GIOVANNI GRITTI AU DOGE
Rome, 27 eeptemhre 1585. .
(Pologne, Rassie, Turquie.)
... A cette cour, il ne se passe pas de jour sans que l'occasion ne se présente de parler de grandes entreprises. AinsiJeP.Possevin vient d'arriver de Pologne. Il a été reçu parle pape qui Ta adressé à Azzolino. Jeudi dernier, le père Jésuite a passé plusieurs heures chez ce cardinal. C'est des affaires de Moscovie qu'on traite. Les vues du roi de Pologne (Etienne Bathory) se tournent de ce côté, et quoique l'on n'ignore pas que la Suède, le Danemark, les Turcs et même certains vassaux du roi pourraient bien y mettre obstacle, néanmoins, de l'autre côté, on tient Tentreprise pour facile et profitable. D'abord, on soutient que dans ce duché (la Russie), on pourra compter sur les bonnes dispositions de beaucoup d'hommes influents qui, mécontents d'être gouvernés par un prince privé du sens commun, montrent le désir d'avoir le roi de Pologne pour maître, et l'appellent ouvertement à leur secours. Ensuite, et par l'affinité de la langue, des us et coutumes, et par sa capacité et son naturel aventureux, ce prince semble réunir toutes les qualités requises pour réussir. Il paraît aussi que des prétextes plausibles pour se mettre en mouvement, ne lui font guère
défaut ; car il peut faire valoir ses droits sur Smolensk, ville forte située sur les confins , qui , autrefois sa propriété, est aujourd'hui occupée par les Moscovites. On soutient qu'il serait extrêmement difficile, sinon impossible, d'attaquer les Turcs du côté de la Hongrie, à cause des nombreuses et importantes forteresses qu'ils y possèdent. Mais, si le roi de Pologne est maître de la Moscovie, il lui sera facile d'entrer par cette porte dans les domaines du sultan. Appuyé par les grandes hordes des Tartares, tributaires du duché de Moscovie et ennemis naturels des Turcs, il pourra, sans grand péril, attaquer ceux-ci , d'autant plus qu'ils manquant dans ces contrée^ de forteresses et d'autres moyens de résistance. C'est donc en faveur de cette entreprise, et pour assaillir le sultan sur un point vulnérable, qu'on demande au . Saint-Siège des secours d'argent. Comme l'ambassadeur de Pologne qui a été ici n'a pas touché cette matière, on a envoyé le P. Possevin , appelé, d'ailleurs, d'après ce qu'il dit, par le Saint-Père lui-même, qui désirait s'entretenir avec lui de cette entreprise...
Arch. Vep. Disp. Roma.