ET SEIZIÈME SIÈCLES
Nous avons dit que l'architecture bourgeoise suivait, au quinzième et au seizième siècle, les transformations que subissait l'architecture monumentale des palais romains.
Sur cette matière, Tauteur s'est livré à un examen attentif des maisons comparativement peu nombreuses datant de ces époques, et qui se sont conservées dans leurs formes primitives.
Des murs à fruit sans décoration sont percés d'uoe fenêtre géminée ou trilobée. Celle-ci se compose de deux arcs surbaissés et supportés par un trumeau étroit, décoré à l'extérieur d'une colonnette engagée. Toute la fenêtre est en retrait sur le nu du mur. L'édifice est couronné d'une loge composée d'arcades surbaissées reposant sur des colonnettes qui s'appuient sur un bandeau. Le toit à chevrons apparents est fort saillant*. C'est la transition du gothique italien à la renaissance ; le moyen âge cède lentement et de mauvaise grâce au style nouveau, introduit par les Florentins que Paul II a appelés à Rome. Ces maisons sont devenues excessivement rares.
Le type le plus commun du quinzième siècle est la maison à deux étages, rarement à trois, y compris le rez-de-chaussée. Le mur est à fruit, le toit saillant. Des bandeaux servent d'appui aux deux fenêtres. Colles-ci, placées aux deux angles, sont à plein cintre ; un chambranle plein les encadre. La porte qui se trouve à l'un des angles affecte la môme forme. Dans les plus anciennes constructions de ce genre Tescalier est en dehors. Des familles nombreuses ou aisées dou-
1. Via in Pisincella, non luin de la via Lungaretta (Transtévcre). Il y en a un semblable près des portiques d'Octave. Je n'ai vu de fenêtres trilobées que dans quelques rares palais, dans celui de Capranicà, et au coin du palazsetto d'Autriche du côté de la place de Saiot- Marc.
blaicnlla maison ; il y a alors trois fenêtres, dont celle (lu milieu est géminée. Les fenêtres et portes manquent d'imposte, et l'espace entre l'extrados et le plancher est fort considérable *. Sous le pontificat d'Alexandre VI, les maisons des bourgeois portent déjà l'empreinte du bien-être. Elles ont rarement moins de trois étages, et comme la tour n'est plus de mise et leur est d'ailleurs refusée, car elle n'appartient qu'aux nobles, elles se composent d'une jolie loge (aujourd'hui toujours murée), semblable à celle que nous venons de décrire, mais reposant sur des pilastres octogones que Baccio a mis à la mode '.
Le signe caractéristique de cette époque est le portail, première et timide imitation du rustique florentin. Sous Sixte IV ce sont les palais, sous Alexandre VI les maisons du mezzo ceto qui l'adoptent. C'est un arc à plein cintre. Les claveaux et assises formant le chambranle sont taillés à refend ; la clef saillante dépasse légèrement l'extrados de l'arc. A l'extérieur et à l'intérieur, des moulures encadrent le refend. L'imposte manque encore. Ce portail, introduit par les maîtres toscans, se trouve dans toutes les constructions de l'époque pendant laquelle ils ont dominé à Rome, c'est-à-dire depuis Paul II, jusqu'à la fin du siècle, jusqu'à l'arrivée, à l'avènement comme on pourrait dire, de Bramante. Le palais de la Chancellerie, qu'il
1 . On troave encore beaucoup de ces maisons au Transtcvère et au Borgo dans le vieux quartier des Saxons, quelques-unes sur la rive gauche.
2. C*est à lort que Baccio Pintclli passe pour> avoir apporté à Rome le pilier octogone. On en trouve déjà dans la cour (le jardin] du palazzetio de Saint-Marc, construit ayant son arrivée.
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a bâti, change en partie la physionomie des rues. Le nu des murs entre les étages se revêt de pilastres fort peu saillants, appuyés sur des bandeaux. La porte, les fenêtres du premier étage sont le plus souvent à platesbandes. Un chambranle simple les contourne également. Les fenêtres de Tétage supérieur sont à plein cintre et sans imposte, le toit toujours saillant. Dans les constructions plus considérables on voit au-dessus du portail à plate-bande une corniche supportée par des consoles dans la hauteur de la frise, qui est saillante et affecte la forme du tore. Les consoles reposent sur des contre-chambranles. Les fenêtres sont à plein cintre, entourées d'un chambranle plat et sans imposte. Les tympans forment saillie sur, le nu des murs, portent une rosace, et sont couronnés d'une corniche*. Sous TinBuence des Florentins attirés. par Léon X, leur compatriote, le goût du rustique reprend à côté du culte de l'antiquité. Oh parle la langue des Romains avec un fort accent toscan qui ne gâte rien. Peu de maisons bourgeoises* osent, à l'exemple du palais, asseoir leurs étages supérieurs sur un rez-de-chaussée en bossage, mais le portail au moins suit la mode. C'est de nouveau l'arc à plein cintre ; seulement les claveaux et assiettes sojit de grosses pierres rustiquées et alternant de longueur. On n'y voit pas encore l'imposte, qui est déjà généralement adoptée pour les fenêtres quand elles sont cin-
1. Le plus beau spécinien est la maison de Piclro Torcino dans la Strada papale citée plus haut.
2. Le n"» 103 du Borgo novo^ bâti, comme on croit savoir, par le médecin de Léon X, est du nombre, sauf le portail.
trées ; un peu plus tard les fenêtres sont généralement construites à plates-bandes. On a de la peine à s'expliquer le charme secret de cette architecture bourgeoise ; il serait plus difficile de le définir, impossible de ne pas le subir.
D'où vient qu'immédiatement après Paul III, et déjà vers la fin de son pontificat, bien qu'on s'écarte à peine des grands modèles , les palais et maisons deviennent lourds, monotones, tristes et engagent si peu les passants à les choisir pour résidence? Le feu sacré des générations précédentes s'éteint de plus en plus. Dans la seconde moitié du siècle, les portails rustiques, composés de pierres moins grosses, portent des impostes et des clefs non rustiquées qui n'ont aucune raison d'être dans une architecture imitant le rocher ; plus tard on y engage des colonnes supportant des balcons peu saillants. Les portails des petites maisons sont à plein cintre avec impostes composées de pierres ravalées. Les encadrements des fenêtres, désormais sans exception à plates-bandes, sont tourmentés et se profilent les uns sur les autres. Les crossettes sont parfois accompagnées de consoles qui n'ont rien à supporter.