trente a dit très sagement que les cardinaux doivent être pris de toutes les nations delà chrétienté, en tant que faire se pourra, comme il serait raisonnable que la France, étant le premier et principal royaume de la chrétienté (après le Saint-Empire), eût des cardinaux en proportion de son étendue et grandeur et mérites envers le Saint-Siège. Mais il faudrait aussi qu'ils se souvinssent qu'ils sont conseillers du Saint-Siège et de l'Église universelle, et vinssent résider parfois à Rome, laquelle résidence fait, à mon avis, une chose qui autrement serait jugée insupportable, que l'Italie, qui est l'une des plus petites parties de la chrétienté, a maintenant plus de deux tiers et quasi les trois quarts de tout le nombre des cardinaux; d'où s'ensuit aussi que la porte du pontificat est aujourd'hui fermée de fait à toutes les autres nations, encore que de droit commun le pape est pape de toute la chrétienté et non des Italiens seulement. Le cardinalat et le pontificat doivent être ouverts à gens de mérite de toutes les nations, gardant la proportion requise en toute communauté. »

Quand une promotion avait eu lieu, Sixte-Quint aimait à faire valoir les titres des nouveaux cardinaux. Il se complaisait à les énumérer à Gritti, disant c< qu'il ne faisait pas comme Grégoire Xill, qui ne pouvait

prendre de résolution, et qui un jour, à la fin d'un consistoire, tira soudainement de sa poche un papier contenant dix-neuf noms. Il se borna à les lire en disant : Ad sedandas murmurationes creamus :

cardinalem primum ad instantiamCœsaris.,., tandis que nous avons toutes les peines du monde à trouver quelques rares individus dignes du grade et aptes à remplir les devoirs de cardinal ; et nous n'en faisons pas une volée de dix-neuf comme Grégoire, qui ne songeait qu'à pourvoir sa famille et ses favoris. » Il indique que de nombreuses promotions faites à la fin d'un pontificat trahissent toujours, de la part de leur auteur, l'arrière-pensée de faire, après lui, élire un pape favorable à sa famille. c< Il n'y a pas, dit-il, de faute plus grande que, pour des intérêts particuliers, vouloir s'assurer du choix du successeur. C'était pojir faire après lui Garpi pape que Paul IV a créé, avant de mourir, un si grand nombre de cardinaux, et au lieu de Garpi fut élu Medichino (Pie IV), qui lui a étranglé les neveux. Pie IV voulait qu'on fît pape le cardinal de Pise, et il n'en a rien été; Pie V, que ce fût Moroiîe, et on a nommé Grégoire, qui, de tous les cardinaux, lui était le plus antipathique. Grégoire voulait faire pape quelqu'un qui vit encore et que nous ne nommerons pas, et pour assurer son élection, il a créé dix-neuf cardinaux à la fois. G'est nous qui avons été acclamé, et tout le monde sait combien il nous était hostile. Mais à quoi bon en parler? Saint Pierre voulait faire après lui Clément pape, et il eut pour successeur Lino, et cependant saint Pierre ne pouvait commettre que des péchés véniels, ayant visi-

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