‹ Sixte-QuintChapitre 26 sur 66 · mCENZ0 GBADENIGO AU DOGE · texte numérisé non relu

mCENZ0 GBADENIGO AU DOGE

Saragosse, 18 mars 1685.

(Noces de Charles-ËmmaDuel avec Tinfante Catherine.)

Le duc de Savoie est arrivé dimanche, le 10. Le roi, suivi de lous les grands et seigneurs, se rendit à sa rencontre à quatre cents pas de la ville, mesurés et marqués par le seigneur Don Diego de Cordoue. Arrivée là dans une prairie. Sa Majesté a dû attendre au soleil, pendant une demi-heure. En La complimentant, le duc s'est agenouillé et a voulu Lui baiser les mains, mais Sa Majesté Ta relevé avec Son affabilité habituelle, en l'appelant d'abord duc et ensuite mon fils et en lui adressant de fort tendres paroles. Cependant, un cheval richement caparaçonné et couvert de joyaux a été amené ; le duc l'a monté, et à la stupéfaction de tout le monde, le roi a insisté pour que le prince prît la droite. Le même soir, les cadeaux, qu'on avait exposés sur une estrade tendue de drap d'or, furent bénis par le cardinal de Granvelle, en présence de monseigneur le nonce et de moi, lui et moi étant té-' moins du mariage. Le lendemain matin se fit le mariage. Le roi était témoin du duc, et l'infante Isabelle (Claire-Eugénie) assistait sa sœur en la même qualité.

Je passe sous silence les particularités des fêtes en m^en référant à la relation ci-jointe qui, de toutes celles que j'ai vues jusqu'ici, est la plus véridique. Je l'envoie à Votre Sérénité, pour l'usage de ceux qui auraient la curiosité d'en prendre connaissance.

Par sa conduite, le duc, qui est prudent et fort avisé, tâche de gagner l'affection du roi ; ce en quoi il a parfaitement réussi. Sa Majesté est on ne peut plus contente de lui. Et, en effet, tout le monde remarque avec quelle promptitude il a adopté la gravité espagnole ; à tel point qu'il est loin déjà de son affabilité habituelle. Les personnes de sa suite s'en plaignent, en disant qu'ils ont perdu leur maîlre. Les grands d'Espagne, pour complaire à Sa Majesté, témoignent extérieurement du respect au prince, l'honorent de leurs visites et n'omettent aucune démonstration de déférence, mais ils souffrent, dans leur for intérieur, de voir leur roi prodiguer tant d'honneurs au duc, qu'il n'en pourrait faire davantage pour l'Empereur. On se rappelle que lorsque l'archiduc Ernest est venu en Espagne, le roi ne quitta sa salle qu'à la fin de la visite.

J'ai fait au duc mes compliments à l'occasion de son mariage, lui parlant de son heureux voyage et d'autres sujets semblables. Il m'a répondu, — je cite ses paroles textuellement, — que, toute sa maison avait été amie de la Seigneurie, et qu'il en résultait pour lui l'obligation de rester dans les mêmes sentiments, étant lui aussi gentilhomme de cette noblesse, avec d'autres paroles semblables, mais sans la moindre mention de Votre Sérénité. En me congédiant, il m'ac-

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compagna jusqu'au milieu de sa propre chambre ; et c'est là aussi qu'il m'avait reçu. Somme toute, chacun se dit que le roi a bien vite et très-bien fait son éducation. Les princes et princesses dînent séparément, chacun dans sa chambre, et après le repas, on se réunit chez le roi. Le baron Sfondrato et Ydiaquez sont fort boutonnés. En matière d'affaires d'État, il est impossible de pénétrer ce qui se passe; toutefois on afûrme que le roi a pris à sa solde un certain nombre de troupes, ainsi que les garnisons des villes et forteresses et tout le reste de la milice à pied et à cheval (du duché de Savoie) en sorte que, suivant l'opinion de ceux qui connaissent l'habileté du roi, le duc verra son pays, bientôt au delà du besoin inondé d'Espagnols. Cela est d'autant plus probable que le baron Sfondrato, si Espagnol qu'il soit, est fort en faveur auprès du duc. Il vient d'élre nommé majordome de l'infanle, car c'est ainsi qu'on l'appellera et non duchesse. En attendant, les courtisans du duc se flattent que le roi donnera à leur maître la Sardaigne et qu'il le fera surintendant des vice-rois et gouverneurs des possessions italiennes de Sa Majesté, ce qui ne plairait guère aux Castillans. Mais quiconque connaît le naturel peu libéral du roi sait que toutes ces suppositions sont purement gratuites. Au reste l'avenir nous renseignera sur tout cela. Maintenant on se sert du duc pour demander des grâces au roi, mais Son Altesse fait en ceci preuve de beaucoup de retenue...

Arch. Ven. Disp. Spagna. fil. 18.

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