‹ Sixte-QuintChapitre 62 sur 66 · ALBERTO BADOER AU DOGE · texte numérisé non relu

ALBERTO BADOER AU DOGE

Rome, 5 mars 1593.

(Arrivée à Rome d'un prétendu agent de la reine Elisabeth.)

. . . Après avoir terminé cette affaire, j'ai demandé à Sa Sainteté s'il était vrai qu'Elle eût reçu quelqu'un qui venait d'arriver d'Angleterre. Le Saint-Père m'a répondu qu'un homme était venu, mais non le principal qui, d'après ce qu'il disait, était resté en arrière. Le pape n'a pas reçu cet individu, mais l'a adressé aux cardinaux Santa-Severina etSanli-Quatro.

A l'en croire, la personne (qui n'était pas encore arrivée), était chargée d'une commission de la reine

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d'Angleterre et devait traitiiir très-franchement avec Sa Béatitude. En attendant, la reine, qui, jusqu'ici, s'intitulait caput ecclesix anglicanx ou pontifeXj aurait déposé ce titre et défendu qu'il lui fût donné désormais en aucun écrit soit public, soit particulier. Ce point, ajouta Sa Sainteté, sera éclairci sur les lieux, et si l'homme en a menti, il aura la tête tranchée. Quant à présent, on le surveillera, et, comme il est catholique et qu'il a reçu la semaine dernière le Saint- Sacrement, on aime à espérer de nouveau que la reine se convertira. Cependant, il y a des personnes qui pensent que tout ceci se dit seulement pour encourager le susdit gentilhomme anglaisa venir à Rome, et on suppose que le véritable but de son voyage serait d'entamer des négociations avec le roi catholique..*

Arch. Ven. Disp. Roma. fil. 24.

44. ÉDIT PORTANT DÉPENSE AUX PRÉDICATEURS DE TRAITER DANS LEURS SERMONS DE SUJETS POLITIQUES

(Annexe au rapport d'Alberto Badoer au doge. Rome, 23 juin 1590.)

Hieronimus^ Miseratione divina Tituli S. Susannx S. R. E. Presbyter cardinalis Riisticiicius. S. D. N. Papx vicariu$ gêner alis, Romanxqiie curix Judex ordiiiarius. Bien que, comme dit le prophète David, les raisonnements sur les affaires de Dieu doivent être châtiés ; bien que, selon la doctrine du glorieux apôtre saint Paul ils ne doivent pas être entachés de vanité humaine, attendu qu'il ne convient pas d'y entremêler

des matières étrangères à la gloire et à Thonneur de Dieu ainsi qu'au salut du prochain, ou de se servir de paroles qui n'apportent pas la paix, comme Ta dit le prophète Isaïe : Quam pulchri super montes pedes annurUiantis, etc., néanmoins, peu soucieux de ces préceptes, au lieu de prêcher l'Évangile suivant leur devoir et en conformité delà parole de Notre Sauveur : Euntes prxdicate Evangelium omni creaturXj certains prédicateurs de cette auguste ville de Rome osent, dans leurs germons, deviser d'articles, de rapports, de nouvelles envoyées de toutes parts et inventées selon le caprice des hommes, notamment des bruits concernant le royaume de France, c'est-à-dire de choses qui ne servent ni à donner la paix aux consciences, ni à corriger les vicieux, ni à édifier les fidèles, mais qui, au contraire, causent des scandales et font naître des discordes. A ce sujet, les prédicateurs doivent se bornera recommander au peuple des prières pour le salut de ce royaume, pour la conservation de la foi et pour l'élection d'un roi catholique. Voulant atteindre ce but, par ordre exprès de Notre-Seigneur, nous défendons par le présent édit et ordonnons expressément qu'aucun prédicateur, soit séculier, soit régulier n'ose ou ne présume, dans ses sermons, toucher des questions qui n'ont pas rapport à la piété, à la religion chrétienne, au salut des âmes et à la gloire de Dieu, ni qu'il raconte ou traite les susdits bruits et nouvelles du jour, sous peine de suspension de son ministère et d'autres sévères punitions.

En même temps, nous avertissons tous, de quelque état, rang ou condition qu'ils soient, que si, par le fait

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d'avoir répandu les susdits bruits et nouvelles, il nait des désordres ou des rixes entre eux ou d'autres, ils seront véritablement châtiés et punis comme s'ils avaient commis le plus grand délit.

Le pi'ésent éditou les copies qui en seront affichées aux lieux habituels auront la même valeur que s'ils avaient été personnellement intimés. En foi de quoi, etc. Donné dans le palais de notre résidence habituelle, le 16 juin 1590.

Petrm Antonius Episcopus Avellinen. Vicegerem.

Rome, chez Paolo Blado, imprimeur de la Chambre. MDXC.

Arch. Ven. Disp. Roma. fil. 24.

riN DU TOMI DlUXlèME.

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