‹ Sixte-QuintChapitre 46 sur 66 · GIOVâKNI GRITTI AU DOGE Rome, 83 mai · texte numérisé non relu

GIOVâKNI GRITTI AU DOGE Rome, 83 mai

(Propos du pape sur les affaires d'Orient, sur Philippe U et la reine

Elisabeth.)

...J'ai communiqué au Saint-Père les dernières

nouyelles de Constant] nople. Sa Sainteté pense que la paix entre le Turc et le Sophi (de Perse) n'est plus douteuse, a C'est ainsi, disait-Elle, que les chrétiens ont manqué une précieuse occasion! La raison commandait d'attaquer les Turcs pendant qu'ils étaient en guerre avec les Persans, ou bien de se tourner contre les hérétiques ; puisque ceux-ci ne pouvaient pas alors compter sur la coopération du sultan; tandis que, maintenant, ils pourront aisément obtenir son appui. Le Saint-Siège contribue pour 800,000 écus par an aux armements du roi d'Espagne qui ne fait rien. Ses galères sont employées au trafic, l'argent de l'Église et le sien sont gaspillés, et la colère de Dieu est évidente à en juger par les calamités qui ont dernièrement fondu sur le roi catholique. En Hollande et en Zélande, la reine d'Angleterre le harcèle ; en Flandre, si un jour il prend une ville, il en perd deux le lendemain, lia souffert des dommages immenses l'an dernier, et il en sera de même cette année-ci. La reine Elisabeth a soulevé contre lui les princes d'Allemagne, les Casimir, les Henri de Navarre. Une femme met le monde sens dessus dessous, et sait tenir tête à tous avec ses propres ressources. Mais s'il y a entre les princes catholiques le moindre sujet de plaintes, non pas pour des faits, mais pour une simple parole, on pousse les hauts cris et on menace de tirer Tépée. » Tout ceci le pape me l'a dit très-confidentiellement et je me crois d'autant plus obligé de mander ses paroles, que, par le temps qui court, on ne peut pénétrer les vues du roi (Philippe II) et qu'il serait trèspossible que ses grands armements ne soient pas desti-

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nés à attaquer TAngletere, mais à quelque autre entre^ prise ^ Mais comme il est évident que, si les parole^ ' du pape étaient divulguées, il en résulterait grand préjudice pour le service public, outre que Sa Sainteté me retirerait Sa confiance, j'ose, avec toute la révérence due h. Votre Sérénité', La prier de garder le secret.,,

Arch. Yen. Disp. Rema. fîl. 21.

S8. GIOVANNI GHim AO

Rome, 50 mai 1587.

(Conslruclions.)

Hier, le Saint-Père a quitté Saint-Pierre (le Vatican) pour se rendre à sa vigne. Chemin faisant, il a visité rhospice des indigents qu'il a fait construire. Les pauvres y seront logés et nourris. L'édifice a coûté 50,000 écus, et le pape a assigné 9,000 écus par an pour l'alimentation et l'habillement.

tl est ensuite passé par le Colisée où il avait, dernièrement, fait déterrer deux obélisques, dont le plus petit est plus haut que l'aiguille de Saint-Pierre. Ils ne sont pas entiers, mais on en réunira les morceaux, en sorte que cette défectuosité ne paraisse pas à l'œil. L'une de ces aiguilles sera érigée devant Saint-Jean de Latran et l'autre devant Saint-Paul, en sorte que des sept églises, quatre posséderont un obélisque dressé dans leur voisinage. Autrefois, on conservait à

^ Â Venise^ on soupçonnait Philippe II de méditer une invasion en France*

la cime de ces monuments les cendres d'empereurs, maintenant on y place l'insigne de la très-sainte croix.

Lundi, le pontife se rendra à Zagarola pour inspecter les travaux de l'aqueduc ; il passera un jour à Frascaddans la villa (Mondragone) autrefois habitée par le pape Grégoire, et rentrera à Rome jeudi matin.

Sa Sainteté m'a dit qu'ËUe dépensait environ 22,000 écus par mois dans les travaux, à savoir l'érection des aiguilles, la conduite des eaux et le percement des nouvelles rues. . .

Ârch. Yen. Disp. Roma. fil.2i.

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