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RACES DE L'EUROPE

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longue oppression, les Hongrois, les Croates, les Slovènes étaient des Autrichiens, la Bohême était une province allemande et un élève qui se fût avisé de traiter dans quelque dissertation la situation respective des Petits Russes, des Russes Blancs et des Grands Russes eût dérouté plus d'un professeur.

Dès les premiers siècles de notre histoire la fusion entre les populations gallo-romaines et les Germains, les Goths, les Normands et les Maures qui envahirent à diverses époques notre territoire avait été si complète, l'unité française avait été si merveilleusement réalisée, grâce à une politique habilement conduite par quelques-uns de nos rois et de nos hommes d'Etat, que l'étude de notre propre histoire ne pouvait donner à la jeunesse l'idée d'Etats formés de races diverses en luttes perpétuelles les unes contre les autres.

Pour presque tous les autres pays d'Europe au contraire, l'unité nationale était encore en voie de formation, les questions de nationalités se posaient à chaque instant provoquant des insurrections violentes. De là, chez les étrangers, la connaissance très approfondie de tous ces problèmes. Chaque commotion produite par le réveil de l'idée nationale dans l'une des races soumises à la domination turque, autrichienne ou russe mettait en péril

l'existence même de l'Etat, et était observée par les populations voisines avec cette attention inquiète qu'on prête toujours aux phases successives d'un mal dont on est soi-même atteint et qui d'un moment à l'autre peut nous faire passer par les mêmes crises.

L'insuffisance de notre enseignement à cet égard a toujours étonné. les étrangers qui comprenaient l'importance capitale de ces questions. Les événements de 1870 nous ont montré tout le danger qu'il y avait à négliger l'étude de ces problèmes, et, depuis dix ans, il s'est fait en France sur ce point un progrès sérieux. Des cartes par races et par religions pour tous les pays sont aujourd'hui entre les mains des plus jeunes écoliers ; c'est à l'aide de ces tableaux, qu'après avoir pendant des années étudié l'histoire du passé, les élèves curieux de comprendre quelque chose au présent peuvent saisir les données des grands conflits qui agitent le monde.

Au premier coup d'oeil on voit trois grandes races se partager l'Europe : la race latine, qui peuple la France, l'Espagne, le Portugal, l'Italie et qui forme aussi au nord du Danube ce petit Etat roumain qu'après avoir eu le bon esprit de créer en 1854, la France a eu la malencontreuse idée de négliger depuis dix ans ; — la race allemande, qui est nettement circonscrite au nord par la mer, à l'est par la

France, au sud par les Alpes et le cours de la Drave, mais dont les contours sont singulièrement tourmentés du côté de l'orient. Ces limites orientales n'ont rien de commun ni avec les frontières des Etats, ni avec la configuration du sol. La race allemande et la race slave se pénètrent et cohabitent dans la plupart des villes et des villages. De là, u \e situation toujours tendue, des luttes continuelles, des froissements de tous les instants. On en aura plus d'un exemple au cours de cette étude.

Le reste de l'Europe appartient presqu'en entier à la race slave. C'est un bel empire qu a rêvé le Tsar de toutes les Russies en imaginant le Panslavisme. Tous les pays de race latine ne donnent pour l'Europe que 90 millions d'habitants, les Allemands ne sont guère plus de 50 millions, tandis que si les projets des Moscovites étaient réalisés un jour, c'est plus de 115 millions d'hommes dont le Tsar pourrait un jour menacer l'Europe. Le décompte est facile. L'empire de Russie contient déjà 88 millions d'habitants dont plus de 65 millions de slaves. Qu'on y ajoute les 18 millions de slaves d'Autriche- Hongrie, les 3 millions de Polonais du royaume de Prusse, IjTOjOOO Serbes du royaume de Serbie, 4,500,000 Bulgares, la race slave représentera à elle seule plus de 90 millions d'hommes.

Si l'ange de l'Apocalypse qui doit monter de

l'Orient pour mettre le sceau sur le front des serviteurs de Dieu paraissait aujourd'hui et que, tribu par tribu, tous les peuples de la terre vinssent se ranger devant le trône, la race slave a elle seule formerait un magnifique cortège dépeuples.

Quarante millions de Grands Russes venant de Moscou ;

Seize millions de Petits Russiens venant de Kiew et de Lemberg ;

Trois millions six cent mille Blancs Russiens ve- • nant de Witebsk, de Minsk, de Mohilew ;

Treize millions de Polonais venant de Varsovie, de Cracovie et de Posen ;

Sept millions de Tchèques, Moraves, Slovaques et Wendes qui gravitent autour de Prague.

Puis, derrière les Slaves du nord, marcheraient les Slaves du sud qui couvrent la péninsule des Balkans et n'ont pu échapper au joug turc que grâce à l'appui de leurs frères du nord ;

Quatre millions cinq cent mille Bulgares, huit . millions de Serbes, Croates, Slovènes, Bosniaques, Herzégoviniens, Dalmates, Monténégrins, pour lesquels Sofia, Belgrade et Agram sont aujourd'hui les principaux centres politiques.

Remarquez la disposition singulière de tous ces peuples auxquels on prétend donner tôt ou tard Moscou pour métropole. Au nord, les Tchèques

s'avancent au-delà de Prague et touchent presque la Bavière, au sud les Slovènes enveloppent Trieste. La Baltique, l'Adriatique, le Pont-Euxin sont en partie des mers slaves. Le jour où ces grandes masses obéiraient au maître de toutes les Russies, Moscou serait bien près d'être la capitale de l'Europe.

Il y a, dans les données de la question panslave, deux facteurs gênants que les gens de Moscou ont bien essayé à plusieurs reprises d'éliminer, deux peuples étrangers aux Slaves et qui depuis des siècles sont postés sur les bords du Danube : les Roumains et les Magyars. Les Roumains ajoutent à toutes les qualités brillantes des races latines la finesse des Slaves ; ils sont doués d'une force puissante d'assimilation qui leur a permis jusqu'ici de subsister comme race distincte. Ils forment une masse compacte de près de huit millions d'habitants bien ancrés dans les montagnes des Carpates, depuis lo temps où Trajan fonda les colonies romaines en Transylvanie. Les Magyars installés au centre de la Hongrie, dans les vastes plaines qui s'étendent le long du Danube et de la Theiss, n'ont rien perdu de la bravoure des Huns qu'ils revendiquent pour leurs ancêtres. Ils sont un des rameaux de la famille finnoise dont il faut aller chercher les restes dans les parties les plus septentrionales de la

Russie. L'origine mongole des Magyars s'accuse plus encore par l'instinct de domination, qui est le côté le plus saillant de leur caractère, que par leurs traits physiques. Bien qu'ils soient enveloppés par des Slaves treize fois plus nombreux qu'eux, ils trouvent encore moyen de tenir sous leur autorité directe tant au nord qu'au sud du royaume de Saint-Etienne plus de trois millions de Slovaques, de Rutliènes et de Serbes. Voilà donc une agglomération de quinze millions de Roumains et de Magyars qui seront toujours prêts à empêcher les Slaves du nord d'opérer leur jonction avec les Slaves du sud. La Roumanie et la Hongrie sont prises entre ces deux masses slaves comme deux noisettes dans les mâchoires d'une tenaille. Auront-elles le temps de devenir assez résistantes pour ne pas être écrasées par cette pression ?

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