ALBERTO BADOER AU DOQE
Rome, 17 mars 1590.
[Le cardinal Horosini réconcilié avec le pape.)
Mercredi, au consistoire, Tillustrissime seigneur cardinal Morosini, a, d'ordre de Notre Seigneur, donne une relation de sa légation en France qui a été fort louée par les cardinaux et qui lui vaut un notable accroissement de réputation. Le pontife lui-même en a fait grand éloge et adressé ensuite au cardinal, en le recevant en particulier, des paroles fort gracieuses : 11 Paimait, il appréciait sa valeur, et si les événements de France avaient élé pour le légat une cause de troubles et de travail, ce n'était pas sa faute, mais celle des circonstances, car ces mêmes événements auraient pu tout aussi bien arriver à une autre époque
et non durant sa légation. Sa Sainteté, que j'ai remerciée au nom de Votre Sérénité (d'avoir si bien accueilli le cardinal vénitien, tombé en disgrâce à la suite des meurtres des Guises), a bien voulu S'expri-^ mer envers moi dans le même sens, en disant que «le cardinal était, en effet, un homme très-distingué, qu'il arait fait une fort belle relation, prononcée avec des gestes admirables et dans un latin on ne peut plus correct; que lui, le Saint-Père, aimait à voirdceux qu'il avait décorés de la pourpre estimés par les aufres et qu'il était charmé du succès que Morosini avait eu auprès des cardinaux, parce qu'il était sa créature... » Dieu soit loué que cette brouille se soit si bien terminée, et que le nom du cardinal se trouve, avec force éloges, dans la bouche de chacun !
Ârch. Yen. Disp. Roma. fil. 24.