PROMENADE DANS ROME EN
(Note au tome II, p. 82.)
La piazza del Popolo ne possédait pas encore les deux églises écrasées sous leurs lourdes coupoles, la ranipeduPincio, le nouveau couvent des Hiéronymites, ni aucune des autres constructions qu'on y voit, et qui
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sont l'œuvre de Pie Vil et de Tarchitecte Valadier. La place était moins symétrique, mais plus pittoresque, grâce à Sainte-Marie du Peuple, de Baccio Pintelli, non encore enjolivée par Bernini ; grâce à son clocher, qui se dressait parfaitement visible au-dessus d'un bas mur d'enceinte, percé de deux portails du style de Grégoire XIII. Le couvent occupait presque tout le côté oriental de la place. De hautes maisons, à larges portes rustiquées, s'élevaient entre le Corso, la Ripetta et le Babbuino. Deux autres inies, l'une longeant le pied du Pincio, l'autre menant au Tibre, ont disparu *. Le Corso. Nous avons dit que la partie méridionale de cette grande rue, celle qui est située entre la place du Peuple et l'arc du Portugal; près du palais Fiano, était à peine habitée. Saint- Jacques des Incurables était en voie de construction. Un guide, publié sous le pontificat de Sixte-Quint, donne une vue de la façade de cet édifice, qui a été rebâti en 1600. La petite église des Lombards, placée sous l'invocation de saint Ambroise, n'était pas encore devenue le somptueux temple de saint Charles Borromée. Le palais de Portugal, aujourd'hui Fiano, date du règne d'Eugène X, et a, sous Nicolas II et Jules II, subi des changements considérables. Sa façade est restée inachevée. Une grosse tour qui, en partie démolie et appropriée à des habitations, existe encore, s'élevait près de l'arc; l'arc, surmonté d'un corridor moderne, la
1. Voy. la fresque de la salir, de Sixte-Qiiinl à la BiblioUièque Vatl'* cnne, les gravures d'Israël Henriet, publiées à Paris, vers le milieu du dix-septième siècle, et les manuscrits souvent cilés de la Bibl. Imp. I»ari8, Fonds fr. 5550, 5562.
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reliait aux dépendances des palais situes de l'autre côté de la rue. Elle ressemblait à la grande tour du palais d'Autriche, et datait comme celle-ci et comme la tour d'Ara-Cœli, les deux seules qui se soient conservées, du pontificat de Paul III. Le palais Fiano avait été habité successivement par les cardinaux Joào de Moura, Jorge Costa, qui était aussi ambassadeur de Portugal près d'Innocent VIII, et Miguel de Sylva. De là le nom de palais de Portugal. A l'époque de Sixte-Quint, il portait dans ses différentes parties l'empreinte du moyen âge et de la première renaissance.
La place Colonnaj entourée de chétives maisonnettes, attirait l'attention par le célèbre monument de Marc-Aurèle, qui lui donna son nom. Cette colonne menaçait ruine et fut restaurée par Sixte-Quint. Nous rappellerons ici un fait presque oublié : c'est que, vers la fin du dix-septième siècle, la colonne, pour subir une nouvelle restauration, a été complètement démolie. Une gravure de 1696, de la collection d'estampes de la Bibliothèque nationale de Paris, représente la place dépourvue de ce monument. Au coin du Corso s'élevait l'habitation du comte Girolamo Pompeo Ludovisi, sous Sixte-Quint sénateur de Rome. Ce seigneur vendit une portion de son jardin aux barnabites, qui y construisirent et y ouvrirent en 1595 l'église et le collège de Saint-Paul à la Colonne. En 1659, Alexandre VU réunit ce collège à celui de Saint' Charles et Biaggio à Catinari^ fit démolir l'église, le couvent et le palais Ludovisi, et construire sur ce terrain l'immense palais Chigi*. En face du palais Ludo-
i. Voy. les documents des archives du collôg« de Catinari. — Jtftf-
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visi, au coin du Corso j on voyait un palazzetto à fenêtres guelfes (Ferrajuoli), et à côté, la petite église de Sainl-Bartolommé, de Baccio Pintelli. Le palais Pioinbino n'existait pas.
Continuation du Corso. Le palais des Buonacorsi venait d'être achevé. San Marcello n'avait pas encore la façade riche et tourmentée de Carlo Fontana, et celle de l'église de Santa-Maria in via lata n'avait pas encore été rebâtie, d'après les beaux dessins de Pierre de Cortone. Le palais contigu d'Urbin, alors ambassade d'Espagne (Panfili-Doria), était un groupe de maisons d'âges divers et d'architectures différentes. Des différents édifices dont il se composait, deux seulement sont restés debout ; ils donnent sur la petite rue de la Gatta, On y voit de basses colonnes et des arcades qui semblent remonter au dixième ou au onzième siècle, une petite porte murée en ogive du commencement du quinzième, et un grand portail rustique de l'époque ou du moins du style de Paul IlL En résumé, la physionomie du Corso est changée par suite des modifications que les fenêtres ont subies, mais la plupart des maisons remontent à l'époque de Paul II et de Sixte IV. L'église de Jésus-Maria et de Saint- Charles, tous les palais de style baroque n'existaient pas ou ont été rebâtis à neuf, comme ceux qui portent aujourd'hui les noms de Verospi, Salviati (autrefois Nevers et Mancino), Simonetti, Costa, Piombino, Doria, Bonaparte, Bernini, etc. On y voyait déjà les pa-
morie délia corporazione de^ Barnabiti, i^diV Barelli; Bologne, 1703. — Les fresque de la Bibliothèque Vaticane, salle de Sixte-Quint, et les vues de Rome par Faldi.
lais Teodoli, Buonacorsi, Ruspq^i et Marino Torlonia. Un petit nombre de maisons bourgeoises ont conservé le caractère de Tépoque.
Le palais dit de Saint-Marc^ plus tard de Venise, aujourd'hui d'Autriche , sauf les modifications des fenêtres de la façade de la via del Gesii, sauf le toit de la grande tour, autrefois saillant, n'a subi aucune altération notable. Il n'a jamais été achevé et se trouvait toujours en mauvais état de conservation. Les rapports des ambassadeurs de Venise sont remplis de demandes de subvention, que la Seigneurie n'accorde que fort parcimonieusement. A Venise, dans les bureaux du doge, on expliquait même la générosité de Pie IV par son désir de se débarrasser des frais d'entretien de l'édifice.
La place des Apôtres y au dix-septième siècle, a complètement changé d'aspect. Le couvent de frà Felice seul a conservé son caractère. En dehors du grand palais, qui est encore habité par l'illustre famille dont il porte le nom, presque toutes les autres maisons de la place étaient aux Colonna. La plus considérable a passé aux Chigi et est devenue le palais Odescalchi. Nous avons déjà mentionné le palais Valentini, bâti pour et par le cardinal Rusticucci, car il en a lui-même composé les dessins*.
Le Capitale. Paul III avait chargé Michel-Ange de donner à ce lieu classique une nouvelle physionomie. C'est Michel-Ange qui y plaça la statue équestre de
1 . Oa peut en voir la description ddns : Letlere di Girolamo Catena; Roma, 1589.
n. as
Marc-Aurèle qu'on ayait trouvée près du Latran et que Sixte-Quint comptait y faire reporter*. C'est encore Michel-Ange qui a exécuté la Cordonala qui mène de la place Ara-Cœli au Capitole, et l'escalier à double rampe qui est devant le palais des Sénateurs. On lui attribue aussi, mais à tort, la tour de ce palais, qui est de Martin Longhi. Tout le reste a été fait postérieurement à la mort du grand maître, et ce n'est certainement pas sur ses dessins, par Giaccomo délia Porta, par Rainaldi et par Giaccomo del Duca. Voici comment se présentait le capitole de Sixte-Quint. En face, le palais des Sénateurs inachevé et dérobé à la Yue par des échafaudages. A droite, le palais des Conservateurs, simple et légère construction du style florentin; une arcade élancée supportant deux étages percés de fenêtres à plates-bandes et cintrées aux angles. A gauche, là oii plus tard a été bâti le musée, le mur nu, orné seulement d'une niche qui sépare Ara-Cœli de la place *.
Des Français qui visitent Rome sous le pontificat de Sixte-Quint parlent des antiquités qu'on voit dans Tune des chambres du palais. Quatre de ces statues passent pour les plus belles de Tltalie : « Un enfant de bronze lequel se tire 'une épine du pied ; une louve de bronze et Romulus et Rénms qui sont dessous et qui la tettent ; un Bacchus, un Marc-Aurèle et beau* coup d'autre^ antiquités, entre lesquelles il y a Marins