ANTONIO TOBNIMBENE AU DOGE
Banselonef 13 juin 1585.
(Charles-Emmaniiel i la cour d'Eipagne.)
... Le duc de Savoie, qui rentre dans ses États, s'est fait tellement Espagnol, non -seulement dans son extérieur mais aussi au moral et par sa volonté, qu'on a de la peine à en croire ses yeux. Il est persuadé qu'il est de son intérêt de s'appuyer sur le roi et professe hautement vouloir partout et en tout dépendre de Sa Majesté, et c'est ce que le roi et ses ministres espèrent et désirent ; et même les personnes de basse condition appartenant à sa suite disent que Son Altesse, dirigée par le baron Sfondrato, ne fera jamais rien qui ne soit conforme aux volontés de Sa Majesté catholique.
Arch. Yen. Disp. Spagna. fil. 18.
5« VmCENZO GRADENI60 AU DOGE
Saragosse, 2 mai 1585.
(Mort de Grégoire Xlii. -^ Nécessité pour Philippe II d'iotenreiitr dana
les affaires de France.)
La nouvelle de la mort du pape (Grégoire XIII) a été reçue par le roi, le 24 du mois dernier, et^ dès le 27, il a fait expédier un courrier pour Rome. Si celui-ci arrive à temps, on attribue au cardinal San Giorgio beaucoup de chances, car il est particulièrement désigné par les Espagnols et désiré par les mi-
nisires. Et, en effet, en tant qu'il &'agira de faire la volonté du roi, il ne sera pas inférieur au pape décédé. Si le cardinal d'Esté se trouve au conclave, San Giorgio ne sera guère élu, mais on pense qu'alors le cardinal délia Torre pourrait réussir. . .
Bien des personnes croient que ce que je vous ai écril, le 2 du mois dernier, est vrai, relativement à im arrangement intervenu avec le duc de Savoie, le roi jugeant le temps opportun ; et, en effet, quand on considère le jeune âge du prince héritier, (Philippe III), qui vient seulement d'accomplir sa septième année, on voit clairement que si ce roi mourait, tous ses États, et non-seulement l'Italie et les Flandres, mais même l'Espagne, ayant pour voisins un roi huguenot, celui de Navarre, et le roi de France, seraient exposés aux plus manifestes périls. Afin d'assurer à son fils la tranquille possession du trône, le roi, selon l'opinion de certaines personnes, ne peut ne pas chercher qvie le royaume de France soit remis entre les mains d'un catholique son confident, ou, si cela était impossible, qu'il soit démembré et partagé, etpar conséquent rendu moins formidable que s'il restait uni et tombait entre les mains du roi de Navarre. Temporiser et ajourner est censé impossible. Cette importante conception doit être promptement mise à exécution ; car le roi est vieux et le roi de France en si mauvaise condition qu'il ne vivra pas longtemps ; par conséquent, le roi (Philippe II), prétextant les intérêts religieux, ne veut pas perdre une si bonne occasion. Et il n'y a personne ici qui mette en doute les pensées de Sa Majesté ; car, en France, Guise a poussé les choses si avant, qu'on aper
çoit dans le bois beaucoup de fumée, ce qui fait qu'on doit s'attendre à un grand incendie.
Arch. Yen. Disp. Spagna. fil. 18.