GIOVANNI GRITTI AU DOGE
Rome, 8 noyembre 1S86.
(Indisposition du pape.)
Sa Sainteté a été souffrante ces jours derniers. Pour cette raison je n'ai pas demandé audience pendant la semaine; mais ayant appris que l'ambassadeur de
France a été reçu hier matin, j'ai fait la démarche nécessaire par le maître de la chambre et Sa Sainteté m'a fait savoir, par un palefrenier, que mon audience était fixée pour aujourd'hui à deux heures. J'ai trouvé le pape assis, ce qui m'a frappé, car il a l'habitude de se promener pendant les audiences. Il avait mauvaise miae.
Sa Sainteté m'a dit : « Dimanche dernier, à l'office des morts, nous avons été fort incommodé par cette longue et lourde robe de drap écarlate que nous ne sommes pas habitué à porter, et par la capuce doublée d'hermine que nous avions sttiUa tête. Le maître des cérémonies (Mgr Allaleope) a été bien maladroit. Il ne cessa de nous tirer par le manteau, en enfon* çant de plus en plus la capjuce sux notre tête. Nous l'avions, par suite de ce poids, fort échauffée et les i^eins eomn^e brisés. Aussi avons-nous passé une mauvaise nuit. Lundi matin, ils nous ont mis sur la tète une couronne neuve et trop étroite, ce qui augmentait notre souffrance. Après déjeuner nous avons eu un accès de fièvre, mais le médecin s'est obstiné à contester le fait, et nous avons bien voulu le croire. Mais mardi, après la signature et après déjeuner, nous avons eu de nouveau un petit mouvement de fièvre ; mercredi, nous avons tenu le consistoire, et après le repas voilà un nouveau et très-fort accès. Depuis nous n'en , avons plus eu, mais il nous est resté un peu de faiblesse et des douleurs dans les reins. C'est la fin du mal, mais cela ne doit pas nous empêcher de parler afTaires. »
J'ai, répondu que Sa Sainteté devait Se soigner, parce
que de Sa santé dépendait celle de la chrétienté et de mon prince sérénissime.
Le pape répliqua : « Si Dieu veut que nous vivions nous vivrons, sinon il saura pourvoir l'Église d'un bon successeur. Si nous vivons vieux, nous ferons bien des choses, et, dans ces derniers vingt-sept ans, il s'est à peine fait ce que nous avons accompli en un an. »
c( Saint-Père, dis-je, vous avez beaucoup fait, mais beaucoup reste encore à faire pour le service de Dieu, au bénéfice de la chrétienté.»
« Demain, reprit le pape, nous irons visiter les sept églises. »
• Et moi je conjurai Sa Béatitude de remettre ces actes de dévotion au lundi ou au mardi, parce que, d'ici là, Elle aurait repris Ses forces et serait moins exposée à une rechute.
Le Saint-Père répondit que ce serait laisser passer l'octave de la Toussaint. Puis il m'exposa l'importance du pèlerinage aux sept églises, que ses prédécesseurs avaient laissé tomber en désuétude^ et qu'il a remis en usage et accomplissait souvent, au déplaisir de beaucoup de cardinaux qui se contentaient de jouir des commodités de la vie et des biens de l'Église, mais qui reculaient devant la moindre fatigue...
Arch. Yen. Disp. Roma.